numéro
L.2951
intitulé de la collection
Dezallier d'Argenville, Antoine-Joseph
technique marque écrite, encre
couleur brun
localisation montage, recto
dimension
1 renvoi  
  • 1921
  • 1956
  • depuis 2010
P. CROZAT (1665-1740), financier, Paris. Dessins et Estampes.
 
Pierre Crozat a été le roi des collectionneurs de dessins. Jamais particulier n'a possédé une réunion aussi précieuse et aussi variée de dessins des grands maîtres.
Né à Toulouse, c'est là qu'il passa la première période de sa vie. Il semble qu'il y exerçait, conjointement avec son frère aîné Antoine Crozat, marquis du Châtel (Toulouse 1655 - Paris 1738), les fonctions de trésorier des états du Languedoc, sorte de ministère irresponsable des finances du midi. Tous deux firent rapidement fortune, et lorsqu'on les retrouve à Paris vers 1700, Antoine Crozat passe pour « le plus riche particulier de la France ». On distinguait les deux frères en nommant l'un, Antoine, Crozat le Riche et l'autre, Pierre, Crozat le Pauvre, par dérision, parce que ses millions étaient un peu moins nombreux que ceux de son frère. A Paris, Pierre Crozat était trésorier de France, mais il ne déploya plus, dans les affaires, la même activité que son frère. Resté célibataire, n'ayant pas charge de famille, il veut jouir de sa fortune, et sacrifier au culte des arts. Il s'installe superbement dans un grand hôtel qu'il se fait construire dès 1704 au bout de la rue de Richelieu, au coin du rempart (actuellement coin de cette rue et du Bd des Italiens, côté de l'Opéra Comique). On en trouve une ample description, probablement de la plume de Mariette, dans l'édition de 1752 de la Description de Paris de Germain Brice t. I p. 378 ; elle a été réimprimée dans l'Abecedario de Mariette 1853-1854 t. II p. 50. L'architecte était [J.S.] Cartaud et grâce à la décoration intérieure par de Lafosse, Oppenort et Watteau, l'hôtel devint un modèle de bon goût. Dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, il fut le domicile du célèbre duc de Choiseul qui avait épousé une demoiselle Crozat, petite-nièce du collectionneur ; il a été démoli peu après 1772. A Montmorency, dans l'ancienne propriété du peintre Le Brun, il fit bâtir une magnifique maison de plaisance, habitée dans la suite par le maréchal de Luxembourg ; J. J. Rousseau y reçut l'hospitalité avant son bannissement. On retrouve des coins de la propriété de Montmorency dans le fond de « La Perspective » de Watteau, gravée par Crespy, et dans une vue de jardin, dessinée par le même et gravée par le comte de Caylus. Mais c'est l'hôtel de Paris qui doit retenir notre attention : « La prodigieuse quantité de curiositez de toutes espèces, que renferme l'intérieur, est surtout ce qui rend cette maison considérable. Le maître de la maison se pique depuis longtemps d'aimer les belles choses et il a eu le bonheur de voir passer successivement dans son cabinet une infinité d'autres cabinets fameux : c'est ce qui compose aujourd'hui l'ample collection de tableaux, de bustes, de bronzes, de modèles des plus excellents sculpteurs, de pierres gravées en creux et en relief, d'estampes, et surtout de desseins des grands maîtres, dont il est possesseur, et qu'il se fait un plaisir de faire voir aux amateurs de l'art qui viennent le visiter. Le lieu où il conserve ce qu'il a de plus rare, est un cabinet octogone éclairé à l'italienne, dans la même disposition que ce fameux salon de la galerie du Grand Duc, à Florence, nommé la Tribune ». Cet intérieur devint le rendez-vous d'artistes et d'amateurs. Le peintre de Lafosse († 1716) y logeait, de même que le décorateur Oppenort, Watteau y trouva l'hospitalité pendant une année (vers 1716-1717) et y revint régulièrement après, la Rosalba y passa son séjour à Paris (1720-1721), des concerts intimes y attiraient quelques passionnés d'excellente musique et on vit même le nonce du pape y faire sa partie sur l'archiluth (le crayon de Watteau nous a conservé le souvenir de ces quatuors), et enfin quelques délicats connaisseurs revenaient avidement y épurer leur goût. Parmi ces derniers de Julienne et son épouse, le judicieux abbé Maroulle, mais surtout ces jeunes hommes qui promettent tant : le comte de Caylus et P. J. Mariette (voir L.2919 et L.1852). Lorsque ce dernier fit en 1741 le catalogue des dessins dont il avait si souvent réjoui ses yeux, il se rappela plein de reconnaissance ces assemblées régulières « où j'ai eu pendant longtemps le bonheur de me trouver ; et c'est autant aux ouvrages des grands maîtres qu'on y considéroit, qu'aux entretiens des habiles gens qui s'y réunissoient, que je dois le peu de connaissances que j'ai acquises ». Ce « peu » dans la bouche du plus fin des connaisseurs du passé serait bien fait pour nous faire rougir. Le comte de Caylus, dans son éloge de Watteau, a rappelé combien les trésors de dessins avaient attiré le maître chez Crozat : « Il en profita avec avidité, et il ne connoissoit d'autres plaisirs que celui d'examiner continuellement et même de copier tous les morceaux des plus grands maîtres ». Rubens et van Dijck le ravissaient, de même que les paysages du Titien et de Campagnola, et il aimait beaucoup les œuvres du Bassan. L'idée germa dans ce cénacle de répandre par la gravure ces études et esquisses ; le comte de Caylus se met à l'œuvre, aidé de N. Lesueur. Crozat médite une grande publication où seront reproduits les plus beaux tableaux et dessins conservés en France, d'autres graveurs sont choisis pour la gravure des tableaux, Mariette s'offre pour la rédaction des notices, et en 1729 paraît le premier volume du grand Recueil d'Estampes d'après les plus beaux tableaux et les plus beaux dessins qui sont en France dans le Cabinet du Roi, dans celui de Mr le duc d'Orléans, et dans d'autres Cabinets. Crozat avait laissé l'honneur à la famille royale, bien que la moitié des gravures, toutes faites à ses dépens, reproduisissent des œuvres de sa collection. Aussi le recueil est-il couramment désigné sous le nom de Cabinet Crozat. Ce n'est qu'en 1742, après la mort de Crozat, qu'une édition complétée par un second volume vit le jour par les soins de Mariette. Nouvelle édition de Basan en 1763. Il n'est pas étonnant que le monde artistique, même à l'étranger, eût les yeux fixés sur un amateur d'une libéralité et d'un éclectisme aussi rares. Son voyage en Italie en 1714, dont nous reparlerons plus loin, contribua grandement à répandre son renom ; en 1719 le Père Orlandi lui dédiait son édition revue de l'Abecedario Pittorico.
Nous ne pouvons nous étendre ici sur les 400 tableaux de premier ordre réunis par Crozat (voir e. a. Waagen, Kunstwerke und Künstler in Paris 1839, p. 51-53), ni sur ses sculptures en marbre, ses bronzes, ou ses terres cuites, où il y avait de merveilleux modèles par Michel-Ange, Véronèse, Duquesnoy, Bernin, ni sur sa collection de pierres gravées, « la plus belle qui fût jamais entre les mains d'aucun particulier ». Nous pouvons seulement nous permettre dans ce livre quelques détails sur cette immense réunion de dessins, la partie de ses trésors à laquelle le collectionneur tenait le plus, - 19.000 feuilles environ ! Mariette nous a heureusement laissé, dans l'Avis du précieux catalogue rédigé par lui, un aperçu très intéressant sur le développement de cette collection extraordinaire ; nous le suivons donc de près, en y ajoutant quelques notices trouvées ailleurs et dans des exemplaires annotés du catalogue. L'origine de la collection date de l'année 1683, lorsque Crozat vivait encore à Toulouse. Il y connut La Fage, originaire de la même ville. Celui-ci étonnait alors ses contemporains par sa facilité de main ; ses œuvres étaient très à la mode, et le jeune Crozat s'associa au goût général en achetant avidement les dessins du maître. Il continua toute sa vie à les rechercher et parvint à posséder presque tout l'œuvre gravé du maître, en s'assurant tout ce que Bourdaloue, le sculpteur Garnier et le marchand van Bruggen, qui l'avaient beaucoup fait travailler, avaient recueilli eux-mêmes, ainsi que ce que possédaient les héritiers. « Mais quand Crozat fut venu à Paris, et, qu'il eut vu entre les mains des principaux Curieux les Dessins des grands Maîtres d'Italie, alors il n'épargna ni peine, ni dépenses pour se procurer des ouvrages de ces Maîtres du Dessin ». Jabach, le plus grand collectionneur de dessins du siècle passé (voir L.2959), en avait laissé de très beaux nonobstant la vente de sa première collection au roi en 1671 ; un choix en avait été reproduit par la gravure par Macé dans un recueil de 280 planches. Crozat en acheta des héritiers une grande partie (pas tous, contrairement à ce que laisse supposer Mariette). Il eut aussi une partie des dessins, e. a. les Vanni, qui avaient appartenu à l'abbé Desneux de la Noue (L.661), « l'un des plus grands curieux que la France ait eu », et les belles feuilles des plus grands maîtres des trois écoles recueillies par Claudine Bouzonnet Stella († 1697) dans l'héritage de son oncle, le graveur Jacques Stella, et dont elle avait rédigé un inventaire en même temps que de ses tableaux, estampes, livres, planches gravées et meubles (voir J. Guiffrey, Nouv. Arch. de l'Art franç. 1877, p. 25-109). Un abbé Quesnel, « un peu peintre et un peu brocanteur », avait acheté les dessins de l'évêque Dacquin de Séez, parmi lesquels d'excellents de Jules Romain ; il avait eu aussi quelques débris de la fameuse collection de Vasari ; il vendit ces lots à Crozat. Celui-ci acheta encore aux héritiers du peintre P. Mignard deux volumes de dessins des Carrache rapportée de Rome. Quand il y avait des ventes après décès d'amateurs importants, Crozat s'assurait les plus belles pièces, comme dans les ventes de Montarcy (L.1821), du peintre-écrivain Roger de Piles (1635-1709), du sculpteur Fr. Girardon (1628-1715). De ce dernier il eut entre autres les dessins de la Vie de Saint Bruno par Eust. Lesueur. Tout en France allait à lui et il ne laissait pour ainsi dire rien échapper. La Flandre était mise à profit par l'intermédiaire du graveur Corn. Vermeulen, d'Anvers, qui en rapportait régulièrement ce qu'il y trouvait en meilleurs dessins, par exemple les superbes feuilles de Rubens et de van Dijck du cabinet d'Antoine Triest, évêque de Gand, des Raphaël, etc. Les ventes à l'étranger n'étaient point oubliées ; ainsi à la vente de Lord Somers, à Londres, en 1717 (L.2981), il fit acheter par le chevalier N. Dorigny, peintre et graveur, 112 lots pour £ 355, et à la vente de la célèbre collection S. van der Schelling, à Amsterdam, en 1719, le graveur Picart exécuta ses commissions. Peut-être acheta-t-il aussi à la vente des dessins de van Huls, le bourgmestre de La Haye, en 1736, pour laquelle Huquier s'était offert à remplir ses commissions (voir L.1285), Quelle déception pour lui lorsque le duc de Devonshire lui enleva le beau cabinet de Flinck, à Rotterdam (L.959) !
L'Italie aussi, devait être pour Crozat un champ de conquêtes, les plus belles aux yeux de ses contemporains. La chasse aux dessins n'était pas le principal objet du voyage qu'il y fit en 1714, mais pouvait-il laisser échapper une telle occasion ! C'est comme représentant du Régent de France, et pour estimer et acheter, si possible, la galerie de tableaux de la reine Christine de Suède, que Pierre Crozat arrivait à Rome, le 1r novembre 1714, et y restait jusqu'en avril 1715. Cette galerie célèbre, alors en possession des Odescalchi, ducs de Bracciano, éveillait la convoitise de tous les grands collectionneurs. C'est Crozat qui, après de longues négociations, assura la victoire du Régent, et les tableaux furent livrés à Paris en décembre 1721. « Crozat, en bon auvergnat, se fit adjuger un cadeau de cent dessins de la même collection, parmi lesquels il s'en trouva une soixantaine de resonnables ; les autres à la vente n'auroient pu mérité le port » (D. R. Ancel, Mélanges d'Arch. et d'Hist., publ. Ecole franç. de Rome t. XXV). Pour payer les 93.300 écus romains, montant de l'achat, il avait fallu emprunter à des banquiers d'Amsterdam. L'heureux Crozat fut encore le négociateur envoyé en Hollande, en septembre 1721 ; gageons qu'il n'oublia pas sa collection. Mais voyons ce qu'il rapporta d'Italie. « En passant à Boulogne (Bologne), il acheta des héritiers des sieurs Boschi leur Cabinet tout entier, qui venoit originairement du Comte Malvasia. Il trouva à Venise chez M. Che(l)chelsberg des Têtes au pastel, et d'autres Dessins du Baroche qui sont sans prix. A Rome il recueillit la collection de Desseins de Carle degli Occhiali, celle d'Augustin Scilla, Peintre Sicilien, qui contenoit un grand nombre de Desseins de Polidor de Caravage, et celle du Chanoine Vittoria, Espagnol, élève et intime ami de Carle Maratti. Mais l'occasion où il fut, ce semble, le mieux servi par la Fortune, ce fut dans la découverte qu'il fit à Urbin d'une partie considérable de Desseins de Raphaël, tous d'une condition parfaite, qui se trouvoient encore entre les mains d'un descendant de Timothée Viti, l'un des plus habiles disciples de ce grand Peintre ». Dans nos articles Viti (L.2463) et Antaldi (L.2245) nous avons donné des détails sur cet achat intéressant. Mariette parle encore de deux collections italiennes d'excellents dessins passées chez Crozat, il ne sait quand : celle des sieurs Mozelli (lire Muselli), de Vérone, et celle du Cardinal de Santa Croce, de Rome. De retour à Paris, Crozat entretint ses relations avec l'Italie par correspondance et en obtint encore la collection entière du sieur Pio, de Rome, par l'intermédiaire de M. de la Monce, celle de Lazari, de Venise, achetée pour lui par le graveur Zanetti, celle du chevalier Ascagne della Penna, à Pérouse, grâce aux efforts du peintre Vleughels (voir la description des Peintures de Pérouse par le père Morelli), et enfin le beau choix réuni par le peintre Laurent Pasinelli, de Bologne. « Ce ne sont pas, comme on le voit, des Desseins achetés un à un, ce sont des Cabinets entiers, et des Cabinets de la première réputation, qui se sont réunis chez M. Crozat », conclut Mariette.
En même temps, Crozat avait recherché les estampes et il en réunit une très grande collection de tous les maîtres tant anciens que modernes. Sa bibliothèque d'ouvrages sur les beaux-arts avait la réputation d'être complète.
Lorsque Crozat mourut, il se montra libéral dans ses legs. Aux pauvres il laissa en rentes 70.405 et en argent 25.000 livres, plus le produit de la vente de ses collections de dessins, de planches et de pierres gravées, ces trois sections étant estimées dans la succession à 200.000 livres environ. Ses autres trésors d'art et ses maisons de Paris et de Montmorency allèrent, pour que rien ne changeât de place, à l'aîné de ses neveux, Louis-François Crozat, marquis du Châtel, fils de son frère Antoine, mort deux ans auparavant. Mais dix ans après, ce nouveau propriétaire mourut à son tour et les sculptures et les céramiques furent mises en vente le 14 décembre 1750, en l'hôtel, rue de Richelieu (catalogue par Mariette). L'intéressant inventaire de ses œuvres d'art, manuscrit par P. Tricher, se trouvait dans la bibliothèque de Fréd. Reiset, vendue le 15 avril 1879, n° 465, 2900 fr. Presque simultanément mourait le frère du marquis du Châtel, Joseph-Antoine Crozat, marquis de Tugny, président au Parlement de Paris. Ce nouveau décès amena en juin 1751 une vente combinée, comprenant 240 tableaux et des sculptures « du cabinet de feu M. le président de Tugny et celui de M. (Pierre) Crozat » (Mariette, expert). L'héritage artistique vint ainsi en grande partie au frère cadet, Louis-Antoine Crozat, baron de Thiers, lieutenant-général, connu comme bibliophile. C'est lui qui devint propriétaire de la majeure partie de la superbe galerie de tableaux (Catalogue contenant environ 340 peintures, pastels ou dessins, par Lacurne de Sainte-Palaye, paru en 1755). Une petite partie des tableaux était revenue à la fille du marquis du Châtel, Louise-Honorine, l'épouse du duc de Choiseul, signalée au commencement de cet article. Après la mort du baron de Thiers, survenue en 1770, les héritiers vendirent la galerie à Catherine de Russie. Ce fut le premier achat important de tableaux fait par l'impératrice ; les tableaux de Crozat ont donc formé le noyau du Musée de l'Ermitage. Diderot, depuis 1765 bibliothécaire de Catherine II, assisté du collectionneur Fr. Tronchin, négocia la vente au prix de 440.000 livres. L'acte en fut passé en 1772 (voir l'article de M. Tourneux dans la Gaz. d. Beaux-Arts 1898I p. 333, et la reproduction de l'intéressant exemplaire du catalogue illustré et annoté par G. de Saint-Aubin dans Catalogues de ventes et livrets de Salons illustrés par G. de Saint-Aubin, par E. Dacier, 1909, t. 1r n° 1). L'année suivante, en février, il y eut encore une belle vente du reste de la collection du baron de Thiers : estampes, céramiques, sculptures, bronzes, sous la direction de P. Remy (voir ci-dessous). Sa belle bibliothèque avait été livrée aux enchères l'année précédente. La Russie obtint aussi une autre partie de la collection Crozat, c'est-à-dire les 1400 pierres gravées. Cette belle réunion, cataloguée par Mariette à la suite de la description des dessins, passa en bloc, dès 1741 « au duc d'Orléans, au prix de 67.000 livres. Elle resta au Palais Royal jusqu'en 1787, lorsqu'un marché conclu par Grimm la fit passer à St. Pétersbourg. - Crozat, dans son testament, avait exprimé le désir que ses précieux dessins devinssent la propriété du roi et n'en demandait que cent mille livres qui auraient été distribuées aux pauvres. On présenta l'extrait du testament au Cardinal de Fleury, alors premier ministre, qui répondit que « le Roy avait déjà assés de fatras sans encore en augmenter le nombre » (Nouv. Arch. de l'art. franç. 1872, p. 350). Le merveilleux ensemble, dispersé en vente publique par suite de ce refus, produisit même moins que le prix spécial fait au roi : 36.401 livres (suivant Huquier 38.294 l. 8s.), c'est-à-dire à peu près un septième de ce qu'on croit être le total des prix d'achat de Crozat. « Aujourd'hui, par cela seul qu'ils ont passé par le cabinet Crozat, les dessins qui portent sa marque se vendent au plus haut prix ». (Cte Ad. Thibaudeau, 1856).
 
VENTES
I. 1741, 10 avril-13 mai, Paris (aux Grands Augustins, expert P. J. Mariette). Dessins. Le catalogue par P. J. Mariette est une curiosité bibliographique, il est l'un des premiers dressés avec soin ; avec lui est née la littérature de catalogue. Ce volume est d'autant plus précieux que Mariette y a répandu sa « gracieuse érudition ». Partout il y a inséré ses « réflexions », remarques très instructives sur les mérites et la manière des différents dessinateurs, indications sur la provenance, notices critiques, etc., qui ont gardé leur valeur malgré leur âge. Malheureusement la description des feuilles est encore très peu détaillée ; on ne vendait que par lots et c'est par exception que çà et là quelque feuille très importante est relevée dans la douzaine ou la vingtaine dont elle faisait partie. Ce n'était pas encore le moment de présenter les dessins séparément et dans l'avis précédent de catalogue, Mariette s'excuse de ce qu'une description complète de ce cabinet l'aurait conduit trop loin, et était au-dessus de ses forces. Si l'on pense à l'énorme travail qu'aurait coûté au consciencieux Mariette la description raisonnée des dix-neuf mille dessins, on n'est plus étonné par sa déclaration. Du reste, le temps pressait, la vente devait être faite. Le catalogue offre 1086 nos de dessins distribués par écoles. Parmi les principaux acquéreurs particuliers figurèrent le comte de Tessin (voir L.2985), le duc de Tallard, le sieur Noury et le marquis de Gouvernet, et surtout Mariette, qui profita de sa connaissance intime de la collection pour mettre la main sur les plus belles feuilles. Plusieurs d'entre elles sont entrées au Louvre, lors de la vente Mariette en 1775. Parmi les marchands, en premier lieu Huquier (L.1285). Son exemplaire du catalogue (actuellement la propriété de J. P. Heseltine) nous apprend qu'il a acheté 2029 dessins pour 2882 livres, vendu pour 4433 livres, « c'est de proffit 1551 ». Bien que la vente fut un événement, les prix ne furent point élevés, et même, à nos yeux, d'un bon marché dérisoire. Un amateur inconnu, dans ses remarques sur la vente, datées 13 juin 1759 et consignées à l'exemplaire du catalogue conservé au Louvre, s'exprime ainsi : « Les dessins de cette vente n'ont monté qu'à environ 40.000 l., ce qui est peu de chose par rapport au grand prix qu'ils coûtaient lequel, à ce qu'on assure, montait à plus de 200.000 livres ... L'on a cependant tiré de ces dessins tout ce que l'on en pouvait tirer, car même les marchands, par scrupule, sachant que le produit était destiné pour les pauvres, n'avaient formé aucune société ce qui n'a pas peu contribué à en augmenter le produit ». Le même curieux dit que cette vente « a réveillé cette curiosité qui étoit depuis du temps endormie ... qu'il n'y avait pas beaucoup d'amateurs pour lors ; mais cette vente en a formé plusieurs bons qui ont des collections et des suites de dessins très bien choisies ». Il regrette les dessins achetés par le comte de Tessin, grand maréchal de Suède, et ajoute encore, en faisant allusion au refus d'achat pour le roi, « ce qui d'un autre côté a produit un bien que le Roi ne les aie pas eus, car cette curiosité seroit peut-être encore restée endormie au lieu que cette vente l'a réveillée de l'assoupissement où elle étoit ». A l'époque de ces annotations le catalogue était déjà « devenu fort rare parce qu'il n'y a eu que peu l'exemplaires d'imprimés ».
Le catalogue débute par une surprise : des dessins de Giotto, Masaccio, Lippi, Pollajuolo, Uccello, etc., vendus en 3 lots (le premier fut divisé en deux) que se partagèrent Tessin pour 10 livres et 5 livres, Mariette 10 l. et Huquier 5 l. Viennent ensuite 66 dessins de Léonard de Vinci (têtes, draperies, études pour la Cène, etc.) vendus en 5 lots (ensemble 62 l. 4s.) dont le plus cher, de 18 feuilles, obtint 16 l. (à Noury). De Michel-Ange 120 dessins, beaucoup provenant des cabinets de la Noue et Jabach, présentés en 13 lots (11 comprenaient de 6 à 10 dessins, les 2 autres 14 et 20 pièces) produisant ensemble 237 l. Mariette s'en assura quatre, parmi lesquels le plus cher, adjugé 48 l., comportant 6 feuilles dont les premières pensées pour la Chute de Phaëton et pour le Christ en Croix ; Huquier en eut de même nombre ; un lot qu'il paya 30 l. 1s. comptait 6 pièces, dont une main adressée par le maître au Cardinal de St. Georges. De del Sarte 9 lots (ensemble 84 dessins pour 84 l. 13s.), les deux plus intéressants 22 l. (4 feuilles dont 2 compositions très finies : l'Apparition de l'Ange à Zacharie et une Sainte Famille) et 16 l. (6 pièces dont une Vierge avec l'Enfant Jésus). Fra Bartolommeo 158 dessins, ensemble 37 l. 12s., en 7 lots de 2, 3 et 26 à 34 pièces, meilleurs prix 2 lots de 8 l. et 1 lot de 3 ff. dont la Vierge accompagnée de plusieurs Saints, pour le tableau dans l'église St. Marc à Florence 6 l. 1s. (à Mariette). Baccio Bandinelli, 6 lots, ensemble 123 dessins pour 69 l., et beaucoup d'autres florentins (29 lots, 712 dessins, 547 l. 7s.). - Ecole de Sienne : Balthazar de Sienne, deux dessins capitaux, Adoration des Rois et Berger avec lion 15 l. 1s. (à Tessin) et deux autres dont une Adoration des Bergers (gravée) 18 l. 10s. (à l'abbé Bernard), Sodoma, Beccafumi (71 en 3 lots, l'un de 23 dessins 20 l.), et une riche série de F. Vanni, de la collection de la Noue, 99 feuilles en 11 lots de 6 à 12 feuilles faisant ensemble 522 l. 14s., avec un prix principal de 66 l. pour un lot de huit dont la Translation du corps de Ste Catherine de Sienne (à Tessin) ; autres fortes enchères, 2 lots de 60 l. puis 42 l. 10s., 35 l., 32 l. - Dans l'école romaine d'abord cette incomparable réunion de 155 Raphaël (ensemble 2850 l. 6s.) : 15 dessins de sa première manière, dont une Adoration des Rois 18 l. (Tessin), vingt idem dont l'étude du Christ au tombeau du duc d'Orléans 30 l. (Gouvernet), dix dont un très fini de St. Michel (tableau chez le roi) 48 l. (Noury), dix dont plusieurs études pour l'Ecole d'Athènes 86 l. (Gouvernet), six dont le Martyre de St. Etienne et « la belle Jardinière » 161 l. 10s. (Mariette) et 50 l. (Agar), six dont les études pour la Descente des Sarrasins à Ostie 153 l. (Agar), six dont le Christ porté au tombeau, peint pour A. Baglioni, 70 l. (Noury) et 72 l. 10s. (Huquier), et trois dont Vénus et Psyché de la loge Chigi 150 l. (Mariette), trois : La Vierge et Joseph adorant l'Enfant, la pêche de St. Pierre et la Madeleine chez Simon 370 l. (Gouvernet), deux : études pour le St. Sacrement et l'Incendie du Bourg 150 l. 1s. (Mariette), trois : Vénus parlant à l'Amour, Christ porté au tombeau et deux académies 80 l. 1s. et 50 l. (Mariette), deux : études pour les Amours d'Alexandre et de Roxane 272 l. (Mariette), l'Hercule gaulois 250 l. (Gouvernet), dessins en grand de la Transfiguration, figures nues, coll. de Piles et Montarsis, 24 l. (Huquier), trois dessins dont l'Annonciation, sujet du Massacre des Innocents (pour tapisserie), Joseph présenté au Pharaon 70 l. (Gouvernet) et 80 l. 1s. (Tessin), etc., et comme appendice 22 estampes par Marc-Antoine et autres d'après Raphaël, parmi lesquelles des feuilles capitales, 12 l., 75 l., et 121 l. (Gouvernet). Comme autres maîtres de l'école romaine : le Pérugin avec 41 dessins, le Pinturicchio, Jules Romain (237, dont une Nativité et une Bethsabée 80 l. à Mariette et 112 l. à Tessin, et deux sujets de l'histoire de Psyché, pour tapisserie, 120 l.), Polidore de Caravage avec 292 dessins, Perino del Vaga 216 (ensemble 211 l.), Timothée Viti 34, provenant de ses héritiers Antaldi, le livre de voyage des Zucchero, composé de 335 dessins, provenant de Jabach, ensemble 328 l., Fred. Baroche 190 (e. a. trois dont la Descente de Croix, gravée par Villamene 100 l. 2s. et le Seigneur porté au tombeau, gravé par Sadeler 100 l. 1s. à Mariette, 3 dont la Tête d'une Ste Femme du tableau de la Descente de Croix 100 l., et même prix, à Tessin, pour 4 dessins dont une tête de vieillard), Pietro di Cortona (bonne série, e. a. Tullie et Coriolan, 2 ff. 119 l .), le Bourguignon, Carlo Maratti 147, etc. - Suivit l'école de Parme avec une riche série du Corrège, 154 dessins ( « Les recherches que M. Crozat a faites toute sa vie pour honorer le Corrège qui étoit son héros, sont connües de tous les curieux »), et 396 du Parmesan, la plupart de Jabach et du cardinal de Santa Croce (l'Annonciation 70 l., l'Adoration des Rois, coll. Stella 196 l. à Tessin). Puis l'école de Bologne, particulièrement bien pourvue : Le Primatice 139, L. Carrache 182 (550 l. 7s.), Ann. Carrache 154 (451 l.), Aug. Carrache 161 (278 l.) et plusieurs centaines d'études académiques des trois artistes, Guido Reni 154 (e. a. six, dont une grande tête de Christ couronné d'épines, coll. Jabach 37 l. 1s. et 127 l. 2s.), le Guerchin 274 dessins et 78 estampes (1208 l. 7s.) et quantité de maîtres de second ordre. Beau choix aussi de l'école milanaise (Gaudenzio Ferrari, Luini, Moretto, Dosso, etc.). L'école vénitienne commençait par 31 dessins de Mantegna, dont trois considérables du Triomphe de César 12 l., 46 du Giorgione et de Séb. del Piombo, 103 du Titien (ensemble 470 l. 19s.) parmi lesquels une Sainte Famille, coll. van der Schelling, gravée du vivant de Titien 153 l. (Gouvernet), huit dont son propre portrait avec des vers attribués à Marini 15 l. (Tessin), deux grands paysages du Frioul 37 l. (Mariette) ; 74 de Pordenone, 123 de Campagnola, 102 de Paul Véronèse (e. a. une Ste Vierge accompagnée d'anges, mentionnée par Ridolfi et annotée au verso par le maître, 235 l. à Tessin, trois dont un Repos en Egypte, coll. P. Lely 102 l. à Gouvernet), 92 du Tintoret (231 l. 15s.), 49 des Bassan, 352 de Palma Giovane (346 l. 7s.), Enfin les écoles génoise (e. a. Cangiage, le Benedette), napolitaine et espagnole (88 de Salv. Rosa, Ribera), etc.
Dans la section suivante ressortaient les maîtres flamands, hollandais et allemands : 3 grands lots des « vieux maîtres » où se trouvaient des van Eyck (demi-figure de femme), Schongauer, Cranach, Jean de Mabuse, Moro, etc. (2 l. 14s., 6 l. et 10 l.). De Dürer 105 dessins (ensemble 114 l.) provenant presque tous de Jabach « qui les avoit fait venir de Flandres avec de grandes dépenses, car ces dessins y étoient pour lors sans prix. » : quatre dont l'étude du tableau des dix mille Martyrs à Vienne (peut-être le dessin aujourd'hui à Chantilly) 20 l. (Tessin), la Nativité datée 1514 et deux paysages 9 l. 1s., quatre grands dessins d'hommes et femmes à genoux 15 l. ; Lucas de Leyde : six dont le Crucifiement, gravé par lui-même 10 l., six dont l'Adoration des Rois id. et trois portraits 16 l. 4s. et huit dont l'Enfant prodigue 30 l. 1s. ; de Holbein e. a. un lot de 46 contenant la suite dessinée du Triomphe de la Mort provenant du peintre J. Boeckhorst dit Lange Jan 19 l. 1s., puis encore : Koecke van Aelst, van Orley (8 grandes chasses, 20 l. à Mariette), M. Heemskerk (99, dont une suite de 69 représentant des ruines 37 l. 11s. à Mariette), Rottenhammer, Cort, Stradanus, Goltzius, etc. En arrivant aux maîtres du XVIIe siècle on est frappé par une profusion de dessins de Rubens. D'abord 10 dessins italiens retouchés par Rubens, 33 l. 1s. (Mariette), puis des dessins d'après les grands maîtres italiens (33 en 5 lots dont l'un de 4 ff. d'après Jules Romain, le Titien, etc. 130 l. 1s.) et 103 dessins importants, « compositions » parmi lesquels l'Elévation de la Croix (pour le tableau d'Anvers) et Melchisédeck et Abraham (gravé par Witdoeck) 96 l. 6s. (Lempereur) et 160 l. 12s. (Huquier), Silène ivre, gouache gravée par Soutman, et Femme nue endormie, 150 l. et 51 l. (Tessin), Martyre de St. Pierre et St. Ildefonso recevant son habit, tous deux de Jabach 135 l. 1s. (Mariette), deux : l'armée de Sennacherib défaite par l'Ange du Seigneur et Hercule étouffant le lion de Némée 158 l. 1s. (Mariette), cinq dont le portrait de Rubens gravé par Pontius 50 l. (Tessin), cinq dont l'Etable gravée par Bolswert 37 l. (Tessin), quatre grands dessins dont la Conversation gravée en bois par Jegher 230 l. (Mariette), cinq dont le Martyre de St. André gravé par Voet, la Chute des Anges gravée par Soutman, coll. de Piles 15 l. et 51 l., un grand dessin à l'huile, en couleurs, la Chute des Anges, coll. Jabach 365 l. (Mariette, le plus haut prix de la vente), l'Assomption gravée par Bolswert 58 l. 1s., Mariage de la Vierge, et le Christ entre les larrons, tous deux gravés par Bolswert 48 l. 1s. et 60 l., La Descente du Saint Esprit sur les Apôtres et la Thomiris, gravés par Pontius 172 l. 12s. Puis un volume de 94 têtes, rapporté de Flandre par de Piles, en quatre lots, ensemble 125 l. 17s., 46 autres têtes et portraits et 43 dessins de costume, tous par Rubens, la dernière série provenant aussi de de Piles. De van Dijck 125 dessins dont plusieurs portraits et un lot de six où se trouvait La Vierge avec l'Enfant adoré par une Sainte, très terminé, et une Charité de la coll. van der Schelling 120 l. 10s. (Julienne), 18 de Jordaens, dont six colorés « des plus beaux que ce maître ait produit », parmi lesquels un Sermon 110 l. (Tessin) ; beaucoup d'autres maîtres hollandais et flamands réunis en lots. Malheureusement les 351 dessins de Rembrandt, nombre frappant qui fait rêver, furent présentés en 12 lots (ensemble 129 l. 18s.) sans aucune spécification. Il n'y a que le portrait du maître et celui de sa mère qui sont nommés ; le premier de ces deux est probablement celui de la vente Heseltine en 1913. Ces dessins venaient pour la plupart de de Piles qui les avait recueillis pendant son séjour en Hollande. Les lots firent : le premier de 30 dessins dont les 2 portraits mentionnés ci-dessus, 13 l., le plus cher 18 l. 10s. (Tessin), puis, au même, un lot de 14 paysages et caprices 18 l., les autres de 20 à 40 pièces qui paraissent être surtout des esquisses, de 9 à 13 l. 4s., l'un même 4 l. 5s. Notons encore Elsheimer, P. van Laer (49 vues d'Italie), Wouwermans, 50 de Teniers, les Ostade, 44 de Brouwer, 11 de Pierre Brueghel le vieux, parmi lesquels l'Alchimiste de 1558, pour la gravure, 18 l., Quellinus le jeune, 68 Brueghel de velours (e. a. quatre dont deux datés de 1596 et 1611 gravés par Sadeler 184 l. à Gouvernet), 121 de Paul Bril, etc.
La troisième section était réservée à l'école française. On y notait des lots de maîtres du XVIe siècle (Dumonstier, Caron, Quesnel, Bunel, etc.) ; belle série de 172 dessins de N. Poussin, presque tous provenant de Jabach, Stella, ou de Carlo delle Occhiali, e. a. 6 dont 2 Adorations des Rois et l'Enlèvement des Sabines 130 l. (Gouvernet) et encore 164 études de paysages du même et 55 dessins de sculptures antiques, 53 de Claude Gellée en 7 lots, souvent subdivisés en deux, les plus chers 35 à 70 l., 158 de Callot et une grande Tentation de St. Antoine du même, coll. Ant. Triest 145 l. (Tessin), Vouet, Stella, Ph. de Champaigne, Bourdon, Mignard, Mellan. De Ch. Le Brun 261 dessins, dont trois capitaux : Triomphe de la Vierge, Chute des Anges, et Lever du Soleil, fort terminés, coll. Jabach, ami de Le Brun 37 l. (Gouvernet) et 80 l. (Deville), et un grand dessin fait pour Fouquet, déchiré par Le Brun, après avoir été refusé, et conservé par Girardon 31 l. 5s. Eust. Le Sueur était représenté par 75 études et par 146 dessins pour sa Vie de St. Bruno (22 premières pensées et toutes les 124 études), précieuse collection formée à Paris par un parent de Salv. Rosa, nommé Francanzani, 502 l. (Gouvernet). Les meilleurs lots des 294 dessins de La Fage firent entre 50 l. et 100 l. Puis encore van der Meulen, Ch. de Lafosse, Jouvenet, Coypel, les neuf dessins que Watteau avait légués à Crozat par reconnaissance, 31 l. et 54 l., etc.
Suivirent les cuivres avec leurs 400 exemplaires des planches tirées du Cabinet Crozat.
Le produit total des dessins était de 36.401 l. 2s., à savoir 23.549 l. 13s. pour les 13.199 dessins italiens, 7646 l. l8s. pour les 2741 dessins allemands et des Pays-Bas, 5204 l. 11s. pour les 3102 dessins de l'école française. (Suivant Huquier le total pour 18.917 dessins serait de 38.294 l. 8s.).
 
II. 1773, février, Paris (expert P. Remy). Estampes, vases de poterie étrusques, figures, bas-reliefs et bustes de bronze, marbre et terre cuite, ouvrages de Boule, etc. Catalogue paru dès 1772. C'était la collection laissée par L. A. Crozat, baron de Thiers, un des héritiers de Pierre Crozat. Les belles estampes que nous trouvons dans ce catalogue sont probablement celles de l'ancienne collection Crozat. A relever : Martin Rota (le Jugement dernier, avec le portrait de Michel-Ange en ovale, 63 l.), Marc-Antoine (Le Parnasse 106 l., Massacre des Innocents, au chicot, 39 l., La Cène 80 l., St. Paul à Athènes 60 l., Martyre de Ste Félicité 100 l., La petite Peste, avant l'écriture, 144 l.), les Bolswert (Le serpent d'airain 80 l. et le Couronnement d'épines, d'après van Dijck 120 l.), Vorsterman, Pontius, Rembrandt (La grande Résurrection de Lazare 144 l., La Pièce de cent florins, superbe, 470 l., Le bon Samaritain, 1r ét. 200 l., L'Ecce Homo et la Descente de Croix, avant l'adresse, 211 l., deux épr. du Lutma, dont un 1r ét. 91 l., Le Peseur d'or 144 l.), van Vliet (Loth et ses filles, d'après Rembrandt, et Suzanne d'après Lievens 200 l., et le Baptême de l'Eunuque 100 l.), Callot (2 vol. avec 1143 estampes de son œuvre 360 l.)
 
P. CROZAT , Paris.
 
On trouve à la bibliothèque du Victoria and Albert Museum à Londres, du catalogue de la vente Crozat, l'exemplaire de Mariette lui-même, annoté par lui des prix, des noms des acheteurs, et de nombreuses remarques critiques.
La vente du Baron de Thiers (un de ses héritiers), mentionnée à la fin de l'article dans notre volume principal, eut lieu en février 1772 et non en 1773.
Relevons ce fait curieux qu'aucun des dessins acquis par Tessin à la vente Crozat et maintenant à Stockholm, ne porte l'un ou l'autre des deux paraphes reproduits au volume principal [L.2951 et L.2952]. On pourrait ainsi supposer qu'à l'origine, chez Crozat, les dessins ne portaient aucune marque, et que les paraphes furent ajoutés après la vente par l'un des principaux acheteurs, par exemple Gouvernet, sur ses propres acquisitions.
Signalons l'intéressante section spéciale, consacrée à Pierre Crozat (documents sur lui-même, sur ses demeures), dans l'exposition « Le dessin français dans les collections du XVIIIe siècle », organisée à Paris, en 1935, par la Gazette des Beaux-Arts ; voir le catalogue bien documenté de cette exposition pp. 27-30. Voir aussi : Emile Dacier et Albert Vuaflart, Jean de Jullienne et les graveurs de Watteau au XVIIIe siècle, I (Paris, 1929), pp. 45-53.
Au volume principal 9e ligne du bas lire J. S. Cartaud
 
ANTOINE-JOSEPH DEZALLIER D'ARGENVILLE (Paris 1680-id. 1765).
 
La marque, composée d'un numéro et d'un petit paraphe en forme de nœud, n'est plus aujourd'hui attribuée à Pierre Crozat (L.3612) ; elle a été rendue à Antoine-Joseph Dezallier d'Argenville (1680-1765) par Mmes Jacqueline Labbé et Lise Bicart-Sée (L.3430) lors de la publication de leur ouvrage sur la collection Dezallier d'Argenville (Paris 1996).
Écrivain, collectionneur, dessinateur, graveur, il était le fils d'Antoine Dezallier, libraire à Paris qui avait succédé à Jean Dupuis dont il avait épousé la veuve Marie Mariette, grand-tante de l'illustre amateur. Ayant acquis la terre d'Argenville, près de Paris, il eut l'autorisation d'ajouter à son nom celui de d'Argenville. Après son éducation au collège du Plessis, il étudia le dessin et la peinture avec Bernard Picart, Roger de Piles et Jean Leblond, puis voyagea en Italie de 1714 à 1716, ainsi qu'en Angleterre et en Hollande. En 1718, il épousa Françoise-Thérèse Hemart, avec laquelle il eut quatre enfants, dont Antoine-Nicolas, l'auteur du Voyage pittoresque de Paris. Dès 1716, il avait acheté une charge de « Secrétaire du Roy » et en 1733 il acquit celle de « Maître des comptes à la Chambre de comptes de Paris ». Grâce à ses relations, notamment avec le chancelier d'Aguesseau, il fut nommé en 1748 « Conseiller du Roy en ses conseils », nomination accompagnée d'une pension royale. Autre consécration, Dezallier fut portraituré par Hyacinthe Rigaud, surnommé « le peintre des grands ». À partir de cette peinture, plusieurs épreuves furent gravées, au-dessous desquelles figurent ses principaux titres officiels et scientifiques : il était en effet membre des Sociétés des Sciences de Londres et de Montpellier, et remplaça Réaumur à l'Académie de La Rochelle. Antoine-Joseph correspondait d'ailleurs avec de nombreux savants et amateurs de toute l'Europe. Ainsi, dans une lettre adressée le 12 décembre 1755 à la comtesse de Rochechouart, à propos d'une découverte scientifique, il écrit : « [...] j'ai fait part de cette découverte à mon amy le comte de Tessin en Suède [...] ». Ces correspondances lui furent très utiles pour la formation de son cabinet.
Lorsque d'Alembert et Diderot conçurent leur projet de Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers, auquel ils donnèrent le nom d'Encyclopédie, ils demandèrent à Dezallier de se charger des articles concernant le jardinage et l'hydraulique. La lettre K désigne les 600 articles composés par lui.
Il fut également un grand collectionneur, ses multiples intérêts se portant dans des directions très diverses, aussi bien vers les productions de la nature que vers les œuvres d'art. Travailleur acharné, ses premières recherches concernèrent l'Histoire naturelle, publiant dès 1709 La Théorie et la pratique du jardinage, reprenant notamment les recherches de l'architecte Jean-Baptiste Alexandre Le Blond ; le succès en fut tel qu'il y eut quatre éditions françaises, une traduction anglaise et une traduction allemande sans compter les nombreuses contrefaçons notamment d'origine hollandaise. En 1742, paraît l'Histoire naturelle éclaircie dans deux de ses parties principales, la lithologie et la conchyliologie. La première partie traite des pierres, la seconde des coquilles de mer, rivière, terre. Il y ajouta en 1757 la description des animaux sous le titre de « zoomorphose ».
Mais Dezallier avait fait de l'histoire de la peinture un autre objet constant d'étude. En 1745, il publia son Abrégé de la vie des plus fameux peintres en deux volumes, complété d'un troisième en 1752. L'édition la plus complète (1762, 4 volumes) est beaucoup plus riche en ce qui concerne les écoles flamande et française. L'ouvrage eut un grand retentissement.
Antoine-Joseph Dezallier d'Argenville mourut le 2 novembre 1765, âgé de quatre-vingt-cinq ans. Ses collections furent dispersées en deux ventes, une première de tableaux, d'estampes et de pièces d'histoire naturelle, en mars 1766, dans sa maison, rue du Temple. La seconde vente, qui concernait ses dessins, eut lieu en janvier 1779, après la mort de sa veuve.
En réalité, l'essentiel de ces collections avait été constitué par son père, qui lui avait légué plus de soixante-dix tableaux et gouaches de peintres célèbres, quinze grandsvolumes ou recueils d'estampes, huit recueils de dessins,des bronzes, des médailles, des coquilles et une grande quantité d'autres objets.
Dezallier fut constamment préoccupé par le problème de la mise en ordre et du classement des objets et œuvres d'art qu'il possédait ainsi que par le souci d'en accroître le nombre.
Il laissa la collection de peintures de son père pratiquement dans l'état où il l'avait trouvée, mais en revanche il continua à accroître son « cabinet de curiosités » comme en témoignent ses lettres. Il acheta également un grand nombre de dessins et d'estampes. Ainsi le comte Tessin (L.2985) mentionne-t-il dans son catalogue de la vente Crozat (1741), qu'il y fut un des acheteurs privés les plus actifs. Dezallier écrit lui-même dans son Abrégé (édition de 1762) : « L'auteur a fait une collection de dessins des grands maîtres de tous les pays qui peut passer pour une des meilleures d'Europe ; elle est rangée chronologiquement par écoles et est composée d'environ six mille dessins originaux et choisis [...]. »
L'une des particularités de cet ensemble de dessins réside dans la numérotation adoptée par le collectionneur pour le classement des différentes feuilles. Chacun de ses dessins porte en effet au recto un numéro suivi d'un paraphe à la plume et encre brune ou noire, et souvent accompagné d'une attribution à la plume et encre brune ou en lettres capitales à la pierre noire. L'ordre suivi pour la numérotation est identique à celui que préconisait Dezallier dans son Abrégé. Le classement est structuré selon un ordre chronologique croissant par grande école, et, à l'intérieur de chaque école, par pays ou région. Les premiers numéros concernent l'école italienne répartie entre : Rome, Florence, Venise, Lombardie, Naples-Espagne, Gênes. Viennent ensuite les écoles du Nord : Flandre, Hollande, Allemagne. Puis les dessins de l'école française.
Cette collection de dessins numérotés et paraphés fut dispersée sous la direction de Pierre Remy en 1779. L'étude du catalogue a permis d'établir que 3350 dessins furent mis en vente répartis en 555 lots. Parmi les acheteurs se trouvaient de nombreux marchands, parmi lesquels Lenglier, Basan, Boileau, mais aussi des collectionneurs particuliers tels que Destouches, de Besse, Julien de Parme, Gabriel de Saint-Aubin. Une grande partie de ces dessins fut acquise, par l'intermédiaire de Lenglier, au profit du collectionneur Ch.P.J.-B. de Bourgevin Vialart de Saint-Morys (L.3620). Saisis pendant la Révolution et remis au Museum en 1797, ils se trouvent désormais au Musée du Louvre.
En 2012, une exposition intitulée 1740, Un abrégé du monde. Savoirs et collections autour de Dezallier d’Argenville à l'Institut national d'histoire de l'art de Paris (INHA) a célébré ce connaisseur également passionné de sciences naturelles.
 
VENTES
1766, 3 mars, Paris, sous la direction de Pierre Rémy. Catalogue raisonné des tableaux, estampes, coquilles & autres curiosités, après le décès de feu M. Dézallier d'Argenville, maître des comptes & membre des sociétés royales des sciences de Londres et de Montpellier.
1779, 18 au 28 janvier, Paris, sous la direction de Pierre Rémy. Catalogue des dessins des grands maîtres des écoles d'Italie, des Pays-Bas et de France et d'un recueil d'estampes de feu monsieur d'Argenville, maître des comptes des sociétés Royales de Sciences de Londres et de Montpellier, et des Académies des Arcades et de La Rochelle. Avec des Tables alphabétiques des artistes contenus dans ce catalogue. 568 lots dont 534 lots dessins en feuilles.
 
BIBLIOGRAPHIE
J. Labbé, L. Bicart-See, La Collection de dessins d'Antoine-Jospeh Dezallier d'Argenville reconstituée d'après son Abrégé de la vie des plus fameux peintres, édition de 1762, Paris 1996.
L. Bicart-See, 'Antoine-Joseph Dezallier d'Argenville. Supplement of Newly Identified Drawings from His Collection', Master Drawings, Vol. 45, Number I, Spring 2007, pp. 87-90.
Paris 2012 : 1740, Un abrégé du monde. Savoirs et collections autour de Dezallier d’Argenville, cat. sous la dir. de A. Lafont, Paris, INHA, 2012.
 
 
Date de mise en ligne : mars 2010 ; dernière mise à jour : janvier 2013.
 
 

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