numéro
L.2987
intitulé de la collection
Goll van Franckenstein, Johann
technique marque écrite, encre
couleur noir, rouge
localisation verso
dimension
  • 1921
Jhr. J. GOLL van FRANCKENSTEIN (1722-1785) et son fils (1750-1821), banquiers, Amsterdam. Dessins.
 
Johann Goll était fils dun riche négociant de Francfort s/l M. et s'établit de bonne heure à Amsterdam. En 1750 il y devint associé dans la maison Verbrugge & Co, négociants et banquiers, dont le nom fut alors changé en Verbrugge & Golf, pour devenir, en 1777, Golf & Co. La maison fut surtout connue par ses relations financières avec la cour de Vienne. L'impératrice Marie-Thérèse anoblit Johann Goll en 1766 et lui accorda le titre de Baron ( « Edler », ou « Jonkheer » en hollandais) avec l'addition, à son nom, de « van Franckenstein ». En 1781 il acquit la propriété Velserbeek, à Velzen, où il mourut quatre années après. Son fils Johan continua la maison Goll & Co et conserva la propriété de Velzen ; il y mourut lui aussi. En dehors de cette propriété il habitait, à Amsterdam, un hôtel acquis par lui en l793, situé au Keizersgracht près du Wolvenstraat. A Amsterdam il fut membre du conseil municipal et des Etats de la province. - Les deux Goll, père et fils, amateurs d'art passionnés, parvinrent à réunir un des plus beaux cabinets de tableaux et de dessins que la Hollande ait jamais possédés. La collection de dessins était assurément la plus belle et la plus riche (5 à 6000 feuilles) à une époque où la passion pour ce genre d'œuvres d'art était à son apogée en Hollande. Seul le célèbre cabinet de Vos pouvait lui être comparé. La dispersion de ces deux collections, dans la même année 1833, marqua la fin de cette période d'enthousiasme. Dès 1754 et 1758 nous voyons Goll acheter aux belles ventes de Tonneman et de Sybrand Feitama. Mais le noyau important de sa collection fut constitué par l'achat du célèbre cabinet de dessins réuni par Valerius Röver, de Delft († 1739). Josi, contemporain de Goll II, relate ce fait dans sa publication de reproductions de dessins, discours prél. p. XV. L'origine de la collection Röver remonte aux premières années du XVIIIe siècle et l'on peut se rendre compte de ses richesses et de son développement par l'inventaire consciencieux dressé par Röver lui-même et conservé à la bibliothèque de l'université d'Amsterdam. En comparant cet inventaire avec le catalogue de la vente Goll, on y retrouve quantité des plus importants dessins ; les autres ont sans doute été successivement échangés ou vendus par Goll. Il ressort des documents conservés avec l'inventaire, que le cabinet (42 portefeuilles) fut acquis en bloc de la veuve Röver, née van der Dussen, par le marchand-courtier Hendrik de Leth, d'Amsterdam, au prix de 20.500 fl., le 22 janvier 1761. De Leth, qui connaissait bien la valeur des dessins (il avait notamment dirigé, en 1754, la célèbre vente Tonneman) paraît avoir eu, dans cette transaction, le rôle d'intermédiaire, car il acquit en même temps l'extraordinaire œuvre gravé de Rembrandt, réuni par Röver, que nous retrouverons chez Ploos van Amstel (L.2034). Les tableaux de Röver avaient été vendus, dès 1750, au comte de Hesse-Cassel ; ils forment encore aujourd'hui l'ornement du musée de Cassel (Oud-Holland 1913 p. 4). Le baron Goll paraît s'être occupé très activement de ses collections, tant pour les épurer que pour les enrichir. Nous en trouvons la preuve dans les Nachrichten de Heineken (II p. 48), qui le visita en 1768, et qui fait grand éloge de son cabinet ; puis dans le journal du graveur J. G. Wille qui écrit le 17 juillet 1766 : « Jai conçu de lestime pour lui », et qui reste en rapports avec notre amateur pendant quelques années, échangeant des dessins. Le voyageur Björnsthal (1774) raconte que Goll avait depuis longtemps la coutume de montrer son cabinet de dessins tous les mardis soirs, en offrant des rafraîchissements aux visiteurs ou en les invitant à souper. Dans un récit de voyage de 1766, par le Polonais M. Mnizech, on lit : « un négociant nommé Mr. Got (Goll) qui a un cabinet de desseign qui vaut dit on plus de 100 mille francs, et lui-même dessine fort bien ». Ce dernier trait mérite une attention spéciale. Les Goll, le père et le fils, étaient de très habiles dessinateurs, ce qui explique leur intérêt pour les dessins d'autres maîtres. Ils ont laissé un grand nombre de dessins exécutés par eux-mêmes, généralement des paysages, dont une grande partie reste conservée chez leurs descendants (e. a. Mme Bijleveld à Overveen ; chez M. W. J. J. C. Bijleveld, à Leyde, le portrait dessiné de Johan Goll fils par lui-même, à un âge avancé). Goll fils, fît aussi de la peinture en amateur.
Le graveur C. Brouwer entreprit la reproduction des plus beaux dessins de la collection par le procédé de Ploos van Amstel, mais l'entreprise fut suspendue à la première livraison, contenant quatre feuilles d'après Hackaert, Pijnacker, Swanevelt et van der Ulft. D'autres dessins de Goll, par Avercamp, van Dijck, F. van Mieris, Ostade, Rembrandt, Saenredam, Steen, A. et W. van de Velde sont gravés dans la grande publication de Josi de 1821 ; la plupart de ces planches figuraient déjà dans l'ouvrage de même genre, édité précédemment par Ploos, à la vente duquel, en 1800, Goll s'était assuré les originaux. Le cabinet de tableaux, riche de 89 pièces, contenait e. a. des œuvres choisies de Berchem Brouwer, Cuyp, Dou, Hobbema, de Hoogh, Maes, Metzu, Ostade, Potter, Rembrandt, Ruisdael, Ter Borch, Vermeer de Delft, A. et W. van de Velde, Wouwermans.
A la mort de Johan Goll II, toutes les collections passèrent à son fils Pieter Hendrik Goll, van Franckenstein (né en 1787). Celui-ci continua l'excellente tradition de son père et de son grand-père, mais lorsqu'il mourut, âgé seulement de 45 ans, en 1832 ses trésors artistiques ne purent échapper à la vente publique à cause d'héritiers mineurs. Les beaux tableaux, vendus le jour où commençait la vente des dessins et sous la même direction, rapportèrent 105.955 fl.
Les dessins de la collection Goll se reconnaissent aux numéros d'inventaire écrits au verso (voir les spécimens ci-contre). L'inventaire manuscrit auquel ces numéros se rapportent paraît ne plus exister.
 
VENTE : 1833, 1r juillet et jours suivants, Amsterdam (dir. J° de Vries, A. Brondgeest, E. M. Engelberts et C. F. Roos). Dessins. Vente superbe. Le catalogue de 137 pp. décrit la collection par portefeuilles, comme c'était alors l'habitude, et non dans l'ordre alphabétique. L'école hollandaise du XVIIe siècle y dominait. La richesse en beaux paysages était frappante. Selon le goût de l'époque les plus grands prix furent payés pour les œuvres de A. van de Velde, Berchem, Potter et Wouwermans. Du premier, dont le catalogue énumère 22 feuilles, notamment l'aquarelle « 't Pontje » (Le Bac) 1305 fl. et « 't Akkerlandje » (Le Champ) 900 fl. et comme pièces non coloriées : Paysage avec bestiaux, jeune garçon et fillette 700 fl., Bergère à cheval passant un gué et berger ôtant ses bas pour la suivre 1210 fl., Homme, femme et bestiaux près d'une cascade 900 fl., Mercure et Argus 890 fl. De Berchem 36 dessins (la plus belle série alors connue), dont une composition avec homme ferrant un âne, 1657, gravée par Visscher 501 fl., La vache s'abreuvant, 1679, gravé, 800 fl., et Paysage rocheux avec garçon et laveuse, 1657, gravé par Visscher, 625 fl. De Potter 15 dessins, dont un Paysage avec deux gardiens et un troupeau de porcs, coll. Tonneman et Oudaan, 1810 fl. et Deux hommes en conversation près d'une bergerie, 1650, 1220 fl. De Wouwermans pas moins de 10 dessins, e. a. Paysage avec homme ajustant la sous-ventrière d'un cheval 350 fl. et Cavalier au manège 750 fl. Suivirent A. van Ostade et Rembrandt. Du premier 26 pièces parmi lesquelles le célèbre dessin en couleurs de la collection Jonas Witsen et gravé par Ploos : Musicien devant une ferme 1515 fl., et quelques autres pièces en couleurs vendues entre 300 et 500 fl. Sous le nom de Rembrandt passaient 28 dessins, où l'on remarquait le Paysage avec ferme, garage pour bateau et moulin à eau, reproduit dans l'ouvrage de Josi 330 fl., un Paysage avec ferme et deux meules de foin, maison seigneuriale au loin 750 fl., le Portrait de C. Anslo, pour la gravure 250 fl., Femme assise donnant le sein à son enfant 335 fl., La mort de la Vierge (plus tard chez Verstolk et J. de Vos Jbzn, mais douteux) 1000 fl., Intérieur d'atelier avec artiste peignant le portrait d'une dame et de deux hommes 135 fl., Garçon s'appuyant sur la partie inférieure d'une porte, gravé par Ploos 850 fl., Benjamin confié à ses frères 400 fl. Dans la richesse de feuilles d'autres maîtres de cette époque on en remarque encore plusieurs par Avercamp (vendues très bon marché), une belle série de L. Bakhuyzen (29 pièces, e. a. Vaisseaux devant Douvres et Port de la Méditerranée, une paire, 665 fl.), des van Borssum (15), van de Capelle (e. a. trois hivers), A. Cuyp (18), Dou (e. a. un chirurgien opérant une femme à la bouche 1510 fl. et Vieillard taillant sa plume 750 fl.), A. van Dijck (portraits et sujets bibliques, 16 pièces), Eeckhout (très belle série de 15 ff., dont son propre portrait), A. van Everdingen (55, dont une partie en couleurs), Goltzius (15, dont plusieurs portraits), Ph. Koninck (2), Metzu (4), F. van Mieris (dont les dessins sont si rares, 5 importants), Roghman, Rubens (12), J. Ruisdael (19 dessins, au dire de Josi la plus belle série qu'il vit jamais chez un même particulier), J. Steen (4), W. van de Velde (e. a. le départ de Guillaume III d'Angleterre), C. Visscher (12 portraits, le Vendeur de mort aux rats, de la coll. Tonneman, le Chat, etc.), belle série de Waterloo, et de A. van der Werff sa série de 68 portraits pour l'Histoire de l'Angleterre de Larrey 1410 fl. - Les maîtres du commencement du XVIe siècle, que l'on trouve dans le portefeuille X du catalogue, étaient alors peu appréciés, même Dürer, si du moins on accepte comme vrais le dessin, de quelques plumes, en couleurs, daté de 1512, 99 fl., et l'Aile d'un oiseau, 1524, 140 fl. Les maîtres du XVIIIe siècle et les contemporains étaient bien représentés aussi, mais les dessins et gouaches de Troost furent maigrement payés. On y notait surtout Cats, le protégé de Goll père (20), Hulswit, Langendijk, Vinkeles et beaucoup de J. Luyken, e. a. sa série du « Menschelijk Bedrijf » 450 fl. Les deux célèbres pièces en couleurs par J. van Huysum, Fruits et Fleurs, faites pour Lambert ten Kate, que Goll père avait acquises à la vente Muilman, en 1773, 3010 fl. et 2000 fl., ne firent que 1000 fl. et 500 fl. Un portefeuille (A A) était entièrement rempli de portraits de peintres. Le côté faible de la collection paraît avoir été l'école italienne, exception faite pour le grand dessin de Raphaël avec les têtes et les mains de deux apôtres de la Transfiguration, dessin qui est peut-être le même que la célèbre feuille des collections ten Kate et Röver et actuellement à Oxford, 506 fl. Les dessins français, contenus dans le portefeuille Y n'étaient pas non plus à la hauteur des hollandais. - Produit 69.638 fl. 50.
 

Frits Lugt, Les Marques de Collections de Dessins & d’Estampes | Fondation Custodia