numéro
L.3005e
intitulé de la collection
A. N. Pérignon, B. A. Bonnefons de Lavialle et A. C. Becquerel
technique marque écrite, encre
couleur brun
localisation recto, verso
dimension
  • 1956
  • depuis 2010
Inscriptions relevées sur un dessin du peintre Girodet-Trioson, exactement Anne-Louis Girodet de Roucy-Trioson, peintre d'histoire, lithographe et écrivain (Montargis 1767 - Paris 1824). La mention « Dessiné par Girodet » est sans doute de la main d'un collectionneur français contemporain de l'artiste. Les trois paraphes en dessous sont peut-être de la même main, ou les marques d'un inventaire quelconque.
 
ALEXIS-NICOLAS PÉRIGNON, de BENOIST ANTOINE BONNEFONS DE LAVIALLE et d'ANTOINE-CÉSAR BECQUEREL, paraphes apposés sur les dessins de Girodet lors de la vente du 11 avril 1825 et jours suivants.
 
L'annotation « Dessiné par Girodet » et les paraphes portés en dessous sont des marques apposées lors de la vente après décès du peintre Girodet, qui a eu lieu le 11 avril 1825 et jours suivants.
Sidonie Lemeux-Fraitot, lors de la publication en 2003 de son 'Inventaire après décès d'Anne-Louis Girodet-Trioson (1767-1824)', a clairement identifié les auteurs de l'annotation et des trois paraphes. Nous lui devons la plupart des renseignements cités ci-dessous.
À partir d'une note de Pierre-Alexandre Coupin, dans Œuvres posthumes de Girodet-Trioson, (Paris 1829, t. 1, note en tête de la p. LV), qui précisait « Les dessins et croquis vendus après sa mort [Girodet] ayant tous été signés par les deux commissaires chargés de cette vente, on pourra toujours s'assurer, par l'apposition de ces signatures, si les croquis et études qui ne sont pas portés sur cette liste sont de Girodet ; et le catalogue de la vente, rédigé par M. Pérignon, pourra fournir le même moyen de vérification pour les ébauches et les études », Sidonie Lemeux-Fraitot a déduit que les paraphes étaient ceux de Pérignon, expert de la vente, Bonnefons de Lavialle commissaire-priseur de la même vacation, et de Becquerel, exécuteur testamentaire de l'artiste.
En effet, le premier paraphe, un P majuscule, est celui d'Alexis-Nicolas Pérignon (Paris 1785- id. 1864), fils du peintre nancéien de même nom. Élève de Girodet, il expose au Salon de 1814 à 1850 et obtient une médaille de deuxième classe en 1824. Peintre, mais aussi collectionneur, il est également commissaire expert auprès des Musées royaux de 1816 à 1835. C'est en tant que qu'expert qu'il agit lors de grandes ventes parisiennes, comme celles de Lapeyrière (1817), de Regnault-Delalande (1826), de Dominique-Vivant Denon (1826) ou de Jacques-Louis David (1826).
Girodet l'avait choisi pour effectuer son inventaire après décès et mettre en ordre ses portefeuilles de dessins ; aussi fut-il désigné pour établir le catalogue de la vente après décès de son maître et en être l'expert. Il y accomplit un véritable travail scientifique d'attribution et d'évaluation des œuvres.  
Il faut également noter que le paraphe de Pérignon est parfois précédé de l'initiale A, comme sur le dessin représentant le Dragon chargeant de La Révolte du Caire passé récemment en vente pour un prix record de 415 138 euros (vente 2010, 25 septembre, Pau, Gestas et Carrère).
Le deuxième paraphe, une sorte de B majuscule, un peu plus important en dimensions et toujours suivi de boucles, est celui de Me Benoist Antoine Bonnefons de Lavialle, commissaire-priseur de cette vente. Établi tout d'abord au 148 rue Montmartre, puis au 14 rue Saint-Marc, et enfin au 11 rue de Choiseul, à Paris, Bonnefons a dirigé de grandes ventes de cabinets célèbres pendant plus de quarante ans à partir des années 1810, comme celui de Sinson (1814), de Paignon-Dijonval (1821), du collectionneur d'estampes Durand (1821), du comte de Pourtalès (1822), de Lucien Bonaparte (1834, 1837 et 1840), mais aussi de l'amateur N. Révil (1845) et du négociant Thorel (1853). Il assiste son successeur, Me Charles Pillet, lors de la vente du tableau Saint Pierre aux larmes de Murillo, le 10 avril 1856. Le fonds de ce commissaire-priseur est aujourd'hui conservé à la bibliothèque de Drouot-Documentation.
Le troisième paraphe, un petit B suivi de plusieurs boucles, est celui d'Antoine-César Becquerel (Châtillon-Coligny 1788-Paris 1878). Le procès-verbal de la vente de 1825 le décrit ainsi « Ancien chef de bataillon du Génie, Chevalier de l'ordre royal de la légion d'honneur ». Antoine-César Becquerel, fils de la cousine germaine de Girodet, peut être considéré comme le plus proche parent de l'artiste en raison de l'amitié qui les unissait. Une tradition familiale, que les correspondances semblent confirmer, assure que c'est sur les conseils de Girodet que Becquerel embrassa des études de physique qui conduisirent son fils Edmond et son petit-fils Henri aux célèbres découvertes sur la radioactivité. Antoine-César Becquerel est l'exécuteur testamentaire du peintre : mandaté par les héritiers légaux, Charles-Denis et Rosine Becquerel-Despréaux, neveux de Girodet et ses cousins, il se chargea d'accomplir les dernières volontés du maître et prit en charge sa succession. Il acquit une grande partie du fonds d'atelier de Girodet et réunit ainsi une des plus belles collections de ses dessins, esquisses et tableaux. C'est sur son initiative que les suites de dessins et les œuvres poétiques du peintre furent publiées de manière posthume. Il est à l'origine de la constitution du fonds Girodet du Musée de Montargis.
Sur les dessins de Girodet, le paraphe de Pérignon peut se rencontrer seul, associé à celui de Becquerel (comme sur le dessin du Louvre inv. 26780), associé à celui de Bonnefons (comme sur le dessin du Louvre inv. RF 34525), ou encore associé aux deux paraphes comme sur notre reproduction.
L'annotation « dessiné par Girodet », également de la main de Pérignon, est généralement présente sur les grands dessins de l'artiste. Les œuvres de plus petites dimensions portent quant à elles uniquement les paraphes de Pérignon et de Bonnefons-Lavialle.
Il faut noter que tous les dessins passés dans cette vente de 1825 ne comportent pas forcément de paraphes. On ignore si les dessins de la deuxième vente Girodet des 3 et 4 avril 1826 avaient été ou non paraphés de la même façon.
On consultera avec profit la biographie de Girodet sur le site du Musée Girodet de Montargis (www.musee-girodet.fr), mais également dans les nombreux ouvrages qui lui sont consacrés. En effet, de nombreuses études sur Girodet ont été publiées en 2005, notamment le catalogue qui accompagnait la belle exposition du Musée du Louvre, et les expositions au Musée de Montargis.
Une facette méconnue de l'artiste, celle de collectionneur, a également été étudiée par Sidonie Lemeux-Fraitot en 2007. Quant à la fortune de Girodet, elle a été soigneusement examinée par Jean-Marie Voignier dans le Bulletin de la Société d'Émulation de Montargis en 2005.
 
VENTES
1825, 11 avril et jours suivants, Paris, maison rue Neuve-Saint-Augustin (expert Pérignon). Tableaux, esquisses, dessins et croquis. Produit 199 360 francs.
1826, 3-4 avril, Paris, maison rue Neuve-Saint-Augustin (expert Pérignon). 94 lots. Produit 7744 francs.
 
SOURCE
S. Lemeux-Fraitot, 'Ut poeta pictor. Les champs culturels du peintre Anne-Louis Girodet-Trioson (1767-1824)', thèse de doctorat en histoire de l'art, sous la direction d'Éric Darragon, Université de Paris I, novembre 2003.
 
BIBLIOGRAPHIE
Œuvres posthumes de Girodet-Trioson, Paris 1829.
Montargis 1967 : Girodet 1767-1824, exposition du deuxième centenaire, cat. par J. Pruvost-Auzas, Montargis, Musée Girodet, 1967.
S. Lemeux-Fraitot en collaboration avec V. Bajou, 'Inventaire après décès d'Anne-Louis Girodet-Trioson (1767-1824)', dans Inventaires après décès de Gros et de Girodet, documents inédits, S. Lemeux-Fraitot et V. Bajou, Paris 2003.
J.-M. Voignier, 'La Fortune de Girodet', Société d'émulation de l'Arrondissement de Montargis, Revue d'histoire du Gâtinais,  n° 128-129, avril 2005.
S. Lemeux-Fraitot, 'Girodet collectionneur', L'artiste collectionneur de dessin, II, Salon du Dessin,  Milan 2007.
Paris 2005 : Girodet 1767-1824, cat. par S. Bellenger, Paris, Musée du Louvre, 2005.
L. Lhinares, 'Alexis-Nicolas Pérignon (1785-1864), peintre, expert, marchand et collectionneur', La Revue des Musées de France. Revue du Louvre, n° 5-2013, pp. 69-78.

 
Date de mise en ligne : janvier 2011 ; dernière mise à jour : mars 2015.
 

Frits Lugt, Les Marques de Collections de Dessins & d’Estampes | Fondation Custodia