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PIERRE CROZAT (1665-1740), financier, Paris. Dessins et Estampes.
 
Dès 1820, Henry Reveley dans son ouvrage Notices Illustrative of the Drawings and Sketches of some of the most Distinguished Masters in all Principal School of Design (Londres 1820), note que la collection de Crozat, certainement la plus grande au monde, est composée d'environ 19.000 feuilles: « Mr Richardson has observed, that though many were slight, and other small, all were good ».
Alphonse Wyatt Thibaudeau écrivant sur les Marques et Monogrammes de quelques amateurs célèbres dans la Gazette des Beaux-Arts de 1859, est le premier, à notre connaissance, a établir le lien entre les petits numéros portés à la plume et encre brune dans l'angle inférieur droit des feuilles et le roi des collectionneurs, en écrivant « On reconnaît les dessins de Crozat à un chiffre tracé à la plume dans la marge inférieure ». Cette information est également relevée par le marquis Philippe de Chennevières qui la rapporte dans le premier chapitre de la description de sa collection publiée dans L'Artiste en août 1894 « Je me suis fait cahin-caha ce dossier du Poussin, en le complétant par quelques bonnes sanguines de Gaspard Dughet, dont l'une porte la marque de Mariette et une autre, les petits numéros de Crozat ».
On le voit, très tôt, on sait reconnaitre un dessin de la collection Crozat, mais on a voulu certainement, étant donnée l'importance de sa collection, lui attribuer d'autres marques. Ainsi Maberly dans The Print Collector (Londres 1844) écrit « A roman capital C, with a hyphen drawn across it, signifies the Crozat Collection » (p. 83). Les fascicules reproduisant des timbres de collectionneurs annexés aux catalogue des ventes Mouriau (11 et 12 mars 1858) et Kaieman (1858) associent avec réserve le collectionneur Crozat à un C majuscule, certainement notre marque L.474, tout comme Rudolph Weigel dans son ouvrage Die Werke der Maler in ihren Handzeichnungen (Leipzig 1859). Nagler, quant à lui, dans Die Monogrammisten (Munich 1858-1879) associe une marque C+ (L.480) à Crozat, confondant très certainement à cette occasion l'initiale du graveur Caylus avec Crozat.
La confusion avec le paraphe de Dezallier D'Argenville (L.2951 et L.2952) s'explique sans aucun doute par le fait que ce paraphe en forme de petit nœud soit précédé de numéro, et nous l'avons vu, les petits numéros avaient très tôt été associés à Crozat.
Donc pour résumer, les marques L.474 [C], L.480 [C +], L.2951 [numéro et paraphe] et L.2952 [paraphe seul] ne sont plus attribués à Crozat, mais il demeure nécessaire de s'y reporter pour une biographie de Pierre Crozat, puisque nous ne souhaitons pas répéter ici tout ce qui a été dit dans ces précédents articles. On ne négligera pas non plus la bibliographie citée ci-dessous.
Pour une étude de la collection de dessins de Pierre Crozat nous renvoyons à l'article de Cordélia Hattori « A la recherche des dessins de Pierre Crozat », où, elle clarifie notamment la numérotation des feuilles. L'inventaire après décès de Pierre Crozat rédigé entre le 30 mai et le 6 juillet 1740 est conservé aux Archives Nationales de Paris (Minutier central, étude XXX, 278 daté 30 mai 1740, fol 130v-141r) ; le 21 juin 1740, les huissiers priseurs Lefebvre et Gosse et l'expert Pierre-Jean Mariette comptabilisent et décrivent sous un seul titre les 202 portefeuilles de dessins dans lesquels sont rangés 19201 dessins et 1396 gravures. C'est certainement à ce moment là que Pierre-Jean Mariette décide de porter les numéros sur les dessins afin de les comptabiliser dans chacun des portefeuilles. Cordélia Hattori distingue cinq types d'écritures différentes, correspondants à plusieurs personnes en charge de la numérotation des feuilles. Bien des dessins ont perdus ces petits numéros parce qu'ils ont depuis été coupés ou remontés plus tard. Pour la rédaction du catalogue de la vente Crozat, Pierre-Jean Mariette reprend la division par écoles, il en altère l'ordre, mais respecte les critères chronologiques, thématiques et de dimensions. De plus il doit certainement procéder à de nouvelles attributions. Mariette a consigné, dans un exemplaire du catalogue de vente aujourd'hui conservé au Victoria & Albert Museum à Londres, en face de chaque lot le numéro de portefeuille de l'inventaire après décès dans lesquels se trouvaient les dessins. Cordélia Hattori dans ce même article publie non seulement l'inventaire après décès de Pierre Crozat, mais également la table de concordance entre les lots du catalogue de la vente et les portefeuilles de cet inventaire.
G. Pezzini Bernini publie un intéressant document sur la correspondance, des années 1715 à 1721, entre le cardinal Filippo Antonio Gualtieri (1660-1728) et Crozat, aujourd'hui conservée à la British Library (Ms ADD 20390), qui atteste comme l'avait écrit Ancel que le prince des collectionneurs a pu acquérir des dessins de la collection de la Reine Christine de Suède et qu'il soit réservé sur la qualité de l'ensemble.
 
BIBLIOGRAPHIE
M. Stuffmann, 'Les tableaux de la Collection de Pierre Crozat. Historique et destinée d'un ensemble célèbre, établis en partant d'un inventaire après décès inédit (1740)', Gazette des Beaux-Arts, juillet-septembre 1968, pp. 12-142.
P. Schatborn, 'Van Rembrandt tot Crozat. Vroege verzamelingen met tekeningen van Rembrandt', Verzamelen in Nederland, Nederlands Kunsthistorisch Jaarboek 1981. Deel 32, Haarlem 1982, pp. 1-54.
C. Hattori, 'A la recherche des dessins de Pierre Crozat', Bulletin de l'Association des Historiens de l'Art français, Année 1997, 1998, pp. 179-208.
C. Hattori, 'Pierre Crozat et l'Italie', Bulletin de l'Association des Historiens de l'Art italien, n° 6, octobre 2000, pp. 40-43.
G. Pezzini Bernini, 'La collezione di disegni e stampe Corsini nell'ambito del collezionismo di grafica del XVIII secolo', dans Il Gabinetto nazionale delle Stampe. Storia e collezioni 1895-1975, par G. Mariani, Istituto Nazionale per la Grafica, Palazzo Fontana di Trevi, Rome 2001, pp. 65-87, esp. 74-76.
C. Hattori, 'The drawings collection of Pierre Crozat (1665-1740)', dans Collecting Prints and Drawings in Europe, c. 1500-1750, éd. par C. Baker, C. Elam et G. Warwick, Aldershot 2003, pp. 173-181.
 
 
Date de mise en ligne : mars 2010.
 
numéro
L.3612
intitulé de la collection
Crozat, Pierre
technique marque écrite, encre
couleur brun
localisation recto
dimension
Frits Lugt, Les Marques de Collections de Dessins & d’Estampes | Fondation Custodia|robe de mariée