numéro
L.3620
intitulé de la collection
Bourgevin Vialart de Saint-Morys, Charles Paul Jean-Baptiste
technique encre, marque écrite
couleur brun
localisation
dimension
  • depuis 2010
CHARLES PAUL JEAN-BAPTISTE de BOURGEVIN VIALART de SAINT-MORYS (Paris 1743-Ile D'Houat 1795), conseiller au Parlement de Paris. Dessins anciens.
 
Charles Paul Jean-Baptiste Bourgevin était le fils de Charles-Paul Bourgevin, écuyer et conseiller du roi, et de Marie Élisabeth Jeanne Baptiste Guyard de Saint-Clair. Issu d'une famille noble mais désargentée, il semblait promis à une carrière militaire, mais en 1769, il épousa Éléonore de Beauterne, fille illégitime d'un oncle fortuné : Étienne Boucher. Il quitta alors l'armée pour acheter une charge de conseiller au Parlement et ajouta à son nom celui de Vialart qui venait de sa mère, puis celui de Saint-Maurice, déjà porté par ses ancêtres Vialart. Pour se distinguer de ses homonymes, il en modifia l'orthographe : Saint-Morys devint ainsi son patronyme et c'est sous ce nom qu'il sera connu par la suite. En 1772, naquit son fils Étienne, puis Charles et Éléonore de Saint-Morys s'installèrent à Cormeilles-en-Parisis. En 1778, à la mort d'Étienne Boucher, dont ils étaient les héritiers, ils devinrent immensément riches mais leurs familles se déchaînèrent contre eux, essayant en vain de faire la preuve de la bâtardise d'Éléonore, ce qui provoqua plusieurs procès. Le 3 novembre 1781, le couple acheta le château d'Hondainville en Beauvaisis. Saint-Morys partagea dès lors son temps entre sa propriété et sa maison de Paris, rue Vivienne, gérant la fortune héritée d'Étienne Boucher. À plusieurs reprises il agrandit le domaine d'Hondainville.
Dès 1769, Saint-Morys manifesta un vif goût pour l'art. C'est un cousin célèbre et de beaucoup son aîné, Blondel d'Azincourt, qui l'introduisit dans le monde des artistes amateurs. Comme il aimait dessiner depuis toujours, il exécuta des paysages mais également des œuvres inspirées des différents artistes qu'il admirait. Le Louvre possède aujourd'hui une soixantaine de ses œuvres aux sujets très variés. Il occupait également ses loisirs à graver, ses maîtres en la matière étant Pierre Lelu et Pierre Larrieu. En 1787, Thiery dans son Guide des amateurs et étrangers à Paris vante la collection Saint-Morys et ajoute « cet amateur zélé des Arts joint au goût le plus éclairé l'avantage précieux de graver à l'eau-forte avec autant de facilité que de précision, et le talent d'imiter en ce genre les dessins des grands maîtres et leur manière, au point de faire illusion ». Saint-Morys était également un grand collectionneur d'œuvres d'art. Son cabinet renfermait des dessins, des gravures, des tableaux mais aussi des pierres précieuses ou encore des pierres gravées. Ce goût pour l'art et les artistes lui fit rencontrer certains de ses illustres contemporains, tel Greuze qui réalisa son portrait ainsi que celui de son fils (conservés aujourd'hui au Musée des Beaux-Arts de Nantes). Mais ses rapports avec l'artiste se détériorèrent lorsque Greuze le surprit en compagnie de son épouse, dont il était devenu l'amant.
En 1790, Saint-Morys émigra laissant alors son château sous la garde de son épouse. Le 15 septembre, il se trouvait à Londres, puis s'installa à Coblence où il dirigea une entreprise de fabrique de faux assignats. De retour à Londres, il recommença à graver d'après des dessins peut-être emportés dans sa fuite.
Nommé intendant général des troupes royales constituées dans l'espoir de reconquérir la France avec l'aide britannique, il fit partie de ces émigrés qui échouèrent à l'île d'Houat et furent ensuite décimés par une épidémie. Saint-Morys mourut le 15 août 1795.
C'est dans son château que fut découverte à la suite d'une dénonciation, en 1793, son énorme collection de dessins, d'estampes et de tableaux, emmurée derrière une porte recouverte de plâtre. Transportée d'abord à l'Hôtel de Nesles, elle intégra ensuite le Museum national en 1796 et en 1797. Par la suite, son fils Étienne, qui se faisait appeler comte de Saint-Morys, ne put jamais en obtenir la restitution, même après la fin de la période révolutionnaire. À l'époque, la collection de dessins de Saint-Morys constituait à elle seule plus du tiers du fonds du Cabinet des dessins du Louvre. Mmes Labbé et Bicart-Sée, dans leur ouvrage La Collection Saint-Morys au Cabinet des Dessins du Musée du Louvre (Paris 1987), ont répertorié quelque 12 800 dessins, dont plus de la moitié appartient aux différentes écoles italiennes, 24% environ aux écoles nordiques et le même pourcentage à l'école française ; moins de 1% étant constitué de quelques dessins des écoles espagnole, portugaise et anglaise.
Cette célèbre collection de dessins est certainement l'une des plus importantes formées au XVIIIe siècle. L'amateur opéra des achats principalement entre 1773 et 1790, mais les dessins qu'il acquit ne le furent pratiquement jamais sous son nom. Les marchands Joullain, Paillet, Constantin, Basan, Desmarets, et plus particulièrement Lenglier, agissaient pour son compte. Il acquit de nombreux dessins aux ventes J.D. Lempereur de 1773 et 1775, les plus précieux étant La Forge de Vulcain de Perino del Vaga, provenant de la collection Desneux et La Bataille de Spoleto de Titien, qui passa par la vente Crozat. De la vente Gouvernet en 1775, on retrouve dans sa collection la Feuille d'études, dont deux études de Vierge à l'Enfant de Raphaël, qui provenait de la collection Viti Antaldi. Plus de quatre cents feuilles provenant de la collection Mariette réapparaissent également chez Saint-Morys. D'autres dessins proviennent des ventes du prince de Conti en 1777, du marquis de Calvière en 1779, de Nourri en 1785 (le fonds de cette dernière collection provenant de la vente Crozat), de Peyron en 1786. Enfin Saint-Morys put obtenir un grand nombre de dessins de provenances anglaises à la vente Bertheels qui eut lieu à Paris en 1789.
Une première idée de l'importance de la collection Saint-Morys est donnée par le catalogue de la vente du 6 février 1786, où 2777 dessins sont proposés. On ne sait d'ailleurs pas très bien pourquoi l'amateur décida cette vente. Quoi qu'il en soit, il racheta certaines feuilles puisqu'on les retrouve dans la collection saisie à la Révolution.
L'intérêt de cette collection n'est pas seulement d'ordre quantitatif, mais également d'ordre qualitatif. Parmi les chefs-d'œuvre, on peut relever l'Étude de draperie de Léonard de Vinci, La Vierge, sainte Anne et l'Enfant de Michel-Ange, la Vue du Canal Singel de Rembrandt, l'Autoportrait de Rubens pour ne citer qu'eux.
Au Musée du Louvre, l'étude de la collection Saint-Morys a suivi la découverte par Roseline Bacou d'un album de gravures au Cabinet des Estampes de la Bibliothèque nationale ; ces gravures signées par Saint-Morys reproduisent certains des dessins de la collection conservée au Louvre. Cette collection a ensuite pu être reconstituée notamment grâce aux anciens inventaires, mais surtout grâce aux petits carnets manuscrits de Morel d'Arleux, premier conservateur du Museum national, qui avait noté de façon très abrégée la provenance des dessins qu'il répertoriait, avec le désir semble-t-il que leurs origines demeurent confidentielles. C'est alors que sont apparues avec évidence les caractéristiques de cette collection, dont les dessins ne possédaient ni marque ni montage particulier : les feuilles portent au verso, ou au verso des montages, de l'écriture cursive de Saint-Morys, des annotations concernant le sujet et la technique. Au recto des montages, on trouve en bas à gauche, le nom de l'artiste, et en bas à droite, la mention de l'école concernée.
Les dessins ayant appartenu à Saint-Morys, nous l'avons dit, ne sont pas tous conservés au Musée du Louvre, certains ayant été vendus de son vivant ; d'autre part, il avait continué à collectionner après son départ en exil.
 
VENTE
1786, 6 février et jours suivants, Paris, (c.p. Boileau, experts A.J. Paillet et A. Milliotti). Catalogue de tableaux des trois écoles. Dessins sous verre & en feuilles, formant une collection nombreuse par les plus célèbres peintres italiens, françois, flamands & hollandais, Estampes rares & autres au nombre de quarante porte feuilles, dont une grande quantité d'eaux-fortes par les meilleurs artistes ; Pierres gravées antiques & modernes, du plus beau choix, & montées en bagues, au nombre de plus de trois cens ; tasses d'agate, objets précieux en marbre & granit oriental, porcelaines anciennes, morceaux de laque du Japon, & autres effets curieux. 827 lots de dessins.
 
BIBLIOGRAPHIE
J. Labbé, L. Bicart-Sée, La collection Saint-Morys au Cabinet des Dessins du Musée du Louvre, Paris 1987 (coll. Notes et documents).
 
 
Date de mise en ligne : mars 2010.
 
 

Frits Lugt, Les Marques de Collections de Dessins & d’Estampes | Fondation Custodia