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HERBERT LIST (Hambourg 1903-Munich 1975), photographe, Munich. Dessins.

Fils d’un importateur de café à Hambourg, Herbert List a d’abord travaillé dans l’entreprise familiale, dont il sera associé après le décès de son père en 1929 et cela jusqu’en 1936, tout en poursuivant des études d’histoire de l’art et de photographie. Avec la montée du nazisme, il a dû quitter en 1936 son pays natal, perdant ainsi tout soutien en Allemagne, et s’est établi comme photographe à Londres, puis à Paris et enfin en Grèce. Ses premières photos ont été publiées dans des magazines comme Life et Harper’s Bazaar ainsi que dans la revue Verve. Suite à l’occupation de la Grèce par l’armée allemande, List a été contraint de rentrer en 1941 dans son pays et, de 1944 à 1945, de travailler pour la Wehrmacht comme dessinateur de cartes en Norvège. À son retour, il s’installe définitivement à Munich. Il est l’auteur de plusieurs livres de photographies, dont Licht über Hellas (1953), et ses photographies ont également été publiées dans des revues, notamment dans la revue suisse DU.
List a commencé à collectionner des dessins anciens de tous les pays d’Europe à partir de 1958. Vers 1963, il choisit de privilégier les dessins italiens dont il a su réunir une collection considérable de feuilles datant du XVIe au XVIIIe siècle. Au moment de son décès, sa collection comprenait 1000 à 1100 dessins, dont environ 650 de l’école italienne. Lors de ses pérégrinations, il emportait souvent avec lui des photographies des dessins de sa collection pour les montrer aux connaisseurs, marchands et collectionneurs afin d’en compléter ou vérifier les attributions. Avec le recul du temps, beaucoup de ses attributions se sont avérées justes. Parmi ces connaisseurs, on trouve Walter Vitzthum (1928-1971), grand spécialiste des dessins italiens. Dans une lettre à la Fondation Custodia, List mentionnait son nom pour le cas où celle-ci souhaitait obtenir plus de renseignements sur sa collection (archives de la Fondation Custodia, lettre du 12 juillet 1969). À sa lettre était jointe une impression de sa marque, destinée à prendre place dans le supplément.
List non seulement achetait dans des ventes aux enchères et chez les marchands, mais aussi chez des collectionneurs comme l’éditeur Bernhard Funck (1895-1993) [voir L.3835], de qui il a acquis plusieurs feuilles magnifiques : de Luca Penni, Le Banquet d’Acheloüs (Washington, National Gallery of Art, inv. 2007.111.141), de Giorgio Vasari, Le Jugement dernier (id., inv. 2007.111.177), de Paolo Farinati,Le Supplice de Marsyas (id., inv. 2007.111.78) et d’Aniello Falcone, Portrait d’un garçon (id., inv. 2007.111.77). Une autre source a été la collection du journaliste Richard Tüngel (1883-1970), de Hambourg, d’où proviennent un dessin de Gaspar van Wittel, Ruines d’un ancien amphithéâtre (id., inv. 2007.111.183), ou encore un groupe de dessins par Palma il Giovane (provenant de la collection du Fürst zu Liechtenstein).
List était membre de Die Mappe, une association de collectionneurs, amis de la littérature et des arts, qui se réunissaient deux fois par mois à Munich et devant lesquels, à partir de 1964, il a pris la parole à cinq reprises. Sa conférence du 13 janvier 1971 sur son expérience de collectionneur a fait l’objet d’une publication posthume dans une version abrégée : ‘Alte Handzeichnungen. Erkenntnisse eines Sammlers’ (dans Sammeln und Bewahren. Beiträge zur Kunst, Literatur und Buchgeschichte, Munich 1973, pp. 31-42). On y découvre sa grande connaissance du dessin. Pour lui, le plaisir de la recherche fait partie intégrante de la satisfaction que l’on éprouve à posséder une collection. Ce en quoi beaucoup de collectionneurs se reconnaîtront sans doute. Il considérait aussi que la collection de dessins de Frits Lugt a été probablement la plus importante formée au XXe siècle.
Au début des années 1970, songeant à organiser sa succession, List a conclu en 1972 un arrangement avec la famille Ratjen : Ursula Ratjen (1917-1988) et son mari Adolf Ratjen (1910-1989), parents du collectionneur de dessins Wolfgang Ratjen (1943-1997), ont acheté l’entière collection de dessins, mais ceux-ci restaient encore entre ses mains, ce qui lui a permis de continuer à l’enrichir. Le choix des œuvres s’opérait en collaboration avec Wolfgang Ratjen.
Après le décès de List, le 4 avril 1975, la collection fut donc transférée à la famille Ratjen, qui l’année suivante créa une fondation à Vaduz, la Stiftung Ratjen, afin de la gérer de manière plus institutionnelle. Ursula Ratjen a joué un rôle essentiel dans la réalisation de cette idée. À la mémoire de List, la Fondation Ratjen a organisé une exposition de dessins italiens du XVIe au XVIIIe siècle qui a été présentée dans plusieurs musées en Allemagne dans les années 1977 et 1978.
Dans les années qui ont suivi la mort de List, Wolfgang Ratjen a décidé de vendre un certain nombre de dessins qu’il ne jugeait pas à la hauteur de la collection qu’il envisageait. Ainsi des feuilles portant la marque de List sont arrivées sur le marché international de l’art. Entre 1972 et 1997, Wolfgang Ratjen s’est dessaisi de plus de 700 dessins de la collection List, qui se trouvent aujourd’hui dispersés dans les collections particulières et publiques. Le choix opéré par Ratjen s’est révélé judicieux : en effet, dans l’exposition organisée pour fêter l’acquisition (en 2007) par la National Gallery of Art de Washington de la collection Ratjen, pas moins de 26 dessins de la collection List figuraient dans la sélection des 65 dessins italiens (voir Washington 2011).
Le cachet est apposé en bas à droite sur les dessins et dans quelques rares cas sur le montage, aussi en bas à droite (par exemple vente 2005, 6 juillet, Londres, Sotheby’s, n° 89 comme Girolamo da Carpi).

BIBLIOGRAPHIE
Munich 1977 : Stiftung Ratjen. Italienische Zeichnungen des 16.-18. Jahrhunderts. Eine Ausstellung zum Andenken an Herbert List, cat. par. R. Harprath, J. Rapp et WRatjen, Munich, Staatliche Graphische Sammlung, 1977.
W. Ratjen, ‘Herbert List’, dans L. Roth-Wölfle (éd.), Die Münchner Freie Gesellige Vereinigung 'Die Mappe' 1926-1990, Munich 1990, p. 84 (avec une photographie de List).
M. Scheler, M. Harder (éd.), Herbert List. Die Monographie, Munich 2000 (éd. italienne, Herbert List. Monografia, Florence 2002).
E. Eckardt, Herbert List, Hambourg 2003 (Reihe Hamburger Köpfe).
I. di Majo, ‘Su Herbert List (breve profilo di un collezionista del secolo scorso), e qualche nuovo disegno di Francesco Curia’, Prospettiva. Rivista di storia dell’arte antica e moderna, n° 117-118, janvier-avril 2005, pp. 157-164.
H. Sieveking, ‘Wolfgang Ratjen and European Collecting of German Drawings’, dans Washington 2010 : German Master Drawings from the Wolfgang Ratjen Collection 1580-1900, cat. par P. Prange, A. Robison, H. Sieveking, Washington, National Gallery of Art, 2010, pp. 23-45.
D. Lachenmann, ‘Wolfgang Ratjen and His Collection of Italian Drawings’, dans Washington 2011 : Italian Master Drawings from the Wolfgang Ratjen Collection 1525-1835, cat. par H. Chapman, D. Lachenmann et M. Morgan Grasselli, Washington, National Gallery of Art, 2011, pp. 1-9, fig. 4 (portrait de List, photographie).


Date de mise en ligne : janvier 2012.

numéro
L.4063
intitulé de la collection
List, Herbert
technique marque estampée, cachet sec
couleur
localisation recto
dimension 6 x 4 mm (h x l)
Frits Lugt, Les Marques de Collections de Dessins & d’Estampes | Fondation Custodia