numéro
L.5021
intitulé de la collection
Musée Français
technique marque estampée, encre
couleur noir
localisation recto
dimension 3 x 26 mm (h x l)
  • depuis 2010

MUSÉE FRANÇAIS, Paris. Estampes de cette publication.

L’expression « Musée Français » désigne une publication de Simon-Céleste Croze-Magnan (1750-1818) intitulée Le Musée Français, recueil complet des tableaux, statues et bas-reliefs, qui composent la collection nationale, Paris 1803-1809. Le premier volume n’était pas conforme aux exigences de Napoléon, qui confia la poursuite de la préparation des textes pour les volumes III et IV à Toussaint-Bernard Éméric-David (1755-1839), et, pour l’Antiquité, à Ennio-Quirino Visconti (1751-1818). L’ouvrage fut publié par Louis Nicolas Joseph Robillard-Péronville et Pierre Laurent (1739-1809) et dédié par son auteur au premier consul, Bonaparte. Croze-Magnan a mal supporté d’avoir été remplacé par Éméric-David et Visconti comme en témoigne le procès contre les éditeurs Robillard-Péronville et Laurent (voir Michel 2020).
Le Musée Français avait obtenu des privilèges afin de pouvoir exécuter les dessins préparatoires, et l’entreprise bénéficia, comme ce fut le cas pour les Piranèse, d’une sorte de subvention payée à l’avance, sous la forme de souscriptions gouvernementales.
Les 344 planches furent d’abord vendues par souscription en 80 livraisons de quatre planches chacune, comprenant trois tableaux et une sculpture antique. Ces livraisons s’étendirent du 25 avril 1803 au 6 mars 1812. Chacune d’elles s’élevait à 48 francs et les 80 livraisons ensemble, à 3 840 francs. Une centaine de graveurs, français et étrangers, travaillèrent à la réalisation du Musée Napoléon, et l’ouvrage coûta 1 700 000 francs.
La publication fut annoncée par Nicolas Ponce dans Le Moniteur, 16 prairial l’an XI, p. 1158, et par C.P. Landon dans les Nouvelles des Arts, vol. 2, 1802, pp. 239-240. Vivant Denon considérait cette publication comme un objet de luxe et « un monument des arts » (Le Moniteur, 21 fructidor, an XI, p. 1547).
Lors de l’Exposition d’industrie de 1806 le Musée Français obtint une médaille d’or et dans le rapport du jury, on peut lire que « cette grande entreprise de gravure et de librairie est parfaite dans l’exécution ». Et ceci encore qu’elle a « entrepris la gravure des tableaux du Musée Napoléon, mais dans un format et avec un genre de travail qui mettent l’acquisition de leur ouvrage à la portée des fortunes moyennes, et permettent d’en tenir le prix au niveau des livres ordinaires » (Le Moniteur, 4 décembre 1806, p. 1500). Rien de surprenant à voir ici une référence au Musée Napoléon, car depuis le début de la préparation de cet ouvrage, le nom du musée avait changé.
Cet ouvrage luxueux fut souvent l’objet de cadeaux diplomatiques envoyés par l’Empereur, et il en existe des exemplaires somptueusement reliés aux armes impériales. Le Musée Français connut un certain succès et la clientèle des libraires et marchands d’estampes s’étendit de Saint-Pétersbourg à Lisbonne.
Cette publication s’inscrit dans une série d’ouvrages similaires comme la Galerie de Florence, ce recueil qui présenta les œuvres des Offices et du palais Pitti de Florence (Paris 1789, 1792, 1802 et 1807).
Le cachet est signalé en bas, au milieu, sous les titres des planches, par exemple celle gravée par Pietro Bettelini d’après Pietro da Cortona, Le Martyre de sainte Martine (Londres, British Museum, Prints & Drawings, inv. 1856,0712.422).

SOURCE
G.D. McKee, The Musée Français and the Musée Royal. A History of the Publication of an Album of Fine Engravings, with a Catalogue of Plates and Discussion of Similar Ventures, Phd. thesis, Library School, Chicago 1981, ms.

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Date de mise en ligne : janvier 2017 ; dernière mise à jour : férier 2021.


Frits Lugt, Les Marques de Collections de Dessins & d’Estampes | Fondation Custodia