numéro
L.5031
intitulé de la collection
Petiet, Henri Marie
technique marque estampée, encre
couleur bleu, noir
localisation verso
dimension 6.5 x 11 mm (h x l)
2 renvois  
  • depuis 2010

HENRI MARIE PETIET (Saint-Prix, Seine-et-Oise, 1894-1980), éditeur, libraire et marchand d’estampes et de dessins, Paris. Estampes.

« Tous ceux qui ont fréquenté, avant 1980, l’Hôtel Drouot, ont conservé le souvenir d’Henri Petiet. Car l’homme ne passait pas inaperçu. Il avait l’allure imposante, le port altier, le verbe tranchant – bien qu’il ne dédaignât pas une certaine causticité dans le propos. Ceux qui le connaissent peu le jugeaient bourru. Ceux qui le connaissaient bien le disaient sensible. Les uns et les autres avaient raison : il cachait sa sensibilité sous son aspect bourru. » C’est ainsi que commence l’article de Duret-Robert, esquissant en 1991 un portrait fort intéressant de cet amateur d’estampes qui n’était pas un marchand comme les autres. Le grand collectionneur d’estampes, Lessing Rosenwald, ajoute à la page 82 de ses Recollections of a collector : « Henri Petiet is an aristocrat, at least in speech and appearance (I have heard that he is actually a baron but has never used the title, so far as I know). »
   Petiet était issu d’une famille connue. Son aïeul, Claude Petiet (1749-1806), ministre de la Guerre du Directoire, avait signé la lettre de nomination de Napoléon Bonaparte pour commander l’armée d’Italie ; son grand-père, Jules Petiet (1813-1871), ingénieur brillant, avait participé sur le plan technique à la création du chemin de fer du Nord et c’est lui qui inculqua à son petit-fils la passion ferroviaire. Son père, Marie-André Petiet (1853-1903), lui transmit quant à lui le goût des livres.
   La première collection d’Henri Marie Petiet était composée d’éditions originales et de livres illustrés, et quand il décida de s’en séparer en 1927, il fallut cinq vacations à l’Hôtel Drouot pour la disperser. Formé à la bibliophilie auprès d’Henri Beraldi (1849-1931), Petiet garda pendant toute sa vie le goût des beaux livres.
    De 1915 à 1920, Petiet travailla à Ariès dans l’usine d’automobiles créée par son frère Charles, « le baron Petiet ». Ses connaissances de l’histoire de l’automobile lui permirent de réunir plus de trois cents voitures anciennes. Sa curiosité ne s’arrêtait pas là, comme le démontre sa passion pour le tennis et pour la musique, celle de Wagner notamment, mais c’est bien sa passion pour l’estampe qui l’emportait sur tout.
    Petiet était marchand, ce, plus pour acheter que pour vendre. Très vite il constitua un stock impressionnant d’estampes. Installé à ses débuts 11 rue d’Assas, il changea d’adresse vers la fin de l’année 1933, et passa au 8, rue de Touron. L’enseigne de son magasin « À la Belle Épreuve » s’inspire du livre de Philippe Burty L’Eau-forte en 1875, dont la préface elle-même est intitulée La Belle Épreuve.
  Il est intéressant de rapporter ici le souvenir du collectionneur Lessing Julius Rosenwald (1891-1979) à qui Petiet envoyait de temps à autres une série d’estampes, comme il nous le raconte dans ses mémoires, envoi assorti des instructions suivantes : choisissez celles que vous désirez acquérir et conservez les autres jusqu’à mon prochain passage.
   Quand Petiet décida de fermer sa galerie de la rue de Tournon en 1952, il transféra une partie de ses collections dans son appartement, dont Rosenwald a bien décrit l’aspect de capharnaüm : « Il semblait qu’il y eut un conflit dont l’enjeu était de savoir qui de Petiet ou de ses collections occuperait la place. Chaque centimètre carré de parquet était occupé en premier lieu par des estampes, en second lieu par des modèles réduits de locomotives, en troisième lieu par des cartes postales représentant des voitures anciennes, et en quatrième lieu seulement par les meubles strictement nécessaires à l’existence, avec d’étroits sentiers pour se déplacer... » Ce qui n’empêchait pas Rosenwald de l’admirer : « How Petiet ever found anything will, I think be a mystery that he will carry to his grave. But find things he did, and when he did he always had some bit of interesting information concerning each particular item. » Et Rosenwald de continuer : « It is because of Petiet that I have such a large and fine collection of Daumier lithographs and bronzes. He was also the source of many prints of the Impressionists and Postimpressionists. Likewise it was Petiet who secured me Gabriel St. Aubin prints from Monsieur Thomas and a series of color prints from Monsieur Adhémar of the Bibliothèque Nationale. They were extremely important acquisitions, and I doubt that anyone other than Petiet could have procured them. Indeed, I have invariably found him to be an excellent guide for prints in his field. »
  La clef de son succès de marchand d’estampes et de collectionneur résidait peut-être dans le conseil qu’il donna un jour à un de ses amis : « Garde un esprit curieux et tu resteras toujours jeune ».
   Sa bibliothèque fut vendue le 10 juin 1992 à Paris, chez Piasa, avec deux préfaces, d’H. Dufresne et de Cl. Guérin. Sa collection de modèles réduits de chemins de fer, formée à la fois par lui-même et par sa famille, suivra le 25 novembre 2004, à Paris, chez Piasa également, avec une introduction de l’expert Lamming et un texte d’H. Dufresne. Sa collection de photographies, cartes postales et documents ferroviaires fut quant à elle mise aux enchères le jour suivant, le 26 novembre 2004, toujours chez Piasa.
   Les ventes de sa remarquable collection d’estampes furent organisées après son décès par le commissaire-priseur Piasa, assisté des experts Denise Rousseau et Jean-Claude Romand (1991-1997), ensuite par Jean-Claude Romand et Arsène Bonafous-Murat (1997-2005), ce, avec l’aide d’Hélène Bonafous-Murat à partir de 2003, puis, entre 2005 et 2009, par Jean-Claude Romand et Hélène Bonafous-Murat, et, enfin, à partir de décembre 2009, par Nicolas Romand et Hélène Bonafous-Murat.
   Le cachet, composé des initiales du baron Henri Marie Petiet dans un ovale, a été créé après son décès pour marquer au verso les estampes de sa collection au fur et à mesure de leur mise en vente publique.
   Enfin, Christine Oddo a écrit une importante biographie de Petiet, parue aux Éditions des Cendres en 2017. Pour toute information supplémentaire sur Petiet, sa carrière et ses multiples contacts, nous renvoyons nos lecteurs à cet ouvrage. Précisons, ici, que Petiet fut l’auteur d’une « Étude sur l’œuvre gravé de Pablo Picasso » qui n’a pas été publiée, mais que l’on trouve désormais en annexe dans ce livre (pp. 275-284). Dans une autre annexe, on peut trouver la liste de toutes les ventes concernant les différentes parties de sa collection, à partir de l’année 1991 et jusqu’à la dernière vente organisée par Ader Nordmann à l’Opéra Comique de Paris, les 25 et 26 novembre 2017 (pp. 285-288).
   Pour son cachet à sec sur les estampes éditées par ses soins, voir L.2021a, et pour un autre cachet apposé à partir de l’automne 2018 par les héritiers sur les estampes de Picasso non signées, provenant de la collection Petiet, voir L.5462.

BIBLIOGRAPHIE
L.J. Rosenwald, Recollections of a collector, Jenkintown, PA, 1976, pp. 81-84 (Petiet and Goriany).
P. Prouté, Un vieux marchand de gravures raconte..., Paris 1980, pp. 66-67.
F. Duret-Robert, ‘Portrait d’un amateur d’estampes’, Connaissance des Arts, no 471, mai 1991, pp. 66-73.
A.S., ‘Henri Petiet : de l’estampe au petit train. Aux enchères, sa collection de jouets et de modèles réduits de locomotives’, Figaro, 16 avril 1993, p. 27.
É. et J.-P. Rigouard, Cartes ferroviaires Henri-Marie Petiet, Rennes 2009.
H. Dufresne, ‘Henri M. Petiet 1894-1980’, préface dans les catalogues de ventes de 1991 à 2012, 2 p.
J.-Cl. Romand, ‘Henri M. Petiet. Éditeur et marchand d’estampes’, id., 2 p.
Chr. Oddo, L’Art et son marchand. Henri Marie Petiet, Paris 2017.


Date de mise en ligne : février 2017 ; dernière mise à jour : juin 2019.


Frits Lugt, Les Marques de Collections de Dessins & d’Estampes | Fondation Custodia