numéro
L.5675
intitulé de la collection
Blanckenhagen, Wilhelm von
technique marque estampée, encre
couleur bleu
localisation recto, verso
dimension 31 x 31 mm (h x l)
  • depuis 2010

WILHELM VON BLANCKENHAGEN (Riga 1762-Allasch 1840), propriétaire de manoirs et agriculteur, Riga et Allasch. Estampes et dessins.

Fils de Peter Heinrich von Blanckenhagen (1723-1794) et Eva Maria Grote (1742-1796), Wilhelm est né dans une famille fortunée. Son père, originaire de Talinn, a fait des études de commerce en Hollande avant de s’installer à Riga, en Livonie. Pour le remercier de sa donation de 40 000 thalers à la Société sans but lucratif ni économique de Livonie (Livländischen gemeinnützigen und ökonomischen Societät) − dont il fut un des membres fondateurs −, sa veuve et ses trois fils Wilhelm, Johann Christoph et Peter Heinrich, reçoivent le 21 août 1794 des lettres de noblesse. Ils portent, depuis, les armoiries suivantes : bouclier de bleu et de rouge divisé par un pôle doré ; dans chaque champ se trouve, sur des rochers bleus, une colombe argentée qui tient une branche d’olivier verte dans son bec. On peut voir le même oiseau sur le casque couronné. Le couvre-casque est bleu-or et rouge-or.
   Wilhelm a suivi des études de droits à Leiden, ensuite à Leipzig. Plusieurs voyages en Europe ont précédé ses études, suivis, en 1780 et 1781, de séjours en Italie, en France et en Angleterre. Il est d’ailleurs cité dans le Journal de Johann Georg Wille (1715-1808) de février et mars 1781 (Paris, Fondation Custodia, inv. 2005-A.688, pp. 183-184), qui décrit Wilhelm de retour d’Italie, accompagné de son gouverneur, Christoph Gottlob Heinrich (1748-1810).
   Wilhelm a pris en 1786 pour épouse Catharina Margarethe Klatzo (1764-1846), avec qui il a eu un fils et trois filles. On sait en outre qu’il a hérité de son père les domaines Allaži (Allasch), Pullēnu (Pullendorf) et Jūdažu (Judasch), dans la région de Riga, et qu’il est reparti en Italie avec sa famille en 1810. Il a résidé avec son épouse et leurs quatre enfants pendant neuf mois, en 1810, à Rome, villa Aldobrandini, et qu’il a, pendant ce séjour, visité Naples. Caroline von Humboldt, épouse du savant et diplomate Wilhelm von Humboldt (1767-1835), l’a introduit auprès des artistes allemands résidant à Rome, parmi lesquels figurent par exemple Joseph Anton Koch, Friedrich Overbeck, Franz Pforr, Christian Daniel Rauch, Franz et Johannes Riepenhausen, Christian Gottlieb Schick, et Bertel Thorvaldsen.
  Après son retour d’Italie, Blanckenhagen séjourna sur ses terres de Lemberg (Mālpils), s’établit ensuite à Riga puis se retira dans les années 1820 dans son domaine d’Allasch. Notons que l’homme a toujours soutenu les efforts d’éducation promus par diverses associations et qu’il fut en outre un des membres fondateurs de la Société d’Histoire et d’Archéologie des provinces baltes à Riga. Il faut également souligner que les membres de cette Société avaient librement accès à sa collection d’art et à sa bibliothèque.
   Pendant ses voyages en Europe, Blanckenhagen a constitué une belle collection de dessins et d’estampes. Plusieurs des artistes qu’il rencontra à Rome ont contribué à son album amicorum par un dessin. Cet album, riche de 32 dessins, comprend entre autres des contributions de Christian Daniel Rauch (1777-1857), Gottlieb Schick (1776-1812), Franz Pforr (1788-1812), Johann Friedrich Overbeck (1789-1869), Feodor Michailowitsch Matwejeff (1758-1826), Carl Gotthard Grass (1767-1814) et Bertel Thorvaldsen (1770-1844). L’album, quasiment inconnu, n’a été exposé qu’une fois, en 1907, au Musée des Beaux-Arts de Riga (où il était assorti d’un catalogue). Cet opus a été récemment acquis par la Graphische Sammlung Museumlandschaft Hessen-Kassel (inv. GS 39053-GS 39086) avec l’aide de la Kulturstiftung der Länder, de la Hessische Kulturstiftung et de la Museumsverein Kassel e.V. Le musée de Kassel a, de son côté, reçu 276 estampes des descendants de la famille Blanckenhagen. Lorsqu’on étudie ces estampes, on ne peut pas toujours affirmer que toutes les feuilles proviennent bien de la collection de Wilhelm. C’est le cas par exemple lorsqu’on découvre au verso de plusieurs estampes l’annotation suivante : « PHB. Neapel 2. Car. | 1790 », désignant Peter Heinrich von Blanckenhagen (1765-1802), le frère de Wilhelm (inv. GS 39434, 39435, 39442-39444, 30449, 39451, 39540-39544. Voir https://datenbank.museum-kassel.de/).
   À son retour à Riga, Wilhelm découvrit que ses biens avaient été mal gérés et qu’ils avaient en outre souffert des guerres napoléoniennes. Ainsi, en 1820, il contacta le professeur d’esthétique de l’université de Dorpat (Tartu) et premier directeur du Musée des Beaux-Arts, Karl Morgenstern (1770-1852), pour évaluer la possibilité de vendre une partie de sa collection à l’université. La vente, conclue, se réalisa, et plusieurs tableaux et autres antiquités réunis par Blanckenhagen passèrent à la collection du musée de l’université. Aujourd’hui, et ce depuis l’évacuation de 1918, un bon nombre de ses œuvres se trouve à Woronesch, mais la plupart des estampes et des dessins demeurent toutefois à Tartu. Morgenstern énumère ces œuvres dans son journal : du peintre russe, Fedor Mikhailovich Matveev (1758-1826), deux tableaux de paysages (Polli 2014, nos 4, 5, fig. 4, 5) ; du peintre Joseph Anton Koch, un tableau de paysage et un dessin avec le portrait de Michel-Ange (Polli 2014, no 2, fig. 8) ; d’Asmus Jacob Carstens, une grande aquarelle de 1793, et des frères Riepenhausen, enfin, deux grands dessins, Vendeuses d’Amours et Victoire (Polli 2014, nos 6, 7, fig. 10, 11). Les œuvres comptent également plusieurs estampes reliées comme les Vues de Rome de Piranesi, la Schola Italica Pictura de Gavin Hamilton, les Loges de Raphaël gravées par Giovanni Volpato et diverses gravures de Raphaël Morghen, de Conrad Martin Merz, etc.
   La partie de la collection restée dans la famille se trouvait vers la fin du XIXe siècle dans le domaine de Drobbusch. Neumann mentionne dans son article de 1900, entre autres des dessins de Joseph Anton Koch, den Brüdern Riepenhausen, Christian Gottlieb Schick, Christian Daniel Rauch, Bertel Thorvaldsen, Franz Pforr et Johann Friedrich Overbeck.
   Le cachet n’a pas été créé par Wilhelm von Blanckenhagen, mais bien plus tard, par un de ses descendants de son frère Wilhelm, propriétaire de Drobbusch, aujourd’hui Drabeši mõis. Ce cachet, conservé par les descendants, a été réutilisé plus récemment sur des œuvres non encore cachetées.
   Grâce à son article paru en 2014, Kadi Polli a sorti cette collection de l’oubli et rendu hommage à Wilhelm von Blanckenhagen en tant que collectionneur. Nous remercions Christiane Lukatis pour l’aide qu’elle nous a apportée dans la rédaction de cette notice.
   Pour plus d’informations sur ce collectionneur, nous renvoyons le lecteur au catalogue publié par le musée de Kassel.

SOURCES
K. Morgenstern, Meine Beschäftigungen, vol. 10, 1813-1814, pp. 367-371 (https://dspace.ut.ee/handle/10062/64771).

BIBLIOGRAPHIE
Nécrologie, Mittheilungen aus dem Gebiete der Geschichte Liv-, Ehst- und Kurland’s, t. 2, 1840-1842, pp. 194-195.
J.F. von Recke et K.E. Napiersky, Allgemeines Schriftsteller- und Gelehrten-Lexikon der Provinzen Livland, Ehstland und Kurland. Nachträge und Fortsetzungen, Mitau 1859, pp. 58-59.
W. Neumann, ‘Aus baltischen Gemäldesammlungen’, Zeitschrift für bildende Kunst, vol. 11 (12), 1900, pp. 275-276.
F. Noack, Das Deutschtum in Rom seit dem Ausgang des Mittelalters, vol. 2, Berlin et Leipzig 1927, p. 91.
N. von Holst, ‘Über einige Kunstwerke in Baltendeutschem Privatbesitz’, Westdeutsches Jahrbuch für Kunstgeschichte. Wallraf-Richartz-Jahrbuch, 1943, pp. 212-326, aux p. 312 et 314.
U. Tõnisson, Dorpat – Yuryev  Tartu and Voronezh. The Fate of the University Collection. Katalog, Tartu 2006.
K. Polli, ‘Wilhelm von Blanckenhagen (1761-1840)’, Kunstiteaduslikke Uurimusi, 23, 2014, pp. 144-171.
Chr. Lukatis, ‘„Blanckenhagen de Riga“. Ein livländischer Adliger auf Grand Tour’, dans Kassel 2020 : Treffpunkt Rom 1810. Die Geschichte eines Künstlerstammbuchs, cat. sous la direction de Chr. Lukatis, Kassel, Museumlandschaft Hessen-Kassel, 2020.


Date de mise en ligne : septembre 2020.


Frits Lugt, Les Marques de Collections de Dessins & d’Estampes | Fondation Custodia