numéro
L.94
intitulé de la collection
Curtis, Atherton
technique marque estampée, encre
couleur noir
localisation verso
dimension 4 x 5.5 mm (h x l)
2 renvois  
  • 1921
  • 1956
  • depuis 2010
M. et Mme Atherton CURTIS, Paris. Estampes et dessins.
 
M. Atherton Curtis, né à New-York en 1863, et Mme Louise Burleigh Curtis, née dans l'état de Maine (Etats-Unis) en 1869, ont formé une des plus belles collections d'estampes de l'époque actuelle. M. Curtis est connu par des articles et des brochures sur la gravure et la lithographie, et a publié deux livres, l'un formant un catalogue de l'œuvre gravé de l'aquafortiste Evert van Muyden (New-York, 1894), l'autre intitulé Some Masters of Lithography (id. 1897). Mme Curtis, que M. Curtis épousa en 1894 et qu'il eut le malheur de perdre en 1910, était artiste-dessinateur et élève de Raphaël Collin et de Luc-Olivier Merson. Tous deux habitaient déjà Paris avant leur mariage mais c'est seulement après cet événement que la collection a commencé à prendre de l'importance, bien qu'on puisse dire que ses débuts datent de 1889, année de l'Exposition, pendant laquelle M. Curtis fit ses premiers achats de gravures (Seymour Haden, Meryon, Rembrandt). Le but de M. et de Mme Curtis a été de réunir, en épreuves aussi belles que possible, les estampes qu'ils considéraient comme les meilleures productions de la gravure ancienne et moderne et de la lithographie. Ils se sont bornés à la gravure originale, les gravures de reproduction ne figurent donc pas dans leurs portefeuilles ; aussi ont-ils relativement peu de pièces du XVIIIe siècle. La collection a été formée par M. et Mme Curtis ensemble, et aucune estampe n'y a été admise sans être approuvée par eux deux. Elle a été récoltée pièce par pièce, les achats se sont faits chez les marchands, et dans les ventes publiques à Paris, et ailleurs, par commission. Quelques expositions des plus belles séries réunies ont été organisées par M. et Mme Curtis dans leur propriété de Mount-Kisco, état de New-York, de 1902 à 1904. (Rembrandt juillet-octobre 1902, Seymour Haden nov. 1902-mars 1903, Eug. Isabey avril-sept. 1903, Piranesi oct. 1903-mars 1904 ; catalogues avec introductions par le propriétaire). C'est la aussi que M. Curtis écrivit How Prints are made (1902), étude claire et documentée. C'est à Paris toutefois, 17 rue Notre-Dame-des-Champs, que la collection se trouve encore aujourd'hui, réunie aux autres collections formées par des amateurs éclairés, et consistant principalement en œuvres d'art décoratif : meubles gothiques et des XVIe-XVIIe siècles, meubles anglais du XVIIIesiècle, diverses œuvres d'art de l'Egypte et de l'Extrême-Orient, sculptures et objets d'art de toutes les époques. Les maîtres les plus importants de la collection d'estampes sont Schongauer (94 pièces), - Dürer, ses gravures sur cuivre et sur bois, - van Dijck, tous les portraits de la main du maître en premiers états,- Rembrandt, Œuvre important de 66 pièces dans lequel se trouvent, entre autres, Jésus-Christ guérissant les malades ( « La Pièce de cent florins », une des plus belles épreuves connues), Les Trois Croix, Les Trois Arbres, et tous les paysages importants ainsi que les meilleurs portraits, - Nanteuil, 120 portraits, la plupart en premier état, - Canaletto, œuvre complet en premier état, - Piranesi, les chefs-d'œuvre du maître en épreuves de choix, - Bonington, lithographies, - Eugène Isabey, une des plus importantes collections des lithographies du maître, - Corot, eaux-fortes, lithographies et héliographies ; Œuvre important, - Millet, les pièces principales en premiers états, Meryon, série très importante de toutes les eaux-fortes sur Paris en épreuves hors ligne, - Seymour Haden, - Jacquemart, - Nicholson, ses gravures sur bois, Whistler, gravures et lithographies, - Zorn, 115 pièces, une des plus importantes collections de l'œuvre du maître. Zorn grava le portrait de M. et Mme Curtis (Delteil 201), et M. Curtis prit une part active à l'exposition de Zorn chez Durand-Ruel en 1906. À la collection d'estampes européennes s'ajoute une collection d'estampes japonaises, réputée l'une des plus belles, dans laquelle se trouvent réunies des épreuves de choix de tous les maîtres : Masanobou, Toyonobou et les autres primitifs ; Harunobou, Kiyonaga, Utamaro, Hokusai, etc.
Une collection de dessins anciens et modernes fait, en quelque sorte, partie de la collection d'estampes. On y remarque surtout des feuilles de Rembrandt, de l'école des Clouet, de Daniel Vierge, et une collection de 127 dessins de Meryon, y compris 21 études pour les eaux-fortes sur Paris (Abside, Pont-au-Change, Galerie Notre-Dame, etc.).
Des doubles ou des pièces que M. et Mme Curtis ne voulaient plus conserver dans leur collection ont passé dans plusieurs ventes à Paris. Des dons de doubles et autres ont été faits par eux à la Bibliothèque Nationale à Paris, qui reçut également une collection d'eaux-fortes de van Muyden ; une collection pareille a été donnée au Musée de Bâle.
La marque, apposée au verso des estampes dans les premières années de la collection, est abandonnée depuis longtemps ; le cachet est détruit.
 
M. et Mme ATHERTON CURTIS, Paris.
 
Atherton Curtis mourut en 1943 et sa seconde épouse, Ingeborg Flinch, le suivit deux jours plus tard. Elle lui était extrêmement dévouée et l'amateur avait trouvé auprès d'elle autant d'aide et de compréhension qu'auprès de sa première femme, morte en 1910. Les deux épouses avaient d'ailleurs été amies.
Redevenu Parisien pour la vie en 1904, Curtis y avait apporté et toujours augmenté sa collection ; nous en avons déjà rappelé les principaux attraits. Depuis que cet article fut écrit, la partie des maîtres anciens ne changea presque plus, mais la collection se développa sensiblement pour les maîtres modernes jusqu'à dépasser le nombre de 10.000 estampes (dont 2.000 pour l'Extrême-Orient). Aux noms cités dans notre première notice, il convient d'ajouter en premier lieu les lithographies de Daumier et de Gavarni, qu'il aimait particulièrement, puis Delacroix (seulement apprécié vers la fin de sa vie), Géricault, Ingres, Steinlen, Forain, Bonnard, comme aquafortiste surtout Jongkind, et comme graveur sur bois Amédée Joyau dont Curtis publia le catalogue de l'œuvre en 1938. Dans l'année suivante parurent encore de la main de Curtis les catalogues de l'œuvre lithographié de R. P. Bonington et d'Eugène Isabey.
Dans ces mêmes années il fit des dons aux Musées du Louvre, de Cluny et d'Art moderne, et fixa par testament le sort de sa collection d'estampes et de dessins. La Bibliothèque Nationale en deviendrait le principal bénéficiaire ; le Cabinet des Estampes pourrait y choisir tout ce qui améliorait et complétait son fonds. Cet institut lui a consacré en 1951 une plaquette dans laquelle on trouve une notice biographique de Jean Vallery-Radot et une foule de renseignements sur la collection même, par Jean Prinet et, en ce qui concerne l'Extrême-Orient, par Jean Buhot et Madame Guignard. On y trouve aussi les paroles si justes, prononcées par le précédent conservateur du Cabinet des Estampes, P.-A. Lemoisne, devant le cercueil de Curtis : « Son désintéressement n'avait d'égal que sa générosité et l'on ne saura jamais tout le bien qu'il fit aux artistes, encourageant leurs projets, les soutenant dans leurs efforts, trouvant toujours un joli prétexte pour justifier son appui, et cela avec la plus charmante simplicité. C'était un gentilhomme au vieux sens du mot et l'on savait la valeur d'une seule parole de lui. Sous son apparence si calme, Atherton Curtis cachait une bonté et une sensibilité infinies et la plus exquise des délicatesses ».
Grâce aux dispositions généreuses du défunt, le Cabinet des Estampes de la Bibliothèque Nationale entra en possession de toute la série d'Extrême-Orient (que Curtis avait singulièrement augmentée par des estampes et des livres chinois), puis choisit dans les estampes et dessins européens et américains tout ce qui lui manquait. Il est évident que le plus notable enrichissement lui venait des maîtres du XIXe et des contemporains, son fonds des anciens étant déjà bien pourvu. Sur les montures de toutes ces pièces acquises fut apposée la marque L.470c. Le Cabinet gardait ainsi plus de 4.000 pièces. Toutes les autres pièces (sauf quelques dessins qui furent vendus à l'amiable) furent acquises en bloc par un grand amateur particulier qui les fit passer quelques années plus tard dans la vente ci-dessous.
 
VENTE : 1955, 28 avril, Berne (chez Gutekunst & Klipstein). Vente composée comprenant des parties des collections du prince de Liechtenstein et du chevalier R. von Guttmann. Parmi les estampes provenant de la collection Curtis : A. van Dijck, Son portrait par lui-même 12.000 Fr. ; quelques bonnes feuilles de Dürer et de Lucas de Leyde ; Rembrandt, La Pièce aux cent florins 31.000 Fr., Les Trois Croix 83.000 Fr., La Campagne du peseur d'or 5200 Fr., Clement de Jonghe 5000 Fr., Vue du village de Diemen (dessin) 19.200 Fr. ; M. Schongauer, La Nativité (B. 4) 10.000 Fr., Le Couronnement de la Vierge (B. 72) 12.500 Fr., La Vierge sur un trône auprès de Dieu 6800 Fr., Le Sauveur 5200 Fr., La Vierge assise dans une cour 5200 Fr., La Vierge debout 10.600 Fr., Une des Vierges folles, à mi-corps 6400 Fr., Rinceau d'ornements avec un perroquet 13.500 Fr. (Tous ces prix en francs suisses.)
 

M. et Mme ATHERTON CURTIS.

En 1908 et 1909, peu avant la mort de son épouse en 1910, Atherton Curtis a vendu une partie de sa collection d’estampes à Paris. Celle-ci est désignée sur le catalogue comme appartenant à un amateur. Nous devons l’identification de cet amateur aux recherches de Pierre Juhel (voir bibliographie), qui relatent que Curtis avait racheté certains numéros lors de la vente de 1908 pour un montant de 4 658 fr.
Curtis se remaria avec Ingeborg Flinch, originaire du Danemark.
On sait que, pour former sa collection, il a souvent bénéficié des conseils de Paul Prouté.
En 1938, Curtis a donné des œuvres au musée de Cluny et au musée d’Art moderne de la Ville de Paris. L’année suivante, il a légué par testament sa collection d’estampes à la Bibliothèque Nationale. Après la mort de Curtis, survenue en 1943, le cabinet des Estampes a choisi les œuvres qui lui manquaient parmi les 10 000 feuilles que possédait le collectionneur. Les autres estampes de la collection Curtis sont passées en vente, par exemple cinq belles pièces dans l’importante vente composée, chez Gutekunst & Klipstein, à Berne, du 4 juin 1957 : Dürer, L’Assemblée des gens de guerre, 9 900 fr. suisses ; Rembrandt, Le Pont de Six, 3e état, 4 650 fr. ; Schongauer, La Nativité (Lehrs 4), 8 300 fr. ; Le Baptême de Jésus-Christ (L. 8), 4 200 fr., Le Christ en croix (L. 13), 11 500 fr.

SOURCES
Journal d’Atherton Curtis (Paris, Bibliothèque nationale de France, Estampes, Yg 187 rés. 8°).
Catalogue dactylographié de la collection, dressé par Curtis lui-même (Ibid., Ye 225, 4°, 9 vol.).
J. Buhot, Catalogue des livres des fonds d’Extrême-Orient, collection A. Curtis et collection Vever, Paris 1948, 2 vol., fiches manuscrites (Ibid., Ye 221, 4°).

VENTES
1908, 14 avril, Paris (c.-pr. Fernand Lair-Dubreuil, exp. Loÿs Delteil). Catalogue des estampes anciennes et modernes. Œuvres de Bauer, Bonington, Canaletto, Chahine, Corot, Cranach, Daubigny, Delacroix, Devéria, Van Dyck, Gavarni, Gellée, Goltzius, Haden, Jacque, Legros, Millet, Nanteuil, Nicholson, Raffet, Rembrandt, Visscher, Whistler, Zorn, etc., formant la collection d’un amateur [Atherton Curtis].
1909, 5 mars, Paris (c.-pr. André Desvouges, exp. Loÿs Delteil). Catalogue des estampes, dessins et objets d’art et de curiosité des XVIe, XVIIe et XIXe siècles.

BIBLIOGRAPHIE
Paris 1951 : La Collection Curtis. Estampes et dessins de maîtres, légués à la Bibliothèque Nationale par le grand amateur américain, par J. Prinet, préface de J. Cain, avant-propos de J. Vallery-Radot, Paris, Bibliothèque Nationale, 1951.
G. Wildenstein, ‘Les enrichissements de la Bibliothèque Nationale’, Gazette des Beaux-Arts, avril 1960, no 1095, pp. 1-3, spéc. p. 1.
L. Beaumont-Maillet, ‘Les collectionneurs au Cabinet des Estampes’, Nouvelles de l’Estampe, décembre 1993, no 132, pp. 5-27, no 48.
P. Juhel, Les ventes publiques d’estampes à Paris sous la Troisième République. Répertoire des catalogues (1870-1914), Paris 2016, no 1 549.


Date de mise en ligne : mars 2010 ; dernière mise à jour : avril 2019.

 

 

Frits Lugt, Les Marques de Collections de Dessins & d’Estampes | Fondation Custodia