numéro
L.478
intitulé de la collection
Delamotte, Claude
technique marque écrite, encre
couleur
localisation recto, verso
dimension
1 renvoi  
  • 1921
  • depuis 2010
A. COYPEL (1661-1722), peintre, « garde des tableaux et dessins du Roi », Paris. Dessins.
 
Ce paraphe qu'on ne trouve que sur les dessins du Louvre et qui y figure sur un assez grand nombre de feuilles, est attribué à bon droit au peintre Antoine Coypel. Fréd. Reiset a été le premier à proposer cette interprétation (Notice des dessins du Louvre, 1866, pp. XVIII et XIX).
Antoine Coypel, fils et élève du peintre Noël Coypel, était un artiste au talent précoce qui dès l'âge de 12 ans, étant de passage à Rome, obtint un prix de l'Académie de St. Luc. Sa vie est une longue suite de succès et de distinctions honorifiques : déjà en 1681, à vingt ans, il fut nommé membre de l'Académie de Peinture, dont il devint en 1692 professeur, en 1714 directeur, et en 1716 recteur (le plus haut poste), membre de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres en 1701, Premier Peintre de « Monsieur » (le duc d'Orléans, frère de Louis XIV), protégé du duc de Chartres, plus tard le Régent, qui le nomma en 1715 Premier Peintre du Roi, anobli en 1717. Il est connu pour ses compositions mythologiques et bibliques, pour ses portraits et surtout pour ses peintures décoratives, dont celles de Versailles et dans quelques édifices à Paris sont célèbres, mais dont la plus grande partie a péri. Dessina différents cartons pour la manufacture des Gobelins, exécuta aussi quelques gravures. Il forme la transition entre Lebrun et Watteau. « Ant. Coypel occupe un meilleur rang dans l'histoire du dessin que dans celle de la peinture. Ses croquis sont très supérieurs à ses tableaux » (Guiffrey). Malheureusement ses dessins sont trop peu connus, pour cette principale raison que après sa mort tous les dessins de l'artiste même échurent au Cabinet du Roi, ce qui les a tenus en dehors des collections particulières. Le Louvre en conserve 280. Il fut aussi écrivain et publia, en vers, Epître d'un père à son fils sur la peinture. Ce traité lui servit de guide dans les conférences esthétiques qu'il fit de 1708 à 1714. Il était en relations amicales avec les auteurs célèbres de son époque, Racine, Boileau, La Fontaine ; de Piles, l'apôtre des Flamands en France, était son ami intime. Cet homme éclairé et d'une expérience consommée fut nommé, en 1710, Directeur des tableaux et dessins du Cabinet du Roi au Louvre (voir L.1886.). Une lettre de Mariette au comte de Caylus fait l'éloge de l'activité qu'il y déploya : « On a l'obligation à feu M. Coypel père, de les [les dessins] avoir fait revivre. Avant lui, cette portion de desseins étoit presque entièrement abandonnée ; il les tira du rebut et les fit ajuster avec toute la propreté qu'ils méritoient ». D'un état dressé en 1730 par Coypel fils, il ressort qu'Ant. Coypel eut à arranger près de 8600 dessins, dont 3082 de l'école française, 2255 de l'école italienne et 309 flamands et allemands, le reste, au nombre de près de 2700, étant considéré comme rebut emballé dans 4 caisses. De ce rebut, formé en grande partie par des liasses non révisées, entrées avec le fonds Jabach en 1671, il retira environ 240 dessins importants, voire des Michel-Ange et des Raphaël. Son fils écrivit dans la Vie des Premiers Peintres du Roi II pp. 31-32 : « M. Coypel n'eut pas plutôt entre ses mains ce magnifique dépôt, que son premier soin fut de faire valoir la beauté des recueils divers qui le composent par l'agrément qu'un certain ordre y fait ajouter ; il sépara les desseins qui lui parurent douteux pour l'originalité de ceux qui ne l'étoient pas. Mais, abandonnant aux demi-connoisseurs la vanité de ne s'en rapporter jamais qu'à leurs propres lumières, il crut, pour rendre ce choix plus parfait, devoir en conférer avec les maîtres de l'art et les amateurs les plus renommés : pendant plusieurs hyvers il consacra un jour de chaque semaine à ces assemblées, aussi agréables qu'utiles ». Les montures commandées par Ant. Coypel pour les dessins, étaient bien choisies. Malheureusement il ne dressa aucun inventaire du résultat de ses recherches et ne laissa aucune trace écrite de ses travaux qui, dans bien des cas, sont ainsi devenus inutiles. Il ne fit qu'un seul achat, 168 dessins à la vente Montarcy en 1712 (voir L.1821) ; ce fut seulement avec Cochin, conservateur en 1752, qu'on entra dans la voie des achats. Il semble que pendant tout le XVIIIe siècle la collection des dessins du roi est restée dans l'état et dans l'ordre où l'avait mise Antoine Coypel.
Coypel réunit lui-même une collection importante d'œuvres d'art qui passa, après sa mort, à son fils Charles-Antoine (1694-1752). Ce fils fut l'héritier des talents et des titres de son père ; ainsi fut-il aussi, à son tour, conservateur des dessins du Cabinet du Roi (non pas des tableaux, cette section se trouvant désormais séparée de celle des dessins). Mariette raconte comme il se rappelle l'avoir vu ouvrir les portefeuilles du roi et comment, en contemplant les dessins, il les accompagnait « de ses judicieuses observations » et comment « il fit naître dans les spectateurs l'estime et la vénération dont il étoit pénétré lui-même pour ces excellentes productions de l'art ». Ces mots sont empruntés à l'avertissement du catalogue de sa collection que Mariette rédigea avec un zèle particulier pour la vente publique en 1753. Cette riche collection de tableaux, objets d'art, dessins et estampes avait pour fonds le cabinet de Coypel père, augmenté, considérablement par le fils. Toutes les estampes figuraient pas, plusieurs étant léguées à des amis.
Voir aussi les initiales au L.85.
CLAUDE COQUART DELAMOTTE (1655- après 1722), Intendant général des Bâtiments du roi, Paris. Sur des dessins de la collection royale.
 
Contrairement a ce qui a été dit par Reiset, Both de Tauzia, Fagan, Thibaudeau et Lugt en 1921, ce paraphe n'est pas celui d'Antoine Coypel (1661-1722 ; L.85). Cette identification, due à Laurence Lhinares, a été justifiée et publiée en 2003 lors de la présentation d'une partie des recherches effectuées sur l'histoire du Cabinet des dessins par Lina Propeck. En effet, ce paraphe est bien la reprise de la boucle finale de la signature de Claude Delamotte, ou Claude Coquart de La Motte, « Conseiller du Roy en ses Conseils, intendant et ordonnateur des Bâtiments », répertorié dans les Almanachs royaux rue Neuve Saint-Eustache jusqu'en 1722. Claude Delamotte officie dans l'administration des Bâtiments du roi, en même temps qu'Armand-Claude Mollet, Claude Desgotz, Charles François de L'Espée, Robert de Cotte et Jules-Robert de Cotte (L.1963 et L.1964 ; cf. Musée du Louvre, inv.30118 verso). De son paraphe, on connaît deux versions : cette version répertoriée sous le L.478 et une autre plus rapide, répertoriée sous L.2979. Ces identifications sont attestées par une adjudication de maçonnerie concernant les châteaux de Marly, Meudon et Chaville où voir ces deux paraphes apposés au bas des feuillets (Paris, Archives Nationales, Minutier central, étude II, liasse 47).
Ce paraphe est apposé sur de nombreux dessins du Musée du Louvre, comme sur le fonds des dessins de Charles Le Brun et de Pierre Mignard, ou encore sur des dessins provenant d'Everhard Jabach (L.2959). Claude Delamotte a participé au premier récolement de la collection royale, sur la base de l'inventaire de 1704 dressé à la demande de Robert de Cotte par René-Antoine Houasse. Il a ensuite été associé à Jules Robert de Cotte - à qui les paraphes L.1962 et L.1963 ont été rendus -, au décès de Houasse, lors du nouveau récolement qui a eu lieu, en présence de son successeur Antoine Coypel (1661-1722) (Paris, Archives Nationales, O1 19653, établi le 2 mai 1704, réutilisé le 26 août 1710 à la mort de Houasse). 
Ceux qui s’intéressent aux implications de la présence de ces marques sur les dessins (provenance de ceux-ci, datation des montages, etc.) consulteront la bibliographie avec profit.
Un dessin portant ce paraphe et celui de E. Jabach (L.2959) a été signalé dans le commerce (vente 1985, 11-13 décembre, Londres, Christie's, n° 227 comme suiveur de Polidoro).

SOURCE
A. Wyatt Thibaudeau, Dictionnaire des marques et monogrammes d’amateurs, manuscrit, Berlin, Kupferstichkabinett, WGa 0 19, folio 420.
 
BIBLIOGRAPHIE
L. Both de Tauzia, Musées nationaux. Notice des dessins de la collection His de La Salle exposés au Louvre, Paris 1881, pp. 192-205, Appendice. Marques des principales collections de dessins, à la p. 194 (comme Antoine Coypel).
L. Fagan, Collectors' Marks, Londres 1883, n° 80 (comme Antoine Coypel).
L. Propeck, L. Lhinares, 'Signatures, marques et paraphes administratifs des dessins du Louvre, 1671-1796', La Revue du Louvre et des musées de France, 2003, n° 2, pp. 46-49.
I. Julier, L. Propeck, ‘Du cabinet du roi au musée. Monter, exposer : l’exemple des dessins recto verso’, Support Tracé. Revue de l’association pour la recherche scientifique sur les arts graphiques, 2009, n° 9,pp. 73 – 81. 

L. Propeck, ‘Le Cabinet des dessins du Roi 1671-1797’ et ‘De l’inventaire Morel d’Arleux au livre des entrées’, dans Histoire du Louvre, sous la dir. de GBresc-BautierGFonkenell et al. (à paraître).
 
 
Date de mise en ligne : mars 2010 ; dernière mise à jour : novembre 2016.

Frits Lugt, Les Marques de Collections de Dessins & d’Estampes | Fondation Custodia