numéro
L.485
intitulé de la collection
Claussin, Ignace-Joseph de
technique marque estampée, encre
couleur noir
localisation recto
dimension 4.5 x 4 mm (h x l)
  • 1921
  • 1956
  • depuis 2010
Chevalier J. J. de CLAUSSIN (1766-1844), graveur et amateur, Paris et Londres. Estampes et dessins.
 
Le chevalier Ignace-Joseph de Claussin est un des types les plus curieux du genre amateur. Né à Lunéville en Lorraine, il habita Londres (Titchfield Street) vers la fin du XVIIIe et au commencement du XIXe siècle, parait avoir travaillé quelque temps à Amsterdam, puis s'établit à Paris. A Londres il publia, en 1804, sous le nom de son éditeur J. H. Green, en anglais, un catalogue des estampes de Callot. Vieux et oublié, il mourut aux Batignolles, faubourg au nord de paris, à cette époque encore une commune séparée. Il exerça lui-même la gravure à l'eau-forte ; son œuvre de plus de 200 feuilles offre des pièces d'après Rembrandt et De Boissieu, ses deux maîtres préférés (étrange contraste !), et d'autres d'après Potter, Berchem, Du Jardin, Wille, Schmidt, etc. Le sentiment extrême qu'il avait des mérites des anciens artistes hollandais, se manifesta par sa véritable vénération pour Rembrandt. Il le connaissait à fond, tant par les nombreux dessins qu'il en avait possédés que par son étude approfondie, dans différentes collections, de l'œuvre gravé du maître. Le résultat de ses recherches se trouve consigné dans son Catalogue raisonné des estampes qui forment l'œuvre de Rembrandt (1824, suppl. en 1828), dans lequel il a augmenté les catalogues précédents de Gersaint, Bartsch, e. a., sans toutefois parvenir à voir son travail remplacer celui de ses devanciers. Il possédait une réunion d'admirables épreuves de Rembrandt, renfermées dans un petit portefeuille qui ne le quittait jamais. Il mettait le soir ce portefeuille sous son chevet ; il couchait dessus, et il se levait la nuit pour remarquer quelque nouvelle perfection qui lui sautait aux yeux pendant un rêve. Il avait juré de ne s'en séparer qu'à sa mort. Pourtant le contenu de ce portefeuille n'a jamais paru dans ses ventes après décès, et il faut supposer qu'il l'a cédé, à l'amiable peu avant sa mort. Peut-être était-il compris dans le lot que Claussin aurait vendu, dit-on, pour payer les plans d'un architecte. L'ardeur, avec laquelle il poursuivit l'achat des eaux-fortes de Rembrandt est illustrée par l'anecdote rapportée par Ch. Blanc (L'œuvre de Rembrandt 1859 p. 98). A la vente Pole Carew, en 1835, passa une superbe épreuve du rarissime portrait de Tholinx par Rembrandt. « La chaleur des enchères était a son comble. Toutes les physionomies paraissaient altérées. M. de Claussin respirait à peine. Quand l'estampe passa devant lui, elle avait déjà monté à 150 livres ! Il la prit d'une main tremblante, l'examina quelque temps à la loupe et mit 5 livres, mais en un tour de table, l'enchère s'éleva à 200 livres (5000 frs !) ; le pauvre Claussin était pâle ; une sueur froide ruisselait sur ses tempes. N'y pouvant plus tenir, et sentant qu'il avait affaire à quelque puissance, il essaya de fléchir le compétiteur inconnu qui lui faisait une si rude guerre. Après avoir balbutié quelques mots en anglais : « Messieurs, reprit-il dans cette même langue qu'il parlait à peu près comme sa langue maternelle, vous me connaissez, je suis le chevalier de Claussin ; J'ai consacré une partie de mon existence à dresser un nouveau catalogue de l'œuvre de Rembrandt, et à copier à l'eau-forte les plus rares estampes de ce grand maître. Il y a 25 ans que je cherche l'Avocat Tolling, et, je n'ai guère vu ce morceau, que dans les collections nationales de Paris et d'Amsterdam, et dans le portefeuille de feu Barnard, où se trouvait l'épreuve que voici. Si cette épreuve m'échappe, il ne me reste plus, à mon âge, d'espérance de la revoir. Je supplie mes concurrents de prendre en considération les services que mon livre a pu rendre aux amateurs, ma qualité d'étranger, les sacrifices que je me suis imposé toute ma vie pour composer une collection qui me permit de faire des remarques nouvelles sur ce bel œuvre de Rembrandt ... » Un peu de générosité, messieurs, ajouta-t-il, pour sa péroraison ; il avait déjà les larmes aux yeux. Ce speech inattendu ne fut pas sans produire quelque sensation. Beaucoup en furent touchés ; quelques-uns souriaient, et racontaient tout bas que ce même M. de Claussin, qui était capable de pousser une estampe à 4 et 5000 frs., était souvent rencontré le matin dans les rues de Londres, allant chercher 2 sous de lait dans un petit pot. Mais après un moment de silence, un signe fut fait à l'auctionner (sic), une enchère fut criée « , et le marteau fatal tomba sur le chiffre de 220 livres ! ... On sut alors seulement que l'heureux acquéreur était M. Verstolk de Soelen, Ministre d'Etat en Hollande. ». La familiarité du chevalier de Claussin avec toutes les principales collections de l'Angleterre et de la Hollande, le mit toujours à l'affût des ventes qu'on annonçait à l'étranger. Il s'y rendait alors aussitôt. Ainsi, pendant une cinquantaine d'années, il avait été mêlé à toutes les transactions importantes, avait acheté, échangé, vendu ou étudié tout ce qui existait de remarquable en dessins et eaux-fortes de l'école hollandaise. Tout ce qu'il possédait prenait entre ses mains une valeur nouvelle, et il avait le talent de se faire prier par les amateurs, qui couvraient d'or les pièces qu'il leur cédait. C'est de lui que Revil (voir L.2138) avait obtenu ses plus beaux dessins, e. a. un Adriaen van de Velde pour 5000 frs., et que le collectionneur Debois (voir L.985) avait obtenu quelques-unes de ses plus rares estampes, e. a. deux petits Rembrandt 2500 frs. Les grands marchands Woodburn et Mayor de Londres, toujours à la poursuite de pièces exceptionnelles, avaient souvent essayé en vain, de le séduire en lui offrant des prix considérables pour certaines pièces. Lui faire ouvrir ses cartons n'était pas toujours chose facile, et il fallait avoir des titres sérieux à cette faveur. Il couvait ses quelques portefeuilles au contenu si rare, comme un avare jaloux son trésor. Plusieurs années avant sa mort il s'était déjà retiré du mouvement des arts et du commerce. Entièrement inconnu, presque octogénaire, il vivait seul dans un réduit de quelques pieds carrés, entouré d'une douzaine de chiens et d'autant de portefeuilles, dans un état que ses voisins croyaient près de l'indigence. Mais ses trésors d'art, où il faut comprendre sa collection remarquable de montres, lui suffisaient, et bien rarement quelque marchand ou amateur qui se rappelait les raretés qu'il devait posséder, le visita. Faute de parents, une garde-malade lui ferma les yeux. Mais un curieux personnage, « expert honoraire des musées », homme que ses collègues moins ignorants et moins étranges ne se lassaient pas de dénigrer, avait été un ami de ses vieux jours, et fut naturellement chargé de la vente. On verra ci-dessous avec quel triste résultat. Les collections furent estimées 100 écus dans l'inventaire, alors que les connaisseurs initiés attribuaient facilement aux dessins et estampes une valeur de 60.000 à 80.000 francs. Nous sommes redevables de beaucoup des curieux détails sur Claussin, rapportés ci-dessus, au Cabinet de l'amateur et au Bulletin de l'Alliance des Arts de l'année 1844.
 
VENTES :
I. 1844, 9 septembre, au domicile du défunt 18 rue de l'Eglise, Batignolles (expert Ch. Paillet). C'était un dimanche, le matin vers 10 heures, après la messe, la maison s'ouvrit pour une vente borgne, pour laquelle on n'avait distribué aucun catalogue ou pour laquelle toute publicité, à part une annonce sans nom de défunt, dans un seul petit journal, avait été jugée superflue. Les apparences misérables de l'intérieur n'avaient éveillé en rien l'attention du greffier de la justice de paix qui avait apposé les scellés. Deux marchands cependant, Defer et Guichardot, dont l'attention avait d'une manière ou autre été éveillée, arrivèrent à temps, mais eurent de la peine à écarter les brocanteurs et revendeurs qui encombraient le petit local, ce qui rendait l'examen des pièces, dont aucune exposition préalable n'avait eu lieu, presque impossible. Après la vente des literies et des ustensiles de ménage, l'expert mit sur table un lot de paperasses et de dessins : adjugé 100 fr. à M. Defer, contenu : l'eau-forte de Rembrandt, Griffonnements, B. 363, dessins de Greuze, Huet, Boucher, eaux-fortes par M. de Claussin, etc. Deuxième lot 157 fr. au même, beaux dessins et quelques estampes rares. Au troisième lot, mis aux enchères à 40 fr., l'attention était éveillée ; il produisit 2000 fr., encore pour rien : importants dessins par Rembrandt, A. van de Velde, Berchem, de Boissieu, Lievens, Dusart, etc. Au moment de l'adjudication, un spectateur ramassa à terre un papier : c'était une quittance de 900 fr. payée pour un seul des 12 dessins compris dans ce lot. Guichardot se fit adjuger, pour 800 fr., un lot de 75 dessins par de Boissieu, dont l'œuvre était alors très coté et dans le 8e lot Defer obtint pour 200 fr., avec plusieurs autres belles feuilles, un dessin d'Adriaen van de Velde qui avait fait seul 1800 fr. à la vente de Bosch en 1817. Avant la vente des dessins et estampes, les chaudronniers s'étaient déjà partagé plusieurs cuivres originaux de Potter, de Boissieu et du Chev. de Claussin.
 
II. 1844, 2 décembre, Batignolles (expert Schroth). Dessins anciens de l'école hollandaise et quelques estampes de Rembrandt, 97 nos. Cette petite collection, très choisie, avait d'abord été retenue par l'expert Paillet, qui prétendit avoir reçu ce carton de M. de Claussin, peu avant sa mort. Aux réclamations de différents spécialistes qui connaissaient ces dessins chez M. de Claussin, et qui les avaient manqués dans la vente précédente, la collection fut vendue publiquement, cette fois bien cataloguée et annoncée. Il y avait 84 nos de dessins provenant des meilleures collections hollandaises, telles que Tonneman, Feitama, Maarseveen, Gildemeester, Ploos van Amstel, Goll van Franckenstein, et plusieurs reprirent la route qu'ils avaient parcourue déjà, grâce aux achats faits par les marchands hollandais Buffa, Lamme et Gruyter. D'autres échurent à Mayor, Woodburn (Berthaut) et Artaria, ou aux collectionneurs français Reiset, Brunet, Dutuit, etc., et quelques-uns au Louvre. Très belles feuilles par Bakhuyzen, Berchem (La fileuse, gravé par Ploos 1587 fr. et le Gué, gravé par J. Visscher 1400 fr.), plusieurs de M Boissieu, Dou (Mère de l'artiste 800 fr.), du Jardin (La Bergerie, gravé par Ploos, 2260 fr. à Verstolk), Dusart, Eeckhout, Everdingen (Marine, en couleurs, 500 fr., A. van Ostade (Musiciens ambulants, 1672, 1530 fr., Joueurs de trictrac, 1673, 1199 fr., Les buveurs et les fumeurs, 1675, 1280 fr.), Potter (Le gardeur de pourceaux, 1644, 4650 fr.), Rembrandt (19 pièces, dont Benjamin ramené 700 fr., Synagogue 250 fr., Enfant pleurant 214 fr., beaux paysages et études, mais prix modestes), ses élèves de Gelder, Hoogstraten, de Koninck, Maes, puis encore Adriaen van de Velde (e. a. Mercure et Argus, gravé par Ploos 1847 fr., à Verstolk, Le Repos des Champs 1365 fr., Pâturage et ruines, 1405 fr., Le berger et la bergère 2665 fr.) et Wouwermans (Le cheval qui pisse 2171 fr.). Plusieurs des meilleurs dessins reparurent trois années après dans la vente Verstolk. Le catalogue se terminait par dix nos moins importants d'estampes de Rembrandt, Callot, de Claussin lui-même un certain nombre d'exemplaires de son catalogue de Rembrandt, etc. - Produit total des 97 nos 35.000 fr. environ.
 

Chevalier J. J. de CLAUSSIN.
 
Sa collection d'estampes, notamment son superbe œuvre de Rembrandt, dont le sort incertain est relevé dans notre article, doit avoir été vendue aux enchères, à l'Hôtel Drouot, à des prix dérisoires, en ou vers 1844. Beaucoup des plus belles pièces tombèrent certainement entre les mains de personnes n'en connaissant ni la valeur, ni l'intérêt, et furent ainsi perdues ou égarées à jamais. L'expert Danlos se souvient avoir vu une épreuve de la Mariée juive de Rembrandt, au fond blanc, provenant de cette vente.
 
Chevalier J. J. de CLAUSSIN.
 
Sa collection d'estampes, notamment son superbe œuvre de Rembrandt, dont le sort incertain est relevé dans notre article de l'édition de 1921, doit avoir été vendue aux enchères, à l'Hôtel Drouot, à des prix dérisoires, en ou vers 1844. Beaucoup des plus belles pièces tombèrent certainement entre les mains de personnes n'en connaissant ni la valeur, ni l'intérêt, et furent ainsi perdues ou égarées à jamais. L'expert Danlos se souvenait avoir vu une épreuve de la Mariée juive de Rembrandt, au fond blanc, provenant de cette vente. Quelquefois, mais rarement, de Claussin a mis sa signature en toutes lettres sur des pièces passées par ses mains.
 
Le texte du supplément 1956 est identique au supplément de 1921, à l'exception de la mention soulignée par nos soins.
 
 
Date de mise en ligne : mars 2010.
 

Frits Lugt, Les Marques de Collections de Dessins & d’Estampes | Fondation Custodia