numéro
L.545
intitulé de la collection
Genevosio, Modesto Ignazio Bonaventura Luigi
technique marque estampée, encre
couleur noir
localisation recto
dimension 8 x 8 mm (h x l)
  • 1921
  • 1956
  • depuis 2010
Conte ( ?) GELOZZI ou GELOSI, Turin. Dessins.
 
L'attribution de cette marque à un collectionneur du nom de Gelozzi est ancienne. On la trouve déjà dans le catalogue de la vente anonyme de 1803, que nous croyons être une vente Udny (voir L.2248), dans le catalogue Lawrence, de Woodburn (1836), dans Maberly, et dans le catalogue Mouriau (1858). La marque se rencontre fréquemment sur de bons dessins italiens. Il est à signaler pourtant qu'une collection Gelozzi n'a laissé aucune trace à Turin, et l'on peut se demander si cette indication de lieu n'est pas inexacte. Remarquons encore que la couronne à cinq perles ne désigne pas un comte, les comtes piémontais portaient une couronne à neuf pointes.
Voir l'autre marque au L.513.
GELOSI, Turin.
 
Il est fort possible qu'il s'agisse du personnage dont La Lande, Voyage d'Italie (édition de 1787, vol. I, pp. 145 et 152) parle comme d'un « Commandeur Gelosi » vivant à Turin en 1765, qui possédait une collection de camées et de tableaux. Le titre de Commandeur pourrait correspondre au « Commendatore » en italien, ce qui expliquerait la difficulté d'interprétation de la couronne signalée dans l'article de notre volume principal. Voir aussi notre L.513a.

MODESTO IGNAZIO BONAVENTURA LUIGI GENEVOSIO (Turin 1719-id. 1795). Dessins et estampes.

L’attribution de cette marque au comte Gelozzi ou Gelosi – comme le rapporte Fagan et par la suite Lugt – vient de ce que le nom de famille est indifféremment cité comme Geloso, Gelozzo, Gelozzi, Generoso ou Genevos, mais la forme correcte est Genevosio.
L’identification de la marque, qui a longtemps posé un problème, avait pourtant été donnée dès 1803, comme en témoigne une note de Morel d’Arleux, conservateur du Cabinet des dessins, dans son inventaire manuscrit des dessins du Louvre où, à côté de la description d’un dessin pour une façade de maison (Perino del Vaga, MA 573 ; inv. 602), son croquis de la marque est accompagné de la mention « com. genevoso de turin » ; la même identification est à nouveau donnée à la fin de la notice (Musée du Louvre, Département des Arts graphiques, Minutes, t. 1, fol. 89-90, n° 31). Par ailleurs, Morel d’Arleux signale dans le même inventaire que deux autres dessins portent cette marque : un dessin anonyme de l’école vénitienne du XVIe siècle et un dessin d’Ubaldo Gandolfi (id., t. 4, fol. 68 [MA 4781 ; inv. 5746] et fol. 246 [MA 5908 ; inv. 12580]). Cette identification est restée inconnue des chercheurs jusqu’à la parution en 1994 de l’article d’Aidan Weston-Lewis, qui a fait connaître aux spécialistes de dessins la véritable identité du collectionneur.
Le collectionneur n’est pas le ‘Conte’ ou ‘Commendatore Geloso’, mais le Commendatore Modesto Ignazio Bonaventura Luigi Genevosio. Son père Giuseppe Antonio († 1730), né à Volpiano (Turin), a fait fortune comme banquier. Modesto Genevosio et son frère Giovanni Aurelio (1721-1748) furent anoblis en décembre 1744, mais sans titre. Le titre Commendatore a comme origine son appartenance à un commenda, c’est-à-dire un ordre militaire, l’ordre des Saints-Maurice-et-Lazare. En juillet 1781, Modesto Genevosio recevait de Vittorio Amedeo III, roi de Sardaigne, une pension de 400 lires en échange d’un important don de médailles antiques.
Il est mentionné comme ‘Signore Commendatore Genevos’, dit le ‘Commendatore Geloso’, par Angelo Maria Bandini qui lui a rendu visite à Turin au matin du 15 novembre 1778. Après avoir admiré la collection de tableaux, il a été conduit dans la bibliothèque où il a découvert une collection de dessins par les plus célèbres artistes, tels que Michel-Ange, les Carrache, Leonardo da Vinci et d’autres maîtres excellents. Il signale en outre une gravure par Raimondi d’après Michel-Ange, L’Enlèvement de Ganymède (A. Beccaria, Angelo Maria Bandini in Piemonte. Dal suo Diario di viaggio 9-23 novembre 1778, s.l. 1909, p. 18).
François Gaziel mentionne quelques années plus tard le même collectionneur dans la section des plus illustres amateurs d’art à Turin : « un des plus grands amateurs des Arts que l’on connaisse, ayant chez lui une superbe collection d’excellents Tableaux, & de Dessins les plus précieux des maîtres les plus célèbres, une Bibliothèque remplie de Livres les mieux choisis, une collection en Pierreries  & tout ce que l’Histoire Naturelle peut fournir de plus rare » (1783, p. 37). Puis il vante sa familiarité avec les artistes et ses connaissances de l’estampe : « C’est par lui que vous auriez pu connaître les artistes à qui vous auriez sans contredit rendu la justice, qui est due à leurs talents, & si vous êtes curieux des belles estampes, il vous aurait indiqué les frères Rignon banquiers près S. Roch, qui ont une collection de tout ce que le dessin, & le burin ont produit de plus exquis en Italie, en France, en Allemagne, en Hollande, & en Angleterre, qu’on peut regarder comme l’unique dans le Globe » (id.).
Genevosio léguait par son ultime testament, en date du 14 février 1795, ses biens à l’Ospedale della Carità de Turin. Dans ce document sont mentionnés les tableaux et les pierres anciennes, avec l’autorisation de les vendre au profit de l’hôpital, mais non les dessins, ce qui s’explique par la vente de cette partie de sa collection, ainsi que de quelques tableaux, peu avant sa mort, le 28 mars 1794, au Marchese Giovanni Turinetti di Priero : 18 tableaux et 330 dessins de figures (disegni di figura), dont le prix, fixé après consultation d’experts à 15.500 lires, fut réduit par la suite à 11.500 lires. Le 2 avril 1801, un inventaire a été dressé des dessins, conservés dans huit portefeuilles, quand l’ensemble était encore en la possession de Turinetti (Turin, Archivio di Stato, Sezioni Riunite, Insinuazione di Torino, 1801, libro 9, vol. 8, fol. 3449 recto-3450 recto). Dans cette liste, chaque dessin est décrit, avec le nom de l’artiste, le format (vertical ou horizontal) et le nombre de dessins par montage, mais aucune mention n’est faite du sujet. Si cette omission rend peu aisée l’identification des dessins, la présence de la marque comme aussi son montage aident à reconstruire la collection de Genevosio.
Les dessins sont montés sur papier (ou carton), entouré de plusieurs filets d’encadrement à la plume et encre noire, une bande de papier doré et une ou plusieurs bandes coloriées de lavis vert clair, séparées par les filets blancs du papier. Voir par exemple le dessin donné à Leonardo da Vinci, Femme lavant les pieds de son enfant, conservé à l’École des Beaux-Arts de Porto (Cambridge 1985 : The Achievement of a Connoisseur Philip Pouncey. Italian Old Master Drawings, cat. par J. Stock et D. Scrase, Cambridge, Fitzwilliam Museum, 1985, n° 28), ou le dessin par Perino del Vaga, Projet de décoration de la façade d’un palais,au Musée du Louvre (inv. 602 ; F. Puaux, ‘Un projet de façade de palais par Perino del Vaga identifié au département des arts graphiques du Louvre’, Revue du Louvre, 1993, 2, pp. 25-26, ill. 2).
La collection de dessins de Genevosio était plus importante que l’inventaire de la collection Turinetti ne le laissait supposer. Par exemple, trois dessins du Musée du Louvre provenant de la collection de Genevosio ont dû quitter cette collection avant 1793 parceque, cette année-là, ils furent saisis par l’État français avec la collection de Saint-Morys (Musée du Louvre, inv. 602, 5746 et 12580 ; voir F. Arquié-Bruley, J. Labbé et L. Bicart-Sée, La Collection de Saint-Morys au Cabinet des Dessins du Musée du Louvre, 2 vol., Paris 1987, vol. 2, pp. 40, 131 et 275).
Bien d’autres dessins peuvent être ajoutés à ce groupe, des dessins de paysages, d’animaux et de décoration, aujourd’hui conservés dans la collection de Frits Lugt : Bernardino Campi, Deux philosophes (Paris, Fondation Custodia, inv. 1982-T.26 ; J. Byam Shaw, The Italian Drawings of the Frits Lugt Collection, 3 vol., Paris 1983, vol. I, n° 396A), vol. I, n° 48, pl. 79) et artiste non identifié, Les funérailles de l’amiral Jacob van Heemskerck (id., inv. 5290 ; K.G. Boon, The Netherlandish and German Drawings of the XVth and XVIth Centuries of the Frits Lugt Collection, 3 vol., Paris 1992, n° 221, pl. 254) ; d’Alfred Moir (Minneapolis 2000 : Master Drawings from the collection of Alfred Moir, cat. éd. par R.J. Campbell, J. Immler Satkowski, Minneapolis, The Minneapolis Institute of Arts, 2000, n° 58, École italienne XVIe siècle, Saint Paul prêchant à Athènes), du Szépmüvészeti Mùzeum de Budapest, du Musée des Beaux-Arts de Dijon : 27 dessins provenant de la collection d’Anthelme Trimolet et légués au musée en 1878, portant les marques L.513 et L.545, du British Museum de Londres : 29 dessins ; de la National Gallery of Scotland d’Édimbourg (Raphaël, Étude pour une Madone, inv. D 5342), et de l’Albertina de Vienne.
D’autres feuilles sont passées dans des ventes publiques : comme C. Maratta, L’Assomption (cat. Prouté, Catalogue « Gérôme », Paris 1977, n° 5) ; comme G. Benso, Dieu le Père (cat. Prouté, Catalogue « Géricault », Paris 1990, n° 7) ; comme attribué à D. Campanola, Moïse recevant les tables de la Loi (vente 1992, 14 décembre, Londres, Sotheby’s, n° 258) ; École romaine du XVIe siècle, Un prophète debout dans une niche (id., n° 289) ; comme Perino del Vaga, Projet de décor mural (Trinity Fine Art, Catalogue, Londres1994, n° 1) ; comme G.B. Trotti, Adoration des Bergers (vente 1997, 30 janvier, New York, Christie’s, n° 31) ; comme A. Carracci, Paysanne (vente 1997, 2 juillet, Londres, Sotheby’s, n° 96) ; comme attribué à R. Mantovano, Saint Michel triomphant (id., n° 198) ; comme attribué à Francesco Penni, Sainte Cécile, mais tout au long du XVIIIe siècle décrit comme Raphael, provenant des collections de Roger de Piles, Pierre Crozat, comte de Provence (vente 1998, 30 janvier, New York, Christie’s, n° 1 ; voir Cifani, Monetti 2002, p. 158 et note 19) ; comme G. Casari, Un saint triomphant du démon (vente 1999, 27 janvier, New York, Sotheby’s, n° 29) ; École romaine du XVIe siècle, Trois scènes mythologiques (vente 1999, 11-12 mai, Milan, Sotheby’s, n° 365) ; d’après Goltzius, Amphitrite (vente 1999, 3 décembre, Paris, Tajan, n° 2) ; suiveur de Donato Creti, Tête d’un garçon avec turban (vente 2000, 5 juillet, Londres, Sotheby’s, n° 133) ; comme attribué à G.A. Figino, Tête d’homme (vente 2000, 6 juillet, Londres, Phillips, n° 83) ; Giuseppe Maria Crespi, Tête de moine (vente 2001, 10 juillet, Londres, Christie’s, n° 13) ; École italienne du XVIe siècle, Allégorie du vent (vente 2002, 25 janvier, New York, Sotheby’s, n° 1) ; comme attribué à Paolo Farinati, Junon (vente 2011, 30 novembre, Paris, Millon, exp. Cabinet de Bayser, n° 6) ; École italienne de la fin du XVIIe siècle, Suzanne et les deux vieillards (id., n° 41).
La genèse de la collection reste encore obscure et c’est seulement à travers une analyse des provenances de certaines feuilles qu’il est possible de formuler quelques hypothèses. Parmi les dessins conservés à l’Albertina, certains proviennent des collections de Pierre Crozat (vente Paris 1741), de Pierre-Jean Mariette (ventes Paris 1775-1776), ou du comte de Provence, futur Louis XVIII, qui a épousé à Turin en 1771 Maria Giuseppina di Savoia.
Sur le sort de la collection d’estampes de Genevosio, rien ne semble être connu. Jusqu’à présent, pas une seule estampe portant la marque L.545 ne nous est parvenue.
Il existe en fait deux variantes de la marque, l’une avec cinq perles au-dessus des pointes de la couronne (par exemple, Marcantonio, Léda et le cygne, Londres, British Museum, Prints & Drawings, inv. 1946,0713.210), et l’autre avec six perles.
Une autre marque, le L.513, a été décrite par Lugt en 1921 sous le nom du Comte Gelozzi ou Gelosi tout en admettant que les lettres paraissent bien être C C et non C G. Il s’agit en effet d’une marque non identifiée d’un collectionneur C C sans rapport avec Genevosio décrit ici.

BIBLIOGRAPHIE
F. Gaziel, Remerciement d’un bon Piémontais à Monsieur ***, avocat au Parlement…, Venise 1783.
L. Fagan, Collectors’ Marks, Londres 1883, n° 89.
A. Weston-Lewis, ‘Appendix: The Commendatore as a Collector of Drawings’, dans Édimbourg 1994 : Raphael. The Pursuit of Perfection, cat. par T. Clifford et J. Dick, Édimbourg, National Galleries of Scotland, 1994, pp. 129-131.
A. Cifani, F. Monetti, ‘Il commendatore Genevosio, collezionista di disegni, dipinti antichi e antichità Greco-romane a Torino nel Settecento. Nuovi documenti’, Saggi e Memorie di storia dell’arte, vol. 26, 2002, pp. 155-209.
A. Czére, L’Eredità Esterházy. Disegni italiani del Seicento dal Museo di Belle Arti di Budapest, Budapest 2002, p. 24.
A. Czére, 17th Century Italian Drawings in the Budapest Museum of Fine Arts. A Complete Catalogue, Budapest 2004, p. 9.
Lyon 2008 : Desseins italiens. Collection du Musée des Beaux-Arts de Lyon, cat. par E. Pagliano, Lyon, Musée des Beaux-Arts, Paris 2008, nos 22, 37, 123 et 167.


Date de mise en ligne : décembre 2011.


Frits Lugt, Les Marques de Collections de Dessins & d’Estampes | Fondation Custodia