numéro
L.555b
intitulé de la collection
Heumann, Carl
technique marque estampée, encre
couleur violet
localisation verso
dimension 5 x 5 mm (h x l)
1 renvoi  
  • 1956
  • depuis 2010
C. HEUMANN (né en 1886), banquier et consul à Chemnitz (Saxe). Dessins et aquarelles.
 
Carl Heumann, né à Cologne, a formé ses collections d'aquarelles et dessins dans le but bien arrêté d'en faire une représentation de cent ans d'art allemand, dans ces deux genres, période 1750-1850 (maîtres allemands et autrichiens), uniquement du point de vue esthétique, pas historique. Il s'est efforcé de réunir les meilleures productions des meilleurs maîtres. L'ensemble a donné lieu aux trois expositions suivantes (avec catalogues) : Deutsche Zeichenkunst 1750-1850, à la Kunsthütte à Chemnitz 1930 ; Deutsche Landschaften 1750-1850, au musée des Beaux-Arts de Breslau 1933 ; Bildnis und Komposition 1750-1850, au musée des Beaux-Arts de Leipzig 1934.
 

CARL HEUMANN (Cologne 1886-Chemnitz 1945), banquier et consul à Chemnitz (Saxe). Dessins et aquarelles.

Carl Heumann est né à Cologne le 19 mars 1886. En 1919, il épouse Irmgard Buddecke (1893-1944) avec qui il aura trois enfants : Rainer (1923-1997), Thomas (1928-2017) et Ulrike (née le 6 janvier 1932). La famille s’installe ensuite à Chemnitz où Heumann œuvrera comme fondé de pouvoir de la banque privée Bayer & Heinze à partir de décembre 1908 avant d’en devenir partenaire en 1920. Heumann fut vice-consul au consulat du Portugal de Dresde de 1929 à sa fermeture, en 1939.
Il s’est consacré à sa collection de dessins, entreprise au début des années 1920, en parallèle à ses activités professionnelles et s’intéressa surtout aux artistes allemands de la période romantique, de 1750 à 1850. Comme beaucoup d’autres collectionneurs, il sut profiter des conseils de professionnels, et notamment de ceux de Friedrich Schreiber-Weigand (1879-1953), directeur de la Kunsthütte à Chemnitz et collectionneur lui aussi.
Heumann était par ailleurs membre du Chemnitzer Kunsthütte et en 1933, il devint membre de son Conseil.
Le catalogue paru lors de l’exposition de sa collection en 1930, qui rassemblait environ 300 feuilles, mentionne qu’il s’agissait-là de la presque totalité du fonds. Mais on sait que le nombre s’était accru en 1943 pour atteindre près de 1 000 dessins, ses rapports avec le marchand d’art Fritz Nathan (1895-1972), de la galerie Ludwig, à Munich, lui ayant permis de se procurer des feuilles intéressantes.
Entre 1921 et 1934, Heumann offrit au musée de Chemnitz huit dessins et 82 estampes. Neuf d’entre ces œuvres disparurent pendant la période nazie.
Les dessins de sa collection ont été montrés lors de plusieurs expositions monographiques en 1930, 1933, 1934 et 1935. Heumann en prêta également beaucoup à d’autres expositions à Berlin, Chemnitz, Dresde et Wiesbaden. Il n’est donc pas surprenant de retrouver certaines de ses feuilles publiées dans des revues comme Der Kunstwanderer ou Die Weltkunst.
À côté des dessins, Heumann a par ailleurs réuni un petit ensemble de tableaux et une collection importante d’estampes d’Adolf Menzel. Sa collection de dessins romantiques allemands est comparable en tout point à celles de ses contemporains Oskar Reinhart (1885-1965), à Winterthur, ou Alfred Winterstein (1895-1976) à Munich (voir H. Sieveking, ‘The Collector Alfred Winterstein’, dans H. Sieveking, Fuseli to Menzel. Drawings and Watercolors in the Age of Goethe from a German Private Collection, Munich-New York 1998, pp. 9-12, à la p. 11).
Son neveu, l’avocat Georg Stein, qui rendit visite pour la première fois Heumann en 1932, à Leipzig, a donné en 1963 un beau portrait de son oncle comme collectionneur. Il raconte ainsi qu’après le dîner, Heumann recevait ses invités dans la bibliothèque pour leur présenter sa collection. Il montrait chaque feuille l’une après l’autre, soulignant leur beauté et mettant là en évidence sa connaissance précise des artistes romantiques allemands. Preuve de la fascination qu’exerçaient sur lui ces artistes, Heumann s’attacha en outre à visiter les lieux où ils avaient travaillé. En 1935, Stein se rendit à nouveau chez Heumann, cette fois-ci pour lui demander son avis sur la qualité et l’importance, dans l’ensemble de la création d’Angelika Kaufmann, du premier dessin de la main de l’artiste qu’il avait alors acquis. Bref ! Stein trouvait dans la maison de son oncle une rare unité de culture où étaient réunies qualité, mesure et personnalité (Qualität, Maß und Persönlichkeit). Pour lui, chaque feuille de la collection de son oncle respirait cette harmonie, et il associait cette force « trinitaire » à ce qui, pour lui, représentait une vraie collection.
En dehors de sa passion pour le dessin, Heumann a également collectionné des livres et fut pendant de longues années trésorier de l’association Gesellschaft der Bücherfreunde zu Chemnitz.
La banque Bayer & Heinze fut nationalisée en 1938 par les nazis et Heumann perdit alors brutalement son travail. Précisons que cette banque fit partie de la banque privée juive des frères Arnhold de Dresde à partir du moment où Georg Arnhold épousa Anna Bayer, la fille du banquier.
Deux de ses frères émigrés aux États-Unis tentèrent, en vain, de convaincre leur frère aîné de les rejoindre. Carl Heumann décida en effet de rester avec sa famille dans sa maison, dans son Allemagne, dans sa langue et sa culture. La situation de Carl Heumann, devenu en 1917 membre de l’église évangélique-luthérienne s’avéra alors difficile en raison du fait qu’il était de confession juive, et son activité de collectionneur s’annonçait, dans ce contexte, compromise. Il décida dès lors de transférer les titres de propriété de sa collection à son épouse en espérant ainsi la mettre à l’abri des nazis, et de nombreuses feuilles furent entreposées dans différentes succursales de la banque à Chemnitz, Burgstädt, Lichtenstein et Thalheim. Les œuvres encadrées restèrent toutefois chez eux, à l’instar d’un petit groupe de dessins sur lesquels Heumann continuait à travailler.
C’est sans doute à la lecture de ces éléments qu’il faut comprendre la lettre qu’Irmgard Neumann dactylographie et envoie de la part de son mari alors en voyage à Frits Lugt le 29 juin 1939. La lettre stipule que les informations sur la collection ne doivent pas inclure de données personnelles d’identification au motif que la collection appartient à plusieurs membres de la famille (« Von personellen Angaben bitte ich freundlichst absehen zu wollen, da der Besitz sich auf verschiedene Familienmitglieder verteilt » dit la lettre) ‒ les informations contenues dans un courrier antérieur du 18 mai 1934 devenant caduques en 1939 (correspondance conservée dans les archives de la Fondation Custodia). Il va sans dire que, compte tenu de la date de publication de son Supplément ‒ 1956 ‒, Lugt était dégagé du soin de respecter la préconisation contenue dans la lettre, la protection de la collection contre une éventuelle confiscation par les nazis n’étant heureusement plus à l’ordre du jour.
Au cours de ces mêmes années, Heumann entreprit autant qu’il le put plusieurs voyages en Italie, à Olevano, en Campagna ou dans les Abruzzes, sur les pas des artistes allemands. Par ailleurs, il continua à cette époque à vendre des dessins afin de pouvoir en acheter d’autres et améliorer ainsi la qualité de sa collection, comme en témoignent les ventes de 471 feuilles, au moins, entre 1937 et 1944 par l’Antiquariat J.A. Stargardt à Berlin, C.G. Boerner à Leipzig, Buch- und Kunstverlag Dr. Ernst Hauswedell & Co à Hambourg, Karl & Faber à Munich, et la galerie Gerstenberger à Chemnitz enfin. Ainsi, en 1939, Heumann acheta-t-il 21 dessins de la collection de Michael Berolzheimer dans la vente Weinmüller au mois de mars 1939 et un dessin à celle de Siegfried Lämmle, tous deux victimes du nazisme. Après la Seconde Guerre mondiale, les héritiers Heumann trouvèrent un accord financier avec les héritiers Berolzheimer.
Récemment, la commission viennoise de restitution des œuvres spoliées dans les collections des musées autrichiens a pu montrer que les activités du collectionneur, documentées par les ventes et les achats de dessins, se sont en fait déroulées en dehors des persécutions nazies, ce qui autorisa le ministre à ne pas restituer aux héritiers les cinq dessins qu’ils réclamaient à l’Albertina. Les renseignements sur cet épisode sont fondés sur le rapport du 16 mars 2018 de la commission de restitution, communiqué par Mag. Julia Eßl (archives de la Fondation Custodia).
Lors du bombardement de Chemnitz le 5 mars 1945, la maison de Carl Heumann ne fut pas épargnée et lui-même perdit la vie en essayant ce jour-là, mais en vain, de récupérer dans la cave une valise remplie de dessins de petit format. Une semaine plus tard, son fils Thomas retrouva la valise dans la chaufferie de la maison.
De nombreuses œuvres de la collection, mises à l’abri dans les différentes succursales de la banque Bayer & Heinze et restituées aux héritiers après la guerre purent être transportées en Allemagne de l’Ouest. Ce sont ces pièces-là que les héritiers dispersèrent dans les ventes signalées ci-dessous, en Allemagne de l’Ouest en 1957 et en Suisse en 2004.
Depuis lors, le cachet a été signalé par exemple sur un dessin de Chodowiecki (Munich, coll. part.) et de Carl Blechen, faisant partie de la collection de Wolfgang Ratjen et aujourd’hui à la National Gallery of Art de Washington (voir Washington 2010, no 80).
Thomas Heumann a légué par testament, en hommage à son père, trois œuvres aux Kunstsammlungen de Chemnitz. Il s’agit des dessins suivants : de Christian Friedrich Gille, Forêt de chênes, et d’Eduard Bendemann, Jeune homme attristé, assortis d’une étude à l’huile de Friedrich Loos, Peintre dans une chambre Biedermeier.
Le collectionneur possédait deux cachets, le premier décrit ici ; le second est composé d’une fleur de gentiane, voir L.2841a.

VENTES
1937, 28 octobre, Berlin, J.A. Stargardt, Autographen und Handzeichnungen, sous propriétaires X et Y (12 dessins).
1938, 25 mai, Leipzig, C.G. Boerner, Auktion 199, Deutsche Handzeichnungen der Romantikerzeit dabei ein Teil des Nachlasses von Ph. O. Runge aus dem Besitze d. Familie. Deutsche Graphik des frühen XIX. Jahrhunderts. Deutsche Zeichnungen der zweiten Hälfte des XVI. Jahrunderts aus der Sammlung Ehlers, Göttingen, sous propriétaire G (93 dessins).
1939, 28 avril, Leipzig, C.G. Boerner, Auktion 201, Handzeichnungen der Brüder Olivier, Deutsche Zeichnungen des XIX. Jahrhunderts, Handzeichnungen alter Meister des XV.-XVIII. Jahrhunderts, Deutsche Graphik des frühen XIX. Jahrhunderts Chodowiecki, Menzel, sous propriétaire H2 (112 dessins).
1940, 17-18 mai, Hambourg, Hauswedell & Co., Auktion XXI, Graphik, Handzeichnungen, wertvolle Bücher, sous propriétaire 7 (H. Dresden).
1940, 11-12 octobre, Hambourg, Hauswedell & Co., Auktion XXIII, Graphik, Handzeichnungen, Bücher, sous propriétaire 14.
1941, 11-12 juillet, Hambourg, Hauswedell & Co., Auktion XXV, Graphik und Handzeichnungen des 17.-20. Jahrhunderts, sous propriétaire H (14 dessins).
1942, 19 février, Leipzig, C.G. Boerner, Auktion 206, sous propriétaire H1 (153 dessins).
1943, 30 mars-1er avril, Leipzig, C.G. Boerner, Auktion 207, sous propriétaire H (169 dessins).
1943, 14-16 janvier, Munich, Karl & Faber, sous propriétaire XIX.
1944, 5-6 mai, Munich, Karl & Faber, sous propriétaire XVIII.
1957, 29 novembre, Stuttgart, chez R.N. Ketterer, Sammlung Heumann. Kunst des 18. Und 19. Jahrhunderts. Aquarelle, Zeichnungen, Gemälde, Graphik(400 nos) ; estampes (72 nos). Dans les aquarelles et dessins, adjudications supérieures à 2 000 Mark : P. von Cornelius, Femme nue étendue, étude pour la Daphné de la Glyptothèque de Munich 3 400 M. ; C.P. Fohr, Weinheim 2 200 M. ; C.D. Friedrich, Feuille de trois études de jeune homme 3 100 M. ; W. von Kobel, Armée en marche 4 050 M., Cavalier devant la tente de la vivandière 5 200 M., Foire dans une petite ville 5 400 M. ; J.A. Koch, Paysage classique avec arc-en-ciel 4 600 M. ; J. Schnorr von Carolsfeld, série de 12 nos dont Paysans italiens 5 300 M. et « Chrimhild wie sie Sieg (frieds) leiche findet » 2 300 M., les autres de 150 à 1 300 M. ; M. von Schwind, Sainte Cécile jouant de l’orgue 2 600 Mark. Le riche œuvre d’A. Menzel occupait, à l’exception de 3, les 72 numéros de la section des estampes ; adjudications de 10 à 1 000 M.
2004, 17 juin, Bern, galerie Kornfeld, Auktion 233, Sammlung Heumann, Chemnitz. Deutsche und Österreichische Arbeiten auf Papier des 18. und 19. Jahrhunderts. 84 Nos, dont le carnet de croquis de Joseph von Führich, Rome 1727-1729.

SOURCES
H. Sieveking, Carl Heumann (1886 Köln – Chemnitz 1945) und seine Kunst-Sammlung, conférence donnée le 25 février 2018 au musée Kunstsammlungen de Chemnitz, manuscrit (archives de la Fondation Custodia).

BIBLIOGRAPHIE
Chemnitz 1930 : Ausstellung 100 Jahre deutsche Zeichenkunst 1750-1850. Sammlung Konsul Carl Heumann, cat. de J. Müller, Chemnitz, Städtischen Museum, 1930.
Breslau 1933 : Deutsche Landschaftskunst 1750-1850. Zeichnungen und Aquarelle aus der Sammlung Heumann, Breslau, Schlesischen Museum, 1933.
Leipzig 1934 : Bildnis und Komposition 1750-1850. Aus der Sammlung Heumann, Chemnitz, cat. de C. Heumann et W. Teupser, Leipzig, Museum für bildenden Künste, 1934.
Chemnitz 1935 : Adolph Menzel. Das graphische Werk. Ausstellung aus Anlaß des 75jährigen Bestehens der Kunsthütte zu Chemnitz, Chemnitz, Kunsthütte, 1935.
Wiesbaden 1937 : Zeichenkunst Deutsche Romantik, cat. de J. Harms, Wiesbaden, Nassauischer Kunstverein, 1937.
G. Stein, Wie ein Sammler die Welt sieht. Gastvortrag der Staatlichen Akademie der bildenden Künste Karlsruhe für ihren Freundeskreis am 22. November 1963, Karlsruhe 1963, pp. 9-12 (Schriftenreihe 7).
L. Grisebach, S. von Falkenhausen, I. Becker, Adolph Menzel. Zeichnungen, Druckgraphik und illustrierte Bücher. Ein Bestandskatalog der Nationalgalerie, des Kupferstichkabinetts und der Kunstbibliothek, Berlin 1984, p. 14.
Th. Heumann, ‘Romantische Ironie. Erinnerungen an meinem Vater Carl Heumann’, dans T. Richter (dir.), Der Kaßberg. Ein Chemnitzer Lese- und Bilderbuch, Leipzig 1996, pp. 184-189.
Washington 2010 : German Master Drawings from the Wolfgang Ratjen Collection 1580-1900, cat. de P. Prange, A. Robinson, H. Sieveking et al., Washington, National Gallery of Art, 2010, p. 29.


Date de mise en ligne : janvier 2014 ; dernière mise à jour : juillet 2019.


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