numéro
L.740
intitulé de la collection
Destailleur, Hippolyte
technique marque estampée, encre
couleur rouge
localisation recto
dimension 6 x 6 mm (h x l)
3 renvois  
  • 1921
H. DESTAILLEUR (1822-1893), architecte, Paris. Estampes et dessins de toutes les écoles et époques, la plupart d'ornements.
 
Hippolyte-Alexandre-Gabriel-Walter Destailleur, frère cadet du peintre de portraits Henri-Prosper-Alfred Destailleur, naquit et mourut à Paris. Son père, François-Hippolyte Destailleur (Paris 1787-1852), était architecte estimé, titulaire de plusieurs emplois officiels : architecte du ministère des finances, du ministère de la justice, de l'hôtel de la Monnaie, etc. Hippolyte, sans attendre la fin de ses études classiques commencées au collège St.-Louis, fit part à son père de son désir de devenir, lui aussi, architecte. Il entra dans l'atelier de Leclère où il resta environ sept années. Admis à l'Ecole des Beaux-Arts en 1842, il la quitta en 1846. La même année, il obtenait une place de sous-inspecteur des travaux de la ville de Paris. En même temps il était le collaborateur de son père, et fut, à la mort de celui-ci, son successeur tout désigné. La charge d'architecte du ministère de la justice, lui échut en 1853 ; les travaux de décoration et de réfection qu'il exécuta dans cet édifice lui valurent d'un seul coup la célébrité. Dès lors, les commandes affluèrent ; il construit, décora ou restaura nombre de monuments, châteaux, hôtels particuliers, parmi lesquels, à Paris, les hôtels d'Haussonville, Pourtalès, de Behague, de Noailles, de Luynes, Cahen d'Anvers, etc., en province, les châteaux de Mouchy, Mello, Maintenon, Franconville, etc., et à l'étranger, le château de Plesse (Hte Silésie), l'hôtel du prince de Pless à Berlin, celui du baron A. de Rothschild à Vienne, le château de Waddesdon (Angleterre) pour le baron F. de Rothschild, le palais Medina-Celi à Madrid, etc. Hippolyte fut aussi grand amateur que grand travailleur. Son père lui avait laissé, une bibliothèque de travail sur l'architecture ; il voulut former un cabinet de livres, estampes, recueils, dessins, se rapportant à son état, et qui répondrait aussi à ses goûts de curieux. Son œil, ses connaissances, lui permirent de réunir, à une époque où les « occasions » se rencontraient encore, un ensemble d'une richesse exceptionnelle. Il s'intéressa aussi particulièrement aux pièces sur Paris, sur la province, sur le théâtre, à l'art français du XVIIIe siècle, et aux œuvres de quelques modernes comme Daumier, Gavarni, Charlet, Lami, Monnier, les Vernet, etc. Il recueillit encore des livres précieux. En 1879, ce qu'il possédait alors en ornements lui fut acheté, par l'intermédiaire des marchands parisiens Danlos et Delisle, par A. Wyatt Thibaudeau, de Londres. Mais Thibaudeau, lui aussi n'était qu'intermédiaire, il agissait pour le compte d'un acheteur dont il ne révéla le nom qu'une fois l'acquisition payée et la collection expédiée, et qui n'était autre que le « Kunstgewerbe Museum » de Berlin. Destailleur ne pouvait rester longtemps sans livres à feuilleter, sans estampes à étudier, il forma rapidement une deuxième collection pour laquelle il profita des enseignements que lui avait fournis la première. Son goût s'était assuré, il était devenu plus difficile sur la qualité des épreuves, la fraîcheur des exemplaires. Nous n'essaierons pas, même succinctement d'énumérer les richesses qu'il rassembla. Disons seulement qu'on y trouvait, en ornements, presque tous les livres, recueils, estampes connus, même les plus rares, et de nombreux dessins. Notre compte rendu des ventes publiques dans lesquels furent dispersées les collections Destailleur, ventes commencées de son vivant et continuées après son décès, en signale les pièces les plus remarquables. Destailleur céda au Cabinet des estampes de la Bibliothèque Nationale, en 1889, ses dessins et gravures sur le théâtre, et en 1890, les 6 volumes dans lesquels il avait réuni 1328 dessins relatifs à la ville de Paris. Ses dessins sur les départements (3521 pièces en 14 vol.) entrèrent au même dépôt. Nous avons indiqué, dans notre article sur le Cabinet des Estampes, qu'il fut publié, de ces trois importantes séries, des inventaires détaillés. La bibliothèque de livres rares fut vendue les 13-25 avril 1891 (expert Morgand, produit 467.327 fr., quelques suites dont le Monument du Costume 12.000 fr.).
Destailleur a laissé le souvenir d'un érudit, empressé à faire profiter les autres de son savoir, à leur montrer ses trésors. Il avait annoté beaucoup de ses recueils d'estampes ou de dessins. Mais le temps lui manqua toujours pour écrire ; nous ne trouvons à citer que son article : Ancienne serrurerie française de 1551 à 1776 (Gaz. des Beaux-Arts, 1859 II), sa notice historique accompagnant la reproduction du Jousse, La Fidèle ouverture de l'art de serrurerie (A. Levy 1874), et le texte de la publication de Rapilly : Recueil d'estampes relatives à l'ornementation des appartements du XVIe au XVIIIe siècle (1863-1871), 2 vol. in fol. (ce texte fut réimprimé en 1 vol. in 8°).
L'amateur n'a pas régulièrement apposé sa marque sur toutes ses pièces, pas même sur toutes celles qu'il conservait en feuilles, non en recueils.
 
VENTES :
I. 1866, 27-28 avril, Paris (expert Clément). Belle collection de dessins anciens, « collection d'un amateur ».
 
II. 1890, 14-23 avril, Paris (experts Danlos, Delisle et Bouillon). Estampes de l'école française du XVIIIe siècle (1399 nos) et dessins (210 nos), pièces historiques et scènes de mœurs (284 nos), estampes modernes (42 nos), soit 1935 nos. Superbe collection ; tous les grands graveurs du XVIIIe y sont représentés par des épreuves de choix, dont beaucoup avant lettre ou d'état ; intéressantes pièces sur les costumes et beaux portraits. Principaux prix : Boucher, les Charmes du printemps, les Plaisirs de l'été, etc., 4 pl. 2050 fr., Galerie des modes et costumes 365 pl. 3770 fr., Cabinet des Modes, avec 354 pl. 2600 fr., Lamésangère, Journal des Dames et des Modes 1796-1838 (3500 planches) 2500 fr., Debucourt, la Rose et la Main 2300 fr., la Promenade Publique, av. l. l., les initiales et la date, en coul. 6300 fr., la même, même état, en noir 5000 fr., Modes et manières du jour 52 pl. (complet) 2450 fr., Janinet, Mlle Bertin, modiste de Marie-Antoinette 2005 fr., Nina, d'après Hoin, av. l. l. 2530 fr. ; de Gr. de St. Aubin, la Pièce allégorique pour l'érection de la statue de Louis X.V, épr. retouchée, ne fit que 1560 fr., et Spectacle des Tuileries, 1ère et 2e vues. 1r ét., épr. retouchée 2050 fr., Trouvain, les Appartements du Roi, 6 pl., 3900 fr., J. D. de St. Jean, Femme de qualité goûtant ..., etc., 7 pl. in fol. 2175 fr. La plus haute enchère dans les modernes fut de 3750 fr. pour l'œuvre de Gavarni, comportant 2190 pièces provenant de la collection His de la Salle. Dans les dessins, le prix le plus fort fut de 1299 fr. pour un lot de 144 dessins de modes de Desrais.
 
III. 1893, 26-27 mai, Paris (expert Morgand). Dessins originaux réunis en recueils, 125 nos. Vente particulièrement intéressante par la présence de nombreuses œuvres des Saint-Aubin (nos 111-125). D'abord le « Livre des St. Aubin », contenant 283 dessins dont 57 de Germain, 94 de Gabriel, 84 d'Augustin, le reste par leur père ou autres membres de la famille (sauf 1 par Denon et 4 de Boucher). Ce recueil, offert en vente avec à prix de 30.000 fr., ne trouva pas preneur et fut retiré. On retrouvera ce « Livre » dans la vente de mai 1896, ainsi que beaucoup des feuilles d'un recueil de 116 dessins de Gabriel (97) et Augustin (19) lui aussi retiré à 29.000 fr. Venaient ensuite 11 catalogues de ventes, avec croquis dans les marges, dont le plus cher, celui du cabinet de M. L. C. de D. (le comte Dubarry), 21 novembre 1774, avec 163 croquis, fit 950 fr. (les autres 105 à 620 fr.). Puis un recueil de 250 dessins de plantes, par Germain, 3000 fr., et le « Livre de caricatures ... », 387 pages, 3520 fr. En dehors des St.-Aubin, on note encore des pièces de premier ordre : Recueil de dessins sur l'armurerie, l'équitation et la carrosserie, 97 ff. du XVIe au XVIIIe siècle 11.550 fr. (Beurdeley), Desrais, 30 dessins de scènes de mœurs et modes (plusieurs gravés dans la Gallerie des Modes et costumes, d'autres en estampes séparées) 3600 fr., Et. Delaune, 27 dessins de vases et sujets d'histoire, 5200 fr., Duplessi-Bertaux, 40 dessins pour le Recueil des meilleurs contes en vers, 4550 fr. (Bon de Bethmann), Fragonard, Antiquités romaines, satyres, bacchanales, etc., 82 dessins sur 33 ff. (plusieurs gravés par Saint-Non), coll. Mailand 4500 fr., Recueil de 174 dessins d'orfèvrerie par Eisen, Berthault, Ranson, etc., 5000 fr. (Musée des Art Décoratifs), Recueil de 150 portraits français du XVIe au XVIIIe siècle (la plupart des écoles des Clouet Dumonstier, Lagneau, etc.) 12.200 fr., enfin un album de plus de 98 dessins de Cochin, Eisen, Moreau, Wille, etc. 4300 fr. - Produit 171.077 fr.
 
IV. 1894, 28 novembre-1r décembre, Paris (même expert). Livres et estampes relatifs à l'histoire de Paris et de ses environs. 585 nos. Les estampes de cette vente sont surtout des suites, ou réunies en recueils. Importantes séries de livres avec vues, guides anciens, plans (dont celui de la ville cité et Université de Paris, attribué à Du Cerceau, 4900 fr.). Recueils d'estampes sur Paris pendant la révolution, de vues de Paris par J. Silvestre, Pérelle, ou éditées au XVIIIe siècle par Mondhare, Basset, Daumont, les Campion, Lamy, etc. pièces sur les confréries religieuses, les corps de métiers, les cris de Paris, etc. - Produit 56.382 fr.
 
V. 1895, 20-30 mai, Paris (même expert). Livres et estampes relatifs aux beaux-arts 1753 nos. Catalogue avec importante notice biographique par Duplessis, à laquelle nous avons emprunté plusieurs des renseignements de notre article. C'est dans cette vente que fut dispersée la collection d'ornements de tous genres (estampes seulement, les dessins réservés pour la vente suivante), dont nous avons déjà signalé l'exceptionnelle richesse. Les différentes suites et les recueils figurent au catalogue, avec les livres spéciaux, dans les sections : dessin, architecture (notamment les ornements pour la décoration des édifices, des jardins. etc.), sculpture, peinture, gravure, arts industriels (meubles, céramique, orfèvrerie, bijouterie, dentelles, etc.). Par exception l'œuvre de Du Cerceau, l'un des plus complets connus, se trouve tout entier dans la même section. Citer des prix obtenus par des recueils composés sans en indiquer en même temps la composition exacte serait donner des renseignements incomplets, donc inutiles. D'autre part les livres et suites sortent de notre genre de préoccupation, et nous nous bornerons à relever le produit : 333.270 fr.
 
VI. 1896, 19-23 mai, Paris (même expert). Dessins originaux et tableaux. 908 nos dont 569 pour les feuilles d'ornements, 137 pour les pièces sur Paris et ses environs, les autres pour les dessins divers. Très belle vente. Dans les dessins d'ornements de nombreux maîtres sont représentés, des diverses époques et écoles, mais l'école française du XVIIIe siècle domine. Ces feuilles, malgré leur grand intérêt, ne s'adressant qu'à un public restreint, n'obtinrent pas de prix très élevés. Voici les plus hauts : Du Cerceau, Recueil de 28 dessins de façades et intérieurs de temples, ordres, etc. 3100 fr., recueil de 18 dessins d'anciens édifices 2050 fr., et recueil de 55 dessins sur 60 ff., édifices, halles, etc., 7000 fr., Toro, 25 dessins : cartouches, vases, boucliers, etc., 3000 fr. Les dessins sur Paris (et quelques toiles) formaient une série d'un grand intérêt documentaire, le Musée Carnavalet n'acheta par moins de 40 nos. Quelques fortes enchères : Cochin, Réception par Louis XV, dans la grande galerie de Versailles, de Saïd Méhémet pacha, 1742, 6200 fr. (à Mühlbacher), Demachy, Vue d'une partie de la place Louis XV, en 1784, le jour d'une ascension aérostatique 3500 fr., Desrais, la Promenade au Palais-Royal en 1789 (gravé en couleurs) 4300 fr., Maréchal, Vue du Jardin des Tuileries, 1788, 3255 fr. (Mühlbacher), T. Ch. Naudet, Vue de la Place de la Concorde, 1799, 4000 fr., et Fête de l'Etre Suprême 3000 fr. (tous deux au Musée Carnavalet), J. Rigaud, Vue et perspective du château de Grosbois (gravé par Lépicié) 4000 fr. (au prince de Wagram, propriétaire du château), A. de St. Aubin, la Promenade des remparts de Paris, croquis pour la composition gravée par Courtois, 3300 fr. (Mühlbacher), Bal de St. Cloud chez Griel et Feu d'artifice chez Griel 11.000 fr. (Mühlbacher). Ces deux derniers provenaient de l'album de 116 dessins, retiré de la vente de 1893, il en était de même pour la plupart des dessins de Gabriel de St. Aubin, décrits sous 23 nos dont le plus cher fit 1125 fr. Dans les dessins de sujets divers, les français des XVIIe et XVIIIe siècles étaient encore les plus nombreux. C'est là qu'on retrouvait le « Livre des St. Aubin », décrit par de Goncourt dans l'Art du XVIIIe siècle, retiré de la vente de 1893 à 30.000 fr. et qui fut adjugé 28.100 fr. à Morgand, pour la comtesse de Béarn. Les 4 nos d'Augustin de St. Aubin, celui d'Augustin et Gaucher, et les 42 de Gabriel qui viennent ensuite, provenaient de l'autre album, retiré lui aussi, comme nous l'avons rappelé plus haut ; citons les deux plus importants : Portrait de jeune femme vue de face 3000 fr., et l'Académie particulière 4000 fr. - Produit 267.266 fr.
 
VII. 1901, 7-8 juin, Paris (même expert). Dessins et tableaux anciens et modernes provenant en partie de la collection de M. H. D. (Destailleur). Dessins de différents genres et vues de Paris (110 nos), tableaux (7 nos), dessins d'architecture et de décoration (86 nos). Ensemble 203 nos. Feuilles les plus remarquables : J. B. Huet, Scènes diverses du voyage de Louis XVI à Cherbourg 1100 fr., Meunier, Vue de la Monnaie et du quai Conti 1400 fr., G. de St. Aubin, l'Incendie de l'Hôtel-Dieu dans la nuit du 29 au 30 décembre 1772, 4305 fr., Cauvet, Coupes du salon de l'hôtel de Salm, sur les croisées, sur la fontaine, 2 dessins 1300 fr. - Produit environ 34.000 fr.
 

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