numéro
L.788b
intitulé de la collection
Pollak, Ludwig
technique marque estampée, encre
couleur noir
localisation verso
dimension 22 x 17 mm (h x l)
  • 1956
  • depuis 2010
L. POLLAK (1868-1943), savant et historien d'art, Rome. Dessins et estampes.
 
Ludwig Pollak, né à Prague, reçu docteur en philologie à Vienne en 1893. Vivait depuis cette année à Rome où il se fit connaître comme archéologue classique et comme historien d'art. A voyagé en Italie, Grèce, Egypte, Syrie et Asie mineure, et a écrit plusieurs catalogues de collections d'art antique : Nelidow (1903), J. von Kopf (1905), Baracco (1911), Strogonoff (1912), Barsanti (1922). Sa collection comptait environ trois mille dessins (XVe - XIXe siècles), pour la plupart acquis depuis 1893 en Italie, le plus grand nombre italiens anciens, mais aussi quelques français et hollandais, tous de moindre importance. En outre il possédait des tableaux anciens et une collection importante de bozzetti plastiques de l'époque baroque.
Après sa disparition pendant la guerre 1939-1945 ses collections semblent avoir été dispersées.
La Minerve de la marque reproduit la statue du Liebighaus à Francfort, reconnue par Pollak comme la copie d'une œuvre célèbre de Myron, et publiée par lui.
 

LUDWIG POLLAK (Prague 1868- ? 1943 ?), savant, historien de l'art et marchand, Rome. Dessins et estampes.

C’est Ludwig Pollak lui-même qui écrivit le 24 mai 1925 à Lugt en lui envoyant une impression de la marque destinée aux dessins et aux estampes de sa collection (archives Fondation Custodia). La lettre fut inspirée par la publication du premier volume sur les marques de collections de 1921, que Pollak qualifia d'« ausgezeichnet ». Le collectionneur raconte qu’il possède à ce moment-là environ 2 000 dessins – chiffre que corrige le formulaire « Für Liebhaber die sich eines Sammlerzeichens bedienen » envoyé par la suite, précisant par ailleurs qu'il s'agit pour la plupart d'œuvres de l’École italienne du XVe au XIXe siècle et de feuilles des Écoles hollandaise et française. Pollak expose également les origines de son cachet, comme le rapporte Lugt dans son Supplément de 1956.
Le collectionneur, archéologue et marchand Ludwig Pollak a tenu un journal de 1886 à 1934, écrit en allemand gothique et conservé au Museo Barracco de Rome. Il a probablement poursuivi ce journal après 1934, mais nous ignorons où ce manuscrit peut actuellement se trouver. En revanche, son autobiographie manuscrite de 1940 est, elle, parfaitement préservée au Museo Barracco de Rome. Sur la base de ces documents, Margarete Merkel Guldan a publié une étude importante en 1988 (voir bibliographie).
Frits Lugt a rendu visite à Pollak à Rome le 31 mars 1928, mais le journal du collectionneur pragois ne nous renseigne pas davantage sur le déroulement de cette rencontre. Seule, la remarque de Lugt sur les dessins hollandais de la collection, selon lui de moindre importance, nous est déjà connue par sa notice de 1956. Beaucoup d’autres personnalités comptent parmi ses visiteurs : les collectionneurs de dessins Adolf von Beckerath (L.2504), le prince Philipp von Hessen (voir sous L.4345), Paul I Sachs de Boston (L.2091), les historiens Franc Jewett Mather de Princeton, Oskar Pollak de Prague, Herman Egger de Graz, Toesca de Rome et Juynboll de Leyde, le directeur du musée Thorvaldsen Oppermann ou l’artiste Otto Greiner enfin.
La collection de dessins commence dès les années pragoises, quand Pollak se promenait avec ses amis de jeunesse, Edgar Taussig et Emil Spiegel, et achetait des estampes et des dessins anciens et modernes (Merkel Guldan 1988, pp. 232-236). D’après son journal, c’est à partir de 1906 seulement qu’il commença à enrichir sa collection de façon plus sérieuse et systématique. Il relate par exemple qu’il vient de recevoir en cadeau du duc Johann Albrecht von Mecklenburg un exemplaire de l’estampe de Lucas de Leyde, Ecce homo, décrit comme « ein prächtiges Blatt ». Pollak fit par ailleurs connaissance avec le comte Stoganoff dont il admirait la collection de dessins. Lors de la vente de cette collection, il acheta un beau dessin de Hans Bol, mais aussi plusieurs estampes. Il fit également plusieurs achats chez des marchands comme Castagnari, Dolcetti, Innocenti, Augusto Jandolo, Kempner, Montalba, Rocchi, Simonetti et Vangeli. Les peintres Biagetti et Luzzietti à Rome, Beltrami à Milan, Stefanoni à Bergame et Bruscoli à Florence comptent par ailleurs parmi ses principales sources d'acquisition. Son journal révèle en outre le nom des artistes auxquels les dessins sont attribués, ceux des Écoles italienne et hollandaise notamment, les Cats, Cornelius, Dono Doni, Delacroix, Dupérac, van Goyen, Guardi, Guercino, Longhi, Michelangelo, Nadorp, Perino del Vaga, Peruzzi, Pordenone, Rubens, Ruysdael, Vernet ou Zuccaro. En 1912, Pollak note l’achat d'un grand carton, peut-être de Domenichino et provenant des collections du marquis Capponi et du prince Torlonia. Il en reparle en 1926 après avoir découvert que ce carton correspondait à la fresque de Domenichino dans la chapelle Bandini de l’église S. Silvestro au Quirinal. Le dessin se trouve aujourd’hui à Rome, dans la collection du Cabinet municipal des estampes du Palazzo Braschi (S. Tozzi et F. Fiorani, ‘Il disegno preparatorio per uno degli affreschi del Domenichino in San Silvestro al Quirinale’, Bollettino dei Musei comunali di Roma, 1997, no 11). Au fil du temps, Pollak s'affirme de plus en plus comme collectionneur de dessins de maîtres, notamment pour les XVIIe, XVIIe et XIXe siècles.
En dépit de l'avertissement d’une rafle SS imminente dans son quartier de Rome, annoncée par des amis, Pollak refusa la voiture qui devait le conduire en toute sécurité au Vatican. Après le 18 octobre 1943, date de sa déportation et de celle de sa famille, sa trace se perd et nous ignorons où et à quelle date précisément, Pollak et les siens ont été assassinés par les nazis.
Après la mort du collectionneur, ses dessins ont été vendus, soit par des marchands à Rome, soit aux enchères à New York, mais ce pan de l’histoire de la collection Pollak demeure encore dans l'ombre. Les éléments qui suivent, pour incomplets qu'ils soient, représentent néanmoins l'état actuel de nos connaissances. La National Gallery of Canada a acheté en 1949 deux dessins de la collection Pollak chez V.L. Veneziano à Rome (inv. 5731. Voir correspondance de Kathleen Fenwick 1954, archives Fondation Custodia, ainsi que A.E. Popham et K.M. Fenwick, European Drawings in the Collection of the National Gallery of Canada, Toronto 1965, no 36 comme attribué à Paolo Veronese, et no 90 comme Carlo Maratta). Pour d’autres ventes, les noms du Dr. Gino Tedeschi et d’Alfonso Fiorentini († vers 1955) ont été suggérés. Ce dernier, un des amis de Pollak, a vendu de nombreux dessins au collectionneur suisse, Wolfhard Bürgi (1901-1989), voir L.3400. Quant à Tedeschi, il a, lui, vendu en 1965 trois dessins à Stuart Denenberg, qui font aujourd’hui partie de la collection du Fogg Art Museum de l’université de Harvard à Cambridge. Ce musée possède en tout neuf dessins portant le cachet de Pollak, entrés entre 1960 et 1999. Un des dessins avec deux putti, recto et verso, décrit comme de l’École italienne du XIXe siècle (inv. 1982.105), porte en haut à gauche une des fausses marques d’Egisto Rossi, L.4090 ou L.4091. Six dessins avec le cachet de Pollak se trouvaient dans la collection de Kurt Rossacher et sont aujourd’hui au musée de Salzbourg. Une de ces feuilles porte également le cachet non identifié L.1222a, ainsi que trois autres passées sur le marché de l’art : vente 1974, 25 et 26 juin, Londres, Christie's, no 331 comme G.A. Sirani ; vente 1975, 8 juillet, Londres, Christie's, no 170 comme G.D. Ferretti ; vente 1996, 3 juillet, Londres, Phillips, no 92 comme École bolonaise fin XVIIe siècle, ce dessin porte aussi le cachet d’Alessandro Maggiori avec la date 1807 (L.3005b) ; vente 2001, 23 novembre, Paris, Tajan, no 90 comme Michel II Corneille ; vente 2013, 12 décembre, Gonnelli Casa d’Aste, n° 53 comme Sebastiano Conca. 
Nous ignorons le lieu d'acquisition de deux autres dessins portant le cachet de Pollak, conservés dans les musées suivants : Amsterdam, Rijksmuseum, Rijksprentencabinet (inv. RP-T-1955-116 comme Cherubino Alberti, Six projets de lunettes avec anges. Voir L.C.J. Frerichs, Italiaanse tekeningen II, de 15de en 16de eeuw, Amsterdam 1981, no 168), et Varsovie, Bibliothèque universitaire, Cabinet des estampes (inv. G.R. 3432 comme Girolamo Mirola, Mercurius. Voir Varsovie 2007 : Between Theory and Practice. 16th Century Italian Drawings from the Print Room Collection in the University of Warsaw Library, cat. de J. Wojciechowski éd., Varsovie, Muzeum Sztuki w Łodzi, 2007, no 113. Le même dessin porte le cachet non identifié L.4064).
L’antiquaire de Rome, C.E. Rappaport, aurait acheté la partie de la collection Pollak en rapport avec Goethe (archives Fondation Custodia), mais nous ignorons où elle se trouve actuellement.

BIBLIOGRAPHIE
M. Merkel Guldan, Die Tagebücher von Ludwig Pollak. Kennerschaft und Kunsthandel in Rome 1893-1934, Vienne 1988.
Rome 2018-2019 : Ludwig Pollak. Archeologo e mercante d’arte. Praga 1868-Auschwitz 1943. Gli anni d’oro del collezionismo internazionale da Giovanni Barracco a Sigmund Freud, cat. sous la direction  d’O. Rossini, Rome, Museo di Scultura Antica Giovanni Barraco et Museo Ebraico di Roma, 2018.
S. Prosperi Valenti Rodinò, ‘Il mercato della grafica: librai-antiquari, collezionisti-amateurs e curatori di musei’, dans A. Bacchi et G. Capitelli (dir.), capitale e crocevia. il mercato dell’arte nella roma sabauda, Cinisello Balsamo, Milan 2020, pp. 73-93, à la p. 81 et 82, fig. 4 (ill. de la marque).


Date de mise en ligne : juillet 2014 ; dernière mise à jour : mars 2022.


Frits Lugt, Les Marques de Collections de Dessins & d’Estampes | Fondation Custodia