numéro
L.838b
intitulé de la collection
Delacroix, Eugène (fausse marque)
technique marque estampée, encre
couleur rouge
localisation recto
dimension 6 x 9 mm (h x l)
3 renvois  
  • 1956
  • depuis 2010
Eug. DELACROIX, Paris.
 
Une erreur de classement de clichés nous a fait reproduire, dans notre volume principal, sous le L.838, au lieu du timbre original de la vente d'atelier de Delacroix, son imitation, dite timbre d'Andrieu. Il s'agit du peintre Pierre Andrieu (1821-1892), l'élève et le fidèle collaborateur d'Eug. Delacroix qui lui avait légué notamment ses dessins originaux pour le Salon de la Paix, à l'Hôtel de Ville (œuvre détruite), plus 15.000 fr., plus encore des esquisses de la chapelle à l'église St. Sulpice, un lion couché, etc. Andrieu conserva toute sa vie cet héritage ; il acquit de plus, à la vente de Delacroix, nombre d'autres esquisses de son maître. Après sa mort, ses héritiers, vraisemblablement de bonne foi, firent faire le nouveau cachet (notre ancien L.838) qui fut alors apposé sur des dessins d'Andrieu, pris à tort pour des Delacroix, et sur de vrais Delacroix, mêlés aux Andrieu.
La vente de l'atelier Andrieu eut lieu à Paris, les 6-7 mai 1892 (le décès était du 30 janvier) mais le catalogue, assez succinct, ne paraît mentionner que des peintures ; il n'est spécifié aucun dessin de Delacroix, ni d'Andrieu, à moins qu'ils ne soient mêlés aux peintures.
Pour éviter toute erreur, nous reproduisons ci-contre d'abord le faux timbre, dit d'Andrieu, en lui conservant son ancien L.838, puis sous le nouveau L.838a le véritable timbre de la vente Delacroix même.
En comparant les deux, on constatera les différences principales suivantes. Dans le vrai (L.838a), le jambage du D touche le haut de la boucle alors que, dans le faux (L.838), ce même jambage n'atteint pas la boucle, laissant un blanc d'un demi millimètre environ. Dans le vrai encore, dans le D, la gauche de la boucle du haut dépasse, très légèrement, la gauche de la boucle du bas, alors qu'elle reste un peu en dedans dans le faux. Dans le vrai, dans le D, la petite boucle du bas, à gauche, est bien arrondie, elle est au contraire aplatie dans le faux. Dans le vrai, les deux petites boucles de l'E se terminent en lignes presque droites, verticalement, alors que dans le faux ces terminaisons de boucles sont nettement arrondies. Dans leur aspect général signalons encore : lorsqu'il est bien imprimé, le bon timbre offre des déliés et des pleins franchement exprimés, les impressions du faux sont toujours maigres. Et, surtout, le bon cachet est imprimé en général en vermillon bien clair, le faux en rouge bistré. Nous avons plus haut expliqué la présence du faux timbre (L.838) sur des Andrieu et sur de vrais Delacroix. - Signalons de plus qu'on rencontre le vrai sur des dessins d'autres maîtres (vu notamment sur un Géricault certain et sur des calques de Robaut). Sans doute de telles feuilles, peut-être même d'Andrieu, étaient mêlées à des originaux de Delacroix, dans les cartons de celui-ci, et furent estampillées en même temps qu'eux pour sa vente : ces embûches n'effraieront pas le véritable connaisseur qui sera heureux au contraire d'en triompher, en s'en remettant à son flair, à son œil.
Enfin, au L.838b, nous reproduisons une seconde imitation du timbre original, que l'on rencontre assez souvent sur des dessins de l'animalier Paul Jouve, né à Marlotte, 1880, l'illustrateur bien connu du Livre de la Jungle de Rudyard Kipling (Le Livre contemporain, Paris 1918), apposé par un anonyme entre 1910 et 1920. Différences essentielles avec le vrai : dans la lettre E, le trait horizontal du milieu, entre les deux boucles, arrive à l'aplomb de la droite de ces boucles ; dans le vrai, au contraire, il reste nettement en dedans de cet aplomb. Et encore, la boucle du bas du D est généralement bouchée et toute plate.

EUGÈNE DELACROIX (Charenton-Saint-Maurice 1798-Paris 1863), peintre, Paris. Faux cachet.

Le cachet L.838b est rouge sombre, de la même couleur que le L.838, mais le fût du D est plus droit, et la boucle inférieure, totalement aplatie, est souvent bouchée d’encre. La boucle supérieure de la lettre E en est fréquemment maculée.
La plupart des dessins animaliers qui portent ce cachet sont aujourd’hui principalement attribués à Edme Saint-Marcel (1819-1890), à Auguste Lançon (1836-1887), à Rosa Bonheur (1822-1899) et à Paul Jouve (1878-1973).
Frits Lugt, mieux informé qu’il ne l’avouait en 1956, précisait que cette marque se rencontre « assez souvent sur des dessins de l’animalier Paul Jouve (1878-1973) ». Il avait consigné dans ses notes que l’auteur de cette marque était le « père du peintre animalier Jouve » (archives de la Fondation Custodia), donc très probablement Auguste Jouve (1846-1927), un artiste formé à l’École des Beaux-Arts de Lyon. Lugt tenait cette information de l’expert parisien Gaston Delestre qui, en 1955, lui avait envoyé un calque de la fausse marque relevée sur un dessin de Jouve, accompagnée d’une note confidentielle désignant le père de Jouve comme celui qui aurait apposé ce cachet en 1914.Ce calque, dont est issue la reproduction donnée en 1956, est semblable aux cachets rencontrés sur nombre de dessins animaliers. Dans une autre de ses notes, Lugt écrit : « Delacroix - Faux cachet dans la collection Masson. Les dessins de St Marcel lui sont faussement donnés/ et du faussaire Jouve » (archives de la Fondation Custodia).
Un collectionneur passionné de Delacroix, Louis de Launay (1860-1938), a consigné tout ses achats sur des fiches et a également tenu un Journal où il relaté de nombreux détails sur ses acquisitions d’œuvres de l’artiste. Ces fiches et ce Journal nous ont aimablement été communiqués par Arlette Sérullaz qui a eu accès à ces documents, conservés en mains privées. Dans son Journal, en effet, Louis de Launay mentionne en 1907 qu’un « autre timbre faux existait chez Gosselin et chez Matthias en 1900 » et se trouvait appliqué sur des dessins sans rapport avec Delacroix, « des bêtes de Lançon et aussi, paraît-il d’un nommé Jouve ». En mars 1911, il note : « Jouve, le père du dessin[ateur] animalier auquel on attribue les faux lions, tigres, etc. etc. de Delacroix écoulés par Mathias de la rue de Châteaudun ». Enfin, une fiche de Launay concernant un dessin acheté chez Vuillier en 1896 et représentant le Damné de gauche de la Barque de Dante, porte la mention « authenticité douteuse : rappelle les animaux de Jouve vendus pour des Delacroix ».
Les informations de Lugt concordent donc avec celles de Louis de Launay et impliquent le père de l’artiste animalier Paul Jouve dans une entreprise de faux Delacroix. Autre coïncidence, Paul Jouve était domicilié au 54, rue de Seine, où avait habité Pierre Andrieu alors que Vuillier tenait son commerce au 53… Il est dès lors tentant de tenir Auguste Jouve pour l’auteur de cette imitation du cachet de Delacroix sans pouvoir néanmoins préciser son rôle exact auprès des marchands Vuillier, Mathias et Gosselin, et sans pouvoir dire exactement dans quelles conditions ce cachet s’est trouvé apposé sur des dessins de Lançon, Saint-Marcel ou de Paul Jouve, pour citer les plus reconnaissables d’entre eux.
Quoi qu’il en soit, il reste parfois difficile de déterminer si l’on se trouve face à la marque L.838 altérée ou L.838b.
Enfin on gardera en mémoire que les marques L.838a, le cachet authentique de la vente posthume, et la marque L.3956, une imitation rencontrée une seule fois à ce jour, sont plus faciles à reconnaître et qu’il existe encore d’autres imitations du cachet ED de la vente posthume que nous n’illustrons pas faute de bonnes reproductions.

BIBLIOGRAPHIE
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A. Sérullaz, ‘Louis de Launay. Homme de science et amateur d’art’, Bulletin de la Société des Amis du musée national Eugène Delacroix, n° 8, 2010, pp. 53-64.
L. Lhinares, ‘Le cachet d’atelier d’Eugène Delacroix, et ses imitations’, Bulletin de la Société des Amis du musée national Eugène Delacroix, n° 9, 2011, pp. 2-11.


Date de mise en ligne : février 2012.


Frits Lugt, Les Marques de Collections de Dessins & d’Estampes | Fondation Custodia