numéro
L.1085
intitulé de la collection
Glomy, Jean-Baptiste
technique marque estampée, cachet sec
couleur
localisation recto
dimension 2.5 x 14.5 mm (h x l)
1 renvoi  
  • 1921
  • 1956
  • depuis 2010
J. B. GLOMY (2e moitié du XVIIIe siècle), expert, monteur et encadreur, Paris. Sur les montures faites par lui.
 
Jean-Baptiste Glomy était un expert très occupé à Paris, le rival de cet autre expert Pierre Remy, plus occupé encore, dans la notice duquel on trouvera, au L.2173, une anecdote sur Glomy. Il fut d'abord associé avec Helle, marchand d'estampes et de dessins, géographe et conseiller de plusieurs amateurs célèbres dont il arrangea les collections. À eux deux ils publièrent en 1751 le premier catalogue des eaux-fortes de Rembrandt, basé sur le manuscrit laissé par Gersaint. C'était un ouvrage des plus sérieux. Bien qu'après cette même année on voit encore Helle et Glomy diriger ensemble des ventes (e. a. Potier 1757, Bailly 1766 et 1767), il ressort du Journal des ouvrages de Glomy (manuscrit que nous possédons) qu'il commença à travailler pour son propre compte à partir du 1r juin 1753. La spécialité de Glomy était l'encadrement et la monture des dessins et estampes. Il avait inventé un nouvel arrangement artistique, qui consistait à tracer des filets peints et dorés à l'envers du verre. Ce genre eut tant de succès qu'on lui donna le nom de son inventeur ; on disait glomiser ou églomiser un dessin, une estampe, c'est-à-dire l'encadrer sous verre à la façon de Glomy. Le mot entra dans l'argot des marchands, se naturalisa chez les amateurs et fut même appliqué, à la description des verres peints et dorés à l'envers, du Moyen Age et de la Renaissance, malgré l'origine bien plus récente du mot. Les Italiens donnèrent même à ce terme une tournure quasi-archaïque en l'écrivant « agglomizzato ». - Glomy se qualifiait dessinateur, « au coin des rues de Bourbon et S. Claude ». En effet on trouve de lui des paysages à la plume et à l'aquarelle, et même des eaux-fortes (e. a. son ex-libris). Mais sa plume et son pinceau s'exercèrent de préférence pour les montures. Les plus grands amateurs de son époque lui confièrent leurs dessins. Tel le duc de Tallard dont la vente retentissante eut lieu sous la direction de Remy et Glomy en 1756. Le duc figure souvent dans le Journal déjà cité, en compagnie d'autres collectionneurs et artistes connus, comme François Boucher (le peintre), Paignon-Dijonval, Silvestre ( « maître à dessiner du Roy »), Babault, Brochant, Coucicault, Mme la Dauphine, l'avocat Potier, le fermier-général Grimod de la Reinière, Coustou ( « le jeune architecte »), le banquier Eberts, Nau, Huquier fils, l'abbé de Saint-Non, le chevalier Damery, Randon de Boisset, le marquis de Marigny, les artistes Baudouin et Cochin, etc. Les revenus pour chaque année variaient entre 1000 et 2000 livres. Le Journal ne cite pas de noms pour les années 1762 à 1769, et indique que de cette dernière année à 1780, Glomy ne travaille que pour les amateurs Buldet, Isabey et Lièvre. À partir de 1780 Glomy jouit d'une rente viagère de 1200 livres qui lui est payée par M. Servat. Son Journal finit en 1786 d'une main trahissant de plus en plus l'âge, et il est à présumer qu'il mourut en cette année, dans son petit appartement chez le menuisier Catelin, « faubourg St Denis vis à vis les petittes Ecuries du Roy ». - Sa disparition coïncide avec la fin de l'ère brillante des grandes ventes parisiennes. Glomy n'avait pas cessé de diriger de temps en temps de ces ventes d'œuvres d'art. Une des plus curieuses fut celle, le 17 janvier 1780, du Cabinet Picard, où figuraient des objets de haute curiosité qui ne devaient être appréciés que quelques générations plus tard. Autres ventes importantes organisées par lui : Babault 24 janvier 1763, Roussel 13 mars 1769, Brochant 7 mars 1774 et Lainé 27 février 1776. Il ne manque pas, dans la rédaction de ses catalogues, d'introduire ses commentaires et remarques, « quelques réflexions » dit-il, « pour égayer un peu la sécheresse dont un catalogue de vente est nécessairement susceptible ». Glomy, s'inspirant sans doute du sérieux de son devancier Gersaint, écrivit ces notices dans un style moins emphatique que celui de son confrère Remy. Lebrun, qui aura dans la suite la direction des principales ventes, le pria d'arranger et de disposer les cartons de Lesueur (vente 26 janvier 1778). - Le comte Thibaudeau, dans le Trésor de la Curiosité de Ch. Blanc, pp. C-CV, fait mention détaillée d'un exemplaire du catalogue de la célèbre vente Conti, 1777, copieusement pourvu d'annotations intéressantes qu'il attribue à Glomy.
J. B. GLOMY , Paris.
 
L'encadreur et monteur de dessins Luttringer, qui travaillait à Paris vers 1910-1935, possédait sur Glomy divers documents, dont son testament, qui lui avaient été donnés par son client E. Rodrigues (L.897). Dans ce testament Glomy léguait des dessins à divers amis. On a perdu trace de cet acte et l'on ne peut vérifier s'il s'agissait de dessins par lui-même, ou par d'autres artistes dont il aurait peut-être réuni un ensemble plus ou moins important.
JEAN-BAPTISTE GLOMY (1711-Paris 1786), marchand-mercier, monteur et expert. Sur les montures faites par lui.
 
Nous apportons quelques remarques et précisions à la notice publiée par Lugt en 1921 et à son supplément en 1956.
En 1957, un article de Paul Guth dans la revue Connaissance des Arts, relatif à la décoration du verre, « l'églomisation », connue dans l'Antiquité et remise en vogue à l'époque romantique, nous apprend que Glomy est mort en 1786 et que Me Guillaumon [sic], commissaire-priseur, a vendu ses collections la même année.
Dans un article publié en 2003, François Marandet révèle que Jean-Baptiste Glomy est le fils d'un maçon d'Auxerre, et qu'il a commencé son apprentissage en 1729 à l'âge de dix-huit ans avec le marchand-mercier Pierre Henry Taumiet ; il en déduit que c'est certainement dans ce contexte de marchands-merciers que Glomy a été introduit auprès du célèbre marchand Gersaint. Rappelons que Glomy publiera, avec l'expert Pierre Helle, le Catalogue des livres, tableaux, estampes et desseins de feu M. Gersaint (Paris 1750) à la demande de Mme Gersaint. Marandet cite également l'inventaire des biens après décès de Glomy, daté du 5 juillet 1786, conservé aux Archives nationales (Paris, AN, MC, Ét. LXXXVI, liasse 847). Sur cet inventaire, il est précisé que le testament et le codicille de feu Jean-Baptiste Glomy en date des 4 février 1784 et 22 avril 1785, insinués au Chatelet de Paris, sont déposés chez Maître Delamotte, notaire à Paris. Il est également noté que Glomy est décédé « le 23 mai dernier [1786] ».
En 2007, Patrick Michel, dans son livre sur le commerce d'art à Paris, cite lui aussi cet inventaire ainsi que le « Procès-verbal de la vente après décès de J.-B. Glomy, 1786 » (Paris, Bibl. INHA-coll. Doucet, Ms 119). Il indique que « la vente de ses biens produisit une somme modeste, 1.704 livres 11  sols » et que « les rares objets de valeur inventoriés à son domicile de la rue du faubourg Saint-Denis consistaient en quelques dessins de Boucher et de Van Loo, un tableau de Kalf et quelques lots de dessins et d'estampes ». Il précise que cette vente, dirigée par Maître Claude François Guilleaumon, huissier commissaire-priseur au Châtelet, se déroula au domicile du défunt rue du faubourg Saint-Denis pour les objets meublants, et à l'hôtel Bullion pour la dispersion des objets d'art, sans donner de date exacte.
Le manuscrit relié de Jean-Baptiste Glomy, intitulé Le Journal des ouvrages, cité par Lugt dans le volume de 1921, est aujourd'hui conservé à Paris, à la Fondation Custodia (Collection Frits Lugt, inv. 9578). Ce précieux manuscrit donnant le détail du commerce de Glomy, expert, vendeur et monteur de dessins et d'estampes, est décrit dans l'inventaire des biens de 1786 comme un « registre couvert de parchemin » où « feu sieur Glomy inscrivait les différents ouvrages qu'il faisait comme marchand d'estampes et de desseins, et tenait d'autres notes relatives à ses affaires ».
Glomy a rendu à la mode les « dessins ajustés », c'est-à-dire des dessins contrecollés avec un lavis ou des filets d'or. Lugt en 1921 donnait une bonne définition de cette technique qui prit le nom de son inventeur. Paul Combes, dans son article paru en 1907, 'Glomy, Glomiser', remarque, comme Lugt, que le mot 'églomisé' a depuis été détourné de son sens primitif : « Cette transformation de sens est assez curieuse, et il est amusant de voir appliquer le nom d'un encadreur français du XVIIIe siècle à des objets italiens du XVe siècle ! » (Archives de la Société française des collectionneurs d'ex-libris, Paris, 1907, p. 115).
Dans un « Avis aux Amateurs de dessins et estampes » paru dans le Mercure de France en avril 1777, Glomy met fin à la rumeur selon laquelle il aurait « abandonné son travail de coller & ajuster les dessins & estampes avec soin & propreté » ; il précise sa nouvelle adresse, « rue Basse-Villeneuve, Porte St Denis », et rappelle, outre son talent, son aptitude à restaurer des dessins et à placer au bas des dessins des inscriptions en caractères romains.
Son travail d'encadrement n'a pas toujours été apprécié ; ainsi le marchand F. Guichardot, dans la préface du catalogue de la vente F. van den Zande réalisée en 1855 (mais signée F.H.), dénonce les pratique de Glomy : « Le sieur Glomy avait la vogue en ce genre : il coupait impitoyablement les estampes sur le trait de la composition pour les assujettir à cette convenance, et nous déplorons les mutilations qu'il a fait subir aux belles pièces qui ont passé par ses mains. Cela s'appelle encore églomiser parmi les iconophiles. »
Le nom de Glomy apparaît, dans les catalogues de ventes, non seulement comme expert mais aussi comme acheteur, principalement de dessins et de quelques tableaux, ainsi notamment aux ventes suivantes : vente Crozat (10 avril 1741 et jours suivants, expert Mariette), vente Antoine de La Roque (avril 1745, expert Gersaint), vente Cottin (27 novembre 1752 et jours suivants, experts Helle et Glomy), vente Coypel (avril 1753, expert Mariette), vente Tallard (22 mars 1756 et jours suivants, expert Remy), vente Potier (28 février 1757 et jours suivants, experts Glomy et Helle).
Sur les montages qu'il réalise, Jean-Baptiste Glomy appose un cachet sec avec son nom en toutes lettres ou bien un cachet avec son initiale G, dont  nous proposons aujourd'hui la bonne reproduction (L.1119).
On se reportera avec profit à la bibliographie pour obtenir d'autres détails sur Jean-Baptiste Glomy.
 
BIBLIOGRAPHIE
P. Combes, 'Glomy, Glomiser', Archives de la société française des collectionneurs d'ex-libris, 1907, pp. 113-114.
P. Guth, 'Toute la vérité sur le verre « églomisé »', Connaissance des Arts, n° 66, août 1957, pp. 28-33.
R. Eswarin, 'Terminology of verre églomisé', Journal of Glass Studies, The Corning Museum of Glass, New York, vol. 21, 1979, pp. 98-101.
K. Pomian, Collectionneurs, amateurs et curieux, Paris, Venise : XVIe-XVIIIe siècles, Paris  1987, p. 176.
C. James et al., Old Master Prints and Drawings. A guide to preservation and conservation, Amsterdam 1997, pp. 23-24.
C. Bailey, 'Early Appreciation of Watteau Drawings', dans Watteau and his world. French drawings from 1700 to 1750, New York 1999, pp. 78-79.
F. Marandet, 'Pierre Remy (1715-97): The Parisian art market in the mid-eighteenth century', Apollo, août 2003, pp. 32-42.
P. Michel, Le Commerce du tableau à Paris dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, Villeneuve d'Ascq 2007, pp. 222-223.
 
 
 
Date de mise en ligne : mai 2011.

Frits Lugt, Les Marques de Collections de Dessins & d’Estampes | Fondation Custodia