numéro
L.1087
intitulé de la collection
Goethe, Johann Wolfgang von
technique marque estampée
couleur
localisation recto
dimension 7 x 18 mm (h x l)
  • 1921
  • 1956
J. W. GOETHE (1749-1832), Weimar. Estampes et dessins
 
Johann Wolfgang von Goethe, le grand écrivain allemand, avait dès son jeune âge, éclairé par son père, véritable amateur lui aussi, manifesté un grand amour pour les arts. - Il assista aux ventes à Francfort ; à Leipzig, où il étudiait sous Oeser, l'histoire de l'art le captiva et il commença à graver lui-même. Un séjour subsidiaire à Strasbourg lui procura ensuite, pour l'histoire de l'art, les excellents conseils de Herder. L'art des Pays-Bas l'avait toujours le plus profondément impressionné et il ressentait une vive admiration pour Rembrandt. Lorsqu'il se sentit enfin suffisamment mûri pour un voyage en Italie et qu'il eut passé deux ans dans ce pays (1786-1788), il en revint imbu de l'influence des antiques et des italiens de la Renaissance qui se sont inspirés de l'art classique. Cette influence domina dorénavant son goût, mais ne le rendit point exclusif. Au contraire, vers 1815 Goethe fait preuve de sa compréhension de l'art primitif allemand, art dont ses rapports avec le grand collectionneur Boisserée lui permirent de jouir largement. Boisserée nous dépeint la manière discrète dont Goethe contemplait les œuvres d'art : il ne disait rien et parlait seulement quand il s'était profondément rendu compte de ce qu'il voyait et quand il se sentait maître absolu des impressions subies. Il regardait tant comme érudit que comme poète. Son intérêt pour l'art allemand rappelle celui qu'il avait déjà témoigné en 1780, à Weimar, en y étudiant l'œuvre gravé de Dürer dans la collection de son ami, le duc Karl August. Son activité de collectionneur date de son arrivée dans cette ville (1775) ; elle se développa sensiblement à la suite de son voyage d'Italie. Son goût universel embrasse aussi bien la peinture que la sculpture et les arts industriels ; il collectionne tableaux, dessins, estampes, sculptures, gemmes, médailles, vases antiques, faïences italiennes et autres objets d'art, ainsi que des curiosités d'histoire naturelle. Pendant tout le reste de sa vie on le voit en rapports intimes avec d'autres collectionneurs de son temps, faisant des achats et des échanges, correspondant avec les importants marchands, comme par exemple Weigel, donnant des commissions pour des ventes publiques dans différentes villes. Nombre de ses écrits reflètent son intérêt pour les arts, surtout la gravure et le dessin, et font preuve de ses connaissances. C'est ainsi qu'il dirige des périodiques artistiques (Die Propylaën vers 1800 et Kunst und Altertum vers 1820), dans lesquels il expose ses théories ; dans ce travail il trouve vers 1790 un collaborateur dévoué dans Heinrich Meyer (1759-1832). Suisse de naissance, peintre médiocre mais excellent historien d'art. Une amitié intime naquit entre les deux hommes. Goethe appelle son modeste compagnon son « lexique vivant » et le traite en conservateur de ses collections. - Les dessins ont toujours exercé un grand attrait sur Goethe ; il les collectionnait avec ardeur, et parmi les différentes allusions qu'il y fait nous rappelerons seulement ce passage de son étude sur le Collectionneur (Der Sammler und die Seinigen 1799) : « Verdienstvolle Skizzen grosser Meister, diese bezaubernde Hieroglyphen, führen den echten Liebhaber nach, und nach an die Schwelle der gesammten Kunst, von der er, sobald er nur einen Blick vorwärts gethan, nicht wieder zuruckkehren wird. » Dans les dessins qu'il recueillit, l'école allemande aux environs de l'année 1500 (Peter Vischer, Hopfer, Altdorfer, Kulmbach) est bien représentée, puis les dessinateurs de vitraux suisses, l'école italienne (dont beaucoup de dessins d'ornements) et l'école hollandaise. De cette dernière il possédait beaucoup de paysages, plusieurs dessins de Rembrandt et de Rubens. Enfin quelques dessins français du XVIIIe siècle et des contemporains comme Chodowiecki, Oeser, Hackert, Tischbein, Kauffmann, Kobell. Bien que, dans les estampes, le sujet primât l'intérêt artistique, il sut bien discerner la qualité d'impression et les états, et s'assura ainsi nombre de très belles épreuves, e. a. la Mort de la Vierge de Schongauer, quantité de gravures sur bois, des feuilles de Dürer, Cranach et Altdorfer. Quant aux italiens, dont il possédait 1000 feuilles environ, il avait une grande admiration pour Mantegna, et recherchait aussi ardemment Marc-Antoine. Les graveurs postérieurs de l'Italie jusqu'à Piranesi et Toschi suivirent. Parmi les graveurs hollandais, Everdingen était son maître préféré, puis vinrent les estampes d'après Rubens ; Suyderhoef l'intéressa beaucoup et il rechercha particulièrement Jan Luyken et Romein de Hooghe. En français surtout Callot, Claude Gellée et Bourdon. En 1848 parut à Iéna un catalogue des collections de Goethe, par Chr. Schuchardt, mais l'ouvrage qu'on consultera avec le plus d'intérêt est celui du docteur Hermann Brandt, Goethe und die graphischen Künste, 1913. Voir aussi Schuette, Das Goethe National Museum in Weimar, 1910. Par testament de Walter von Goethe, petit-fils du poète, toutes les collections échurent à l'état de Weimar et ornent depuis 1886 le Musée Goethe de cette ville, où toutes les feuilles qui ne proviennent pas directement de la collection de Goethe sont conservées à part.
La marque ci-contre paraît avoir été apposée par Goethe lui-même sur un certain nombre de ses dessins ; ses estampes restèrent sans marque. Lors de l'installation du musée, toutes les feuilles ont été marquées d'un nouveau cachet (voir L.1088).
 
J. W. GOETHE , Weimar.
 
Citons encore les publications suivantes : Anton Mayer et Wolfgang von Oettingen, Zwanzig Zeichnungen alter Meister aus Goethes Sammlung, Weimar 1914 ; Arnold Federmann, Goethe als bildender Künstler, Stuttgart 1932 ; Willi Drost, Goethe als Zeichner, Potsdam 1932 ; Julius Leisching, Goethe und die bildende Kunst, Salzburg 1932 ; Richard Benz, Goethe und die romantische Kunst, Munich 1941 ; Ludwig Münz, Goethes Zeichnungen und Radierungen, Vienne 1949 ; Carl Zigrosser, 'Goethe as a print collector', dans Magazine of Art, XLIII, 1950, pp. 100-105 et 111.
 

Frits Lugt, Les Marques de Collections de Dessins & d’Estampes | Fondation Custodia