numéro
L.1376a
intitulé de la collection
Stinnes, Heinrich
technique marque estampée, encre
couleur rouge, violet
localisation recto, verso
dimension 16 x 11.5 mm (h x l)
3 renvois  
  • 1956
  • depuis 2010
Dr. H. STINNES († 1932), « Regierungsrat », Cologne. Estampes modernes.
 
Le docteur Heinrich Stinnes, frère de Hugo, commença par collectionner des estampes allemandes du dernier quart du siècle passé, mais acheta bientôt aussi de l'art graphique moderne d'artistes étrangers. Sa collection était, déjà avant la première guerre mondiale, une des meilleures et plus riches de l'Allemagne. Il rechercha surtout des premières épreuves et posséda en tout environ 200.000 feuilles parmi lesquelles brillaient des états rares de C. Pissarro, K. Kollwitz et E. Munch. En 1911 cet amateur passionné acquit, de la collection A. W. Heymel (voir notre article L.2861b), toutes les feuilles de Toulouse-Lautrec, riche série qui comprenait les plus rares et qu'il compléta encore la rendant unique. Très intéressé dans l'art moderne, Stinnes exerça une influence stimulante sur beaucoup de peintres-graveurs allemands ; il en connut plusieurs personnellement. Le collectionneur annotait ses meilleures pièces ou y mettait sa signature. Voir pour une autre marque employée plus tard, notre L.1376d et pour le cachet apposé par la maison Klipstein sur ses estampes de Liebermann notre L.2373a. Sa belle bibliothèque fut vendue à Berlin chez R. Puppel en deux parties, la première les 25-27 mai 1936 (voir ci-dessous), la seconde les 7-9 avril 1938 (2203 nos).
 
VENTES
I. 1932, 10-11 novembre, Leipzig (chez C. G. Boerner). Estampes et livres illustrés des XIXe et XXe siècles, 1224 nos. De Lautrec les lithos en couleurs firent des prix autour de 1500 M., et son « l'Entraîneur et son Jockey », lithographie non publiée, 1200 M.
 
II. 1936, 25-27 mai, Berlin (chez Hollstein & Puppel). Très belle bibliothèque de livres sur l'art, livres illustrés, suites d'estampes modernes, dessins et estampes. 1726 nos. Quelques prix de dessins : Gauguin, Etude de têtes 75 M. ; Liebermann, Autoportrait 1923, 160 M. Dans les estampes : Foujita, Femme nue 61 M. ; W. Leibl, Tante Jeanne 86 M. ; Millet, Le Paysan rentrant du fumier 120 M., Le Départ pour le travail 575 M. ; Zorn, La Baigneuse 210 M.
 
III. 1936, 10-11 novembre, Berlin (même direction). Estampes modernes e. a. de Rops, Toulouse-Lautrec, Munch et Corinth. 1332 nos.
 
IV. 1937, 8-9 décembre, Berlin (chez R. Puppel). Vente composée. Estampes et dessins anciens et modernes. La partie Stinnes se composait de 63 nos d'estampes de Toulouse-Lautrec.
 
V. 1938, 19-20 mai, Berlin (même direction). Estampes modernes e. a. de Rops, Klinger, Seymour Haden, Corinth. 1006 Nos.
 
VI. 1938, 20-22 juin, Berne (chez Gutekunst & Klipstein). Estampes et dessins, la plupart d'artistes expressionnistes allemands. 1341 Nos. Quelques prix : P. Cézanne, Les Baigneurs 460 M. ; J. B. C. Corot, Une famille à Terracine 500 M. ; E. Delacroix, Un forgeron 510 M. ; P. Gauguin, Manao Tupapau 580 M. ; W. Kandinsky, Capriccio 510 M. ; E. Kirchner, Paysannes 500 M. Aquarelles de Klee, prix variant de 450 à 700 M. Dessins de F. Marc : Stella Peregrina 1650 M., Deux chevaux bleus 1550 M., Chevaux couchés dans une prairie (bois) 470 M. ; Ch. Meryon, le Petit Pont 1300 M., La Morgue 1900 M. ; E. Munch, La femme - la Sphynxe 630 M., Madone 560 M. Dessins de Picasso : Femme nue couchée 500 M., Tête de femme 410 M., Le Bain (estampe) 900 M.
 

HEINRICH STINNES (Mülheim an der Ruhr 1867-Cologne 1932), « Regierungsrat », Cologne. Estampes et dessins modernes.

Heinrich Stinnes, fils de Hermann Hugo Stinnes (1842-1887) et d'Adeline Stinnes, née Coupienne (1844-1925), et frère de l’industriel influent, Hugo Stinnes (1870-1924), a étudié le droit à l’université de Heidelberg. En 1900, il épouse Margarethe Leonhard avec qui il a un fils l’année suivante. En 1905, il est nommé « Regierungsrat » (conseiller d’État) auprès de l’administration régionale de Cologne. Au cours des années 20, Heinrich Stinnes devient membre de la Kunstverein de la ville, comme d’ailleurs de la Verein der Freunde der Nationalgalerie Berlin. Du fait d'une maladie chronique, il est contraint d'abandonner prématurément sa carrière. Il se consacre alors à des projets sociaux, ainsi qu'à la collection de livres et d'arts graphiques qu’il avait commencée avant la Première Guerre mondiale.
Le marchand d’art néerlandais J.H. de Bois (voir L.733), qui fréquentait Stinnes avant 1914 surtout et le comptait parmi ses clients, décrit le docteur Stinnes comme un homme distant, sûr de lui et équilibré, alors que c'était paradoxalement l'un des collectionneurs de dessins et d'estampes les plus passionnés qu’il ait jamais rencontré. Stinnes étant un homme très occupé par ses fonctions quand il était encore actif professionnellement, c’est le soir et la nuit essentiellement qu’il se consacrait à sa collection : « Il a dû dormir aussi peu que rire. » Toujours selon le marchand néerlandais, Stinnes aurait voulu léguer sa collection d’estampes à la ville de Cologne, mais son souhait ne s’est jamais réalisé en raison d'imprévus financiers et du fait de son décès, survenu avant la régularisation du legs (voir De Bois 1933 et Heijbroek et Wouthuysen 1993).
Heinrich Stinnes a également collectionné des dessins (vente 1992, 7 juillet, Londres, Christie’s, no 83, comme Adriaen van Ostade ; vente 2013, 29 novembre, Berlin, Bassenge, no 6318 comme Chodowiecki, et no 6417 comme Johann Georg Dillis ; un dessin de Moritz von Schwind, Washington, National Gallery of Art, provenant de la collection Ratjen, inv. 2007.111.40). Il possédait notamment un bel ensemble de Käthe Kollwitz, dont une partie est passée dans la collection d’Ingeborg Tremmel. Après le décès de cette dernière en 2003, les feuilles furent vendues par Ketterer Kunst à Munich (vente 2003, 5-6 mai, Munich, Ketterer Kunst, Auktion 282, Sammlung Tremmel). La marque apparaît plutôt au verso des dessins qu'au recto.
Dans son Supplément, Lugt donne la liste de plusieurs ventes de la collection d’Heinrich Stinnes, après décès, entre 1932 et 1938. Nous la complétons par la mention de la vente de sa bibliothèque, du 7 au 9 avril 1938, en signalant qu'à cette date, la collection n'avait pas été vendue en totalité. Le régime nazi ayant en effet étiqueté une grande partie des œuvres rassemblées par Stinnes sous la rubrique d'art dégénéré, celles-ci devenaient de fait invendables (voir Fehlmann 2011). Des estampes de Liebermann furent cédées en bloc au début de la guerre à la maison Klipstein de Berne (voir L.2373a). Ce qui demeurait dans la famille a été dispersé après la Seconde Guerre mondiale, à Stuttgart notamment à partir de 1949 (par Roman Norbert Ketterer), puis à Munich (par Wolfgang Ketterer), non seulement lors d’une vente aux enchères en 1973, en ce qui concerne ce dernier, mais aussi par catalogue, comme ce fut le cas en 1972 (Félicien Rops. Lagerkatalog 78).
La marque reproduite ci-contre a été envoyée à Lugt par Kornfeld en 1952. Nous l’avons également repérée au verso d’un dessin de Johann Georg Dillis (vente 2013, 29 novembre, Berlin, Bassenge, no 6417). Elle est légèrement plus grande que ce que n'indique la reproduction publiée par Lugt (16 x 11,5 mm).
Il en existe deux variantes. Une première, dont la traverse de l’initiale ‘t’ dépasse le ‘S’, et qui mesure environ 13 x 10 mm (voir L.4436). Une deuxième variante présente l’initiale H en réserve (voir L.4437).
Nous ignorons le statut de ces marques. Le collectionneur a-t-il utilisé plusieurs tampons, ou bien de nouvelles marques ont-elles été créées à l'occasion des différentes ventes ?

VENTES
1938, 7-9 avril, Berlin, (chez Reinhold Puppel). Bibiliothek Dr. Heinrich Stinnes †, Köln. II. Teil. Kunstliteratur… 2 203 nos.
1949, 25 novembre, Stuttgart, Stuttgarter Kunstkabinett (Roman Norbert Ketterer), Auktion 7, Gemälde und Graphik des 19. Und 20. Jahrhunderts, (lots isolés, sans mention de provenance mais le propriétaire no 4 pourrait être Stinnes).
1950, 10-12 mai, Stuttgart, Stuttgarter Kunstkabinett (Roman Norbert Ketterer), Auktion 8. 1 972 lots au total (on relève, en provenance de la collection Stinnes : des estampes de Kollwitz, Marc, Much, Rodin et Zorn, ainsi qu’un dessin de Kollwitz).
1950, 18-20 octobre, Stuttgart, Stuttgarter Kunstkabinett (Roman Norbert Ketterer), Auktion 9. 2 624 lots au total (on relève, en provenance de la collection Stinnes : des estampes de Klee, Munch et Zorn).
1950, 29 novembre, Stuttgart, Stuttgarter Kunstkabinett (Roman Norbert Ketterer), Auktion 10. 252 lots au total (on relève, en provenance de la collection Stinnes : des estampes de Cassatt, Corinth, Corot, Daumier, Guillaumin, Hodler, Klee, Legros, Manet, Meunier, Millet, Munch, Stauffer-Bern, Thoma, Zorn, ainsi qu’un dessin de Burkart et de Klee).
1951, 7-9 novembre, Stuttgart, Stuttgarter Kunstkabinett (Roman Norbert Ketterer), Auktion 14. 2 085 lots au total (on relève, en provenance de la collection Stinnes : des estampes de Corot, Daubigny, Daumier, Delacroix, J. Israels, Klinger, Meryon, Stauffer-Bern, Steinlen, Thaulow, Kollwitz, Munch, Seewald, Slevogt, Zorn, ainsi que des dessins de : Corot, Courbet, Fohr, Kuelh, Lessing, Von Rhoden, Richer, Kolbe, Kubin, Nolde, Oppler, Seewald, Westermeyer).
1952, 27-30 mai, Stuttgart, Stuttgarter Kunstkabinett (Roman Norbert Ketterer), Auktion 15. 2 582 lots au total (on relève, en provenance de la collection Stinnes : des estampes de Daubigny, Daumier, Guillaumin, Herkomer, J. Israels, L. Graf Lakreuth, Klinger, Koepping, Manet, Meryon, Rodin, Stauffer-Bern, Thoma, Toulouse-Lautrec, Edzard, W. Geiger, Goldschmitt, Kuhnert, ainsi que des dessins de : Doré, De Peerdt, Pissaro, L. Richter, W. Geiger, Lichtenberger, Liebermann).
1955, 24-26 mai, Stuttgart, Stuttgarter Kunstkabinett (Roman Norbert Ketterer), Auktion 21. 2 157 lots au total (on relève, en provenance de la collection Stinnes : des estampes de Brangwyn, Von Kalkreuth, Klinger, Beckmann, Foujita, Grosz, Wolf, ainsi que des dessins de : Reuter, Von Dillis, Grützner, Pissarro, Puvis de Chavannes, Von Ramberg, Rethel, Vautier, Maillol, Wolf).
1955, 29 novembre-1er décembre, Stuttgart, Stuttgarter Kunstkabinett (Roman Norbert Ketterer), Auktion 22. 2 078 lots au total (on relève, en provenance de la collection Stinnes : des estampes de Guillaumin, Redon, Thoma, Beckmann, Heckel, Kokoschka, Kubin, Liebermann, Maillol, Marc, Mueller, Munch, Orlich, Schmidt-Rottluff, ainsi que des dessins de : Grosz, Heckel, Kubin, Röhricht).
1973, 28-30 mai, Munich, galerie Wolfgang Ketterer, Auktion 9. 2 793 lots au total (on relève, en provenance de la collection Stinnes : des estampes de Brangwyn, Haden, Pennell, Raffet, Whistler, Latenay, Rath, Gleichmann, Van Heemskerck, Hayter, Hofer, Klemm, Knake, Laage, Schwimmbeck, Nienhold, Schmidbauer, Spiro, ainsi que des dessins de : Feuerbach, Schnorr von Carolsfeld, Schrödter, Von Schwindt, A. Weber, Kubin et Stuckenberg).

BIBLIOGRAPHIE
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Die Zeit, 5 janvier 1950, ‘Bildnis eines Sammlers’ (archives en ligne : http://www.zeit.de/1950/01/bildnis-eines-sammlers, consulté le 27 novembre 2013).
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J.F. Heijbroek, E.L. Wouthuysen, Kunst, kennis en commercie. De kunsthandelaar J.H. de Bois (1878-1946), Amsterdam et Anvers 1993, pp. 54-59.
A. Meyer, In guter Gesellschaft. Der Verein der Freunde der Nationalgalerie Berlin von 1929 bis heute, Bonn 1998, pp. 236-237.
A. von dem Knesebeck, Käthe Kollwitz. Werkverzeichnis der Graphik. Neubearbeitung des Verzeichnisses von August Klipstein, publiziert 1955, Bern 2002, p. 46.
J. Kallir, Egon Schiele. The Complete Works, New York 1998, p. 686.
M. Fehlman, ‘Eberhard W. Kornfeld und der Kunsthandel in Bern‘, Berner Zeitschrift für Geschichte, 73, 3, 2011, pp. 3-43 (pp. 9-10 sur Stinnes).
Artemis Fine Arts & C.G. Boerner, James Ensor. A Collection of Prints, presented for sale by Artemis Fine Arts & C.G. Boerner, cat. par E. Gillis avec la collaboration de P. Florizoone, New York, Paris, Düsseldorf, Londres 2002, p. 222.
B.-M. Domberg et K. Rathje, Die Stinnes – Vom Rhein in die Welt. Geschichte einer Unternehmerfamilie, Vienne 2009.
U. Wolff-Thomsen et S. Kuhrau, dir., Geschmacksgeschichte(n). Öffentliches und privates Kunstsammeln in Deutschland 1871-1933, Kiel 2011, pp. 59-61.


Date de mise en ligne : janvier 2014 ; dernière mise à jour : juillet 2016.


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