numéro
L.1494a
intitulé de la collection
Masson, Jean
technique marque estampée, encre
couleur noir
localisation recto
dimension 4 x 4 mm (h x l)
2 renvois  
  • 1956
J. MASSON (1856-1933), industriel à Amiens et Paris. Dessins, estampes et livres.
 
Jean Masson fut une figure bien pittoresque, riche en qualités, ... et en défauts. Il naquit à Amiens et y fit ses études au Collège des Jésuites, en même temps qu'un frère aîné, qui mourut jeune. Leur père y avait fondé, vers 1836, une fabrique de tissus spéciaux pour costumes de congrégations religieuses, et plus tard, quand Jean Masson, amateur né, s'occupa de l'affaire paternelle, cette clientèle spéciale, avec ses ramifications, ou par ses recommandations, lui ouvrit les portes de vieilles bibliothèques de couvents et autres maisons religieuses, parfois aussi d'anciennes familles, rigoureusement fermées à tant d'autres. De belles occasions d'achats se présentèrent en incunables, rares livres d'heures, manuscrits, et notre collectionneur n'était pas homme à les laisser échapper. Il acquit ainsi des unités séparées, des lots plus ou moins importants, même des bibliothèques entières ; il gardait le meilleur et revendait le reste. D'abord, jeune homme encore, il commença par collectionner des livres et documents divers sur sa province natale, la Picardie. Puis vinrent les livres, surtout des XVe et XVIe siècles, à figures sur bois, et premières impressions françaises et étrangères. De vieux Amiénois, qui connurent la famille Masson, racontaient que le futur connaisseur devait ses premiers encouragements dans la bibliophilie à Terpsichore, personnifiée par une jeune girl de music-hall anglais en tournée à Paris, où il la rencontra. Il suivit sa muse à Londres. Cette jeune personne était, hasard providentiel, la nièce d'un des principaux employés des libraires Maggs. Jean Masson fréquenta l'oncle, qui l'initia aux incunables, au cours d'un séjour de deux années. Aux livres s'ajoutèrent les estampes, elles aussi surtout des XVe et XVIe siècles, placards, xylographies, clairs-obscurs. Enfin les dessins anciens de toutes écoles et époques, de genre et d'ornement. A vrai dire, son affaire de tissus n'intéressait guère Jean Masson qui se passionnait au contraire pour sa chasse aux livres, estampes et dessins. Dans ses nombreux déplacements d'affaires, en France et à l'étranger, et des voyages faits spécialement, s'il le fallait, il ne cessait de chercher, de fouiller partout, dans l'espoir de quelque découverte. De ses nombreuses trouvailles il citait avec le plus de gloire celle d'un de ses Fragonard (n° 78 de sa vente I), découvert à la devanture d'un brocanteur de Rouen, pour 60 francs. Et aussi les copieux lots de dessins qu'il choisissait chez des marchands d'Amsterdam, surtout van Gogh, et pour lesquels il obtenait des prix de bloc, très doux. Sa passion de collectionneur lui faisait peu à peu négliger davantage ses tissus ; il s'en remettait du soin de faire marcher son commerce à deux employés de confiance, l'un à Amiens, l'autre à Paris. La guerre de 1914-1918, pendant laquelle il fut mobilisé comme commandant dans un régiment territorial, aggrava la situation et à la fin, la maison périclitait vraiment, faute de capitaux liquides. Ses deux employés en trouvèrent et les lui offrirent, à la condition de devenir ses associés. Jean Masson accepta, avec une satisfaction aussi profonde que cachée ; il allait pouvoir se consacrer presque uniquement à ses collections. Ses prêts à de nombreuses expositions, notamment celle de la Gravure sur Bois, Paris, Ecole des Beaux-Arts, mai 1902 (il écrivit, avec A. Claudin, la notice de la première partie « Le Bois Ancien »), celle des Primitifs Français, Paris, Bibliothèque Nationale, avril - juillet 1904 (il était membre du comité d'organisation pour la section peintures et dessins), la deuxième Exposition de la Société de la Gravure sur bois originale, Paris, Pavillon de Marsan, janvier - février 1922 (presque tous les nos de la « Partie Rétrospective » lui appartenaient : estampes 254 nos, livres 51 nos), ses ventes publiques, et le Cabinet Jean Masson, à l'Ecole des Beaux-Arts, dont nous parlerons plus loin, montrent que l'ensemble comptait parmi les plus riches réunis à son époque. Un fascicule spécial des Reproductions de Dessins de Maîtres (Paris 1921), avec texte et préface de Jean-Louis Vaudoyer, lui rend hommage. Malgré leur richesse, ces collections furent formées au meilleur marché possible, en grande partie grâce aux profits que notre amateur tirait d'une « brocante » continuelle qui s'étendait, au-delà de ses domaines familiers, à tous les genres de la curiosité : antiquités, meubles, sculptures, tableaux, etc. D'abord très homme du monde, Jean Masson était devenu petit à petit brocanteur dans l'âme, aimant passionnément dénicher, acheter, revendre, à lui seul quand il était en fonds, en association avec des antiquaires ou libraires, quand il en manquait. Et il était souvent à court d'argent, voire endetté, engageant toutes sortes de dépenses sans s'occuper de son encaisse, ce qui n'alla pas sans de nombreux procès qu'il conduisait avec grand sang-froid. C'est alors qu'il pensait à nouveau à son affaire de tissus, pour lui emprunter. Ses partenaires habituels, surtout les libraires Leclerc, et Randon (plus tard son neveu et successeur Besombes) à Paris, Mensing à Amsterdam, le savaient très malin en affaires et généralement oublieux de verser sa quote-part. Mais ils passaient sur ses travers, sans doute en considération de ses qualités de dénicheur et de la valeur de ses avis. Car pour les livres et manuscrits, ses connaissances étaient solides, alors que pour les estampes et les dessins, son goût, son œil étaient ses principaux guides.
Dans la force de l'âge, Jean Masson était un homme de belle allure, toujours la pipe à la bouche, quelque peu comédien dans la parole et les attitudes, peut-être reflet de sa camaraderie avec Paul Mounet de la Comédie-Française, accordant facilement son vocabulaire et ses gestes à la qualité de l'interlocuteur. A volonté aimable et distingué, ou beaucoup moins amène, suivant qu'il le voyait meilleur pour enlever une affaire ou se débarrasser d'un créancier impatient. Sur sa manière de traiter ses amis d'affaires on raconte foule d'anecdotes savoureuses. Son goût s'étendait aux bons repas généreusement arrosés, il aimait le bruit et l'animation des cafés à l'heure de l'apéritif ; à Paris, il fréquentait surtout « Les Deux Magots », en face de l'église St. Germain-des-Prés. Bien que célibataire, il restait toujours sensible à la grâce féminine, jusqu'à ce qu'il tombât sous une tutelle sévère par son mariage tardif avec une ancienne liaison. Les conséquences de cette aventure compliquèrent grandement la vie du collectionneur. Sa femme vit avec dépit les trésors artistiques de son mari prendre un chemin opposé à ses propres intérêts. Aussi essaya-t-elle, à deux reprises, de diminuer cette perte. La première : profitant d'un voyage de son mari, elle présenta à son bureau d'affaires, rue St. Sulpice, un faux télégramme qu'elle prétendait avoir reçu de lui, ordonnant le transport de tous les cartons, en fait tous les dessins, à une adresse donnée. Mais l'entourage de Jean Masson était sur le qui-vive ; la tricherie fut éventée et n'eut aucune suite. La seconde : elle pénétra de nuit dans le même bureau, accompagnée d'un porteur, et enleva trois cartons d'italiens qu'on retrouva quelques jours plus tard, après des péripéties amusantes mais trop longues à raconter, chez un expéditeur, en caisse toute prête pour l'envoi en Amérique. La robuste santé de notre amateur, minée par ces démêlés conjugaux, s'altéra dans ses dernières années ; il mourut d'une crise d'angine de poitrine, au cours d'un voyage à Aix-en-Provence, ville qu'il aimait et fréquentait beaucoup, à l'âge de 77 ans. Son corps fut peu après ramené à Amiens, dans le caveau de famille.
Jean Masson avait gardé à Amiens la demeure paternelle, un hôtel ancien 46-48 rue Victor-Hugo, où toutes ses collections furent d'abord conservées. Mais il vivait surtout à Paris, recevant et travaillant à son bureau 38 rue St. Sulpice. Il y fit venir peu à peu ses dessins, carton par carton, pour en faire les fiches (toutes aujourd'hui à l'école des Beaux-Arts), avec l'aide de L. Huteau dont on relève le nom sur les catalogues de plusieurs des ventes anonymes. Une fois ses collections bien classées et inventoriées, l'amateur pensa à leur avenir. Il décida d'en réaliser, en ventes publiques, la partie qu'il jugeait la moins rare, les dessins du XVIIIe et des estampes (pas les xylographies ni clairs-obscurs), pour restaurer ses finances comme toujours en difficulté, et de faire don de tout le reste à l'Etat Français, la partie picarde allant à la ville d'Amiens. Ce geste de grand seigneur répara beaucoup des originalités passées du donateur. On a dit à Amiens que cette ville aurait pu obtenir de lui toutes ses collections, avec son hôtel familial, pour en faire un musée Masson. Il ne demandait que la rosette d'officier de la Légion d'Honneur (il était déjà chevalier), que la municipalité ne put ou ne voulut lui faire obtenir. Il ne l'obtint pas davantage à Paris, à son très profond regret, malgré son beau geste. Son acte de donation est du 21 février 1925. Il spécifiait que les collections devaient rester ensemble et à part, sans être mêlées à d'autres fonds, et que le donateur en serait le conservateur sa vie durant. C'est à l'Ecole des Beaux-Arts, à Paris, que ces conditions purent être satisfaites, et l'installation du Cabinet Masson, telle qu'on la voit encore aujourd'hui, commença. En attendant qu'elle fut achevée, tout resta encore quelque temps chez l'amateur. Mais les deux alertes, causées par Madame Masson, le décidèrent enfin à livrer ses collections à l'Ecole des Beaux-Arts. La ville d'Amiens n'entra en possession de sa part qu'en 1941. Elle ne comportait que des livres, 2000 environ. Après son décès sa veuve attaqua la donation en justice. Elle fut déboutée. C'est ainsi que le Cabinet Masson subsista définitivement, la veuve conservant ce qui restait au décès chez le collectionneur, dessins peu importants et livres de travail, mais surtout une collection personnelle de miniatures du XVIIIe siècle, formée par Jean Masson pour elle et, à ce qu'il paraît, importante. Mme veuve Masson décéda en janvier 1953, et ce qu'elle possédait encore alors fut dispersé dans notre vente n° IX ; les miniatures n'y figuraient pas.
Plusieurs expositions ont fait connaître un nombre restreint des pièces du Cabinet Masson : dessins, enluminures, manuscrits, livres illustrés, xylographies. Les expositions organisées du vivant du donateur le furent par lui-même ; c'est lui qui en rédigea les notices, dont nous donnons ci-dessous la liste bien complète (sauf mention contraire, les expositions eurent lieu à l'Ecole des Beaux-Arts) : Art français du XIIe au XVIIe siècle, première exposition, mai 1927, 368 nos. - Art flamand (Paris), Bibl. Nat., juillet 1930, 360 nos, voir l'article de G. Bazin dans l'Art et les Artistes, 1929-30, pp. 37-46, fig. et pl. - Dessins français du XVIIe siècle (Paris), Fédération Française des Artistes, janv. - févr. 1931, 95 nos, pl. - Art allemand des XVe et XVIe siècles févr. 1933, 195 nos. - Idem, 2e partie, mai - juin 1933, 198 nos. - Art italien des XVe et XVIe siècles (les dessins, mss. enluminés et xylographies, principalement de la coll. Masson), 1935, 273 nos, pl. - Art français ancien XIIe - XVIIe siècle, dess. en majeure partie de la donation J. Masson, 1936, 316 nos. - Art italien des XVIIe et XVIIIe siècles (comme ci-dessus), 1937, 255 nos, pl. - Art flamand des XVe, XVIe. XVIIe siècles (comme ci-dessus), 1947, 228 nos, pl. - L'Art graphique au Moyen Age. Dessins, mss. enluminés, estampes et incunables, 1953, 150 nos, pl. (beaucoup de pièces de la coll. Masson). - Rembrandt et son temps. Dessins et eaux-fortes, mai - juin 1955, 178 nos, pl. (idem). - Il est curieux que l'Exposition d'Art français des XVIIe et XVIIIe siècles, de 1933 (206 nos, pl.) n'ait compris aucune pièce du Cabinet Masson.
L'Inventaire qui suit, dressé à l'entrée de la donation à l'Ecole par P. Jolis, bibliothécaire-adjoint, qui s'occupa de l'installation du Cabinet Masson, donnera une idée plus complète de l'importance de cet ensemble encore trop peu connu.
Dessins divers. Ecole allemande, 261 et 4 recueils. - Ecole espagnole, 50. - Ecole flamande, 412 et 2 recueils. - Ecole française, XIIe - XVIe siècle, 226 et 2 recueils ; XVIIe siècle 479 et 13 recueils. - Ecole hollandaise, 693 et 2 recueils (ces dessins figurent dans notre catalogue des dessins hollandais de l'Ecole des Beaux-Arts, 1950, avec ceux des autres fonds). - Ecole italienne, 680 et 4 recueils. - Ecoles diverses, 25. - Dessins d'ornements. Ecoles allemande, suisse et espagnole 119. - Ecoles flamande et hollandaise, 38. - Ecole française, XVIe et XVIIe siècles, 401 et 6 recueils ; XVIIIe siècle, 1003 et 8 recueils. - Ecole italienne, 206 et 6 recueils. - Divers, 111. - Estampes (surtout xylographies et clairs-obscurs) : allemandes, 447, - flamandes et hollandaises, 77, - françaises, 241, - italiennes, 199, - diverses, 20, - recueils, 18. - Manuscrits et enluminures du XIIe au XVIIIe siècle, volumes 124 ; ff. séparées 184 et 5 coffres du XVe avec leur image de garde. - Livres, principalement des XVe et XVIe siècles, environ 2900 (catalogue des impressions parisiennes en cours de rédaction par l'érudit spécialiste Dom Beyssac). - Après ce premier inventaire, quelques pièces et livres furent encore ajoutés par le donateur.
Sur cette collection voir encore les articles de : P. Lavallée (sur les mss. et dessins français) dans La Revue de l'Art, oct. 1927, pp. 163-171, fig. ; du même (pour les dessins) et de V. Leroquais (pour les mss.), dans Les Trésors des Bibliothèques de France, T. II, 1929, pp. 85-97, fig., même volume, pp. 73-74, un article signé R.C. ; et enfin H. de Morant, dans le Bulletin de la Société des Antiquaires de Picardie, 1941, 4e trimestre, pp. 167-169.
La marque de Jean Masson n'est entrée en usage qu'à l'occasion de ses trois ventes nos I, II et III. Elle ne figure pas sur les feuilles des cinq autres ventes, anonymes, exception faite pour quelques pièces rachetées dans les trois premières. Elle figure par contre sur toutes les feuilles données à l'Ecole des Beaux-Arts, même sur les livres, accompagnée de celle de cet institut.
 
VENTES :
I. 1923, 7-8 mai, Paris (experts J. Féral, M. Paulme et B. Lasquin). Aquarelles et dessins français du XVIIIe siècle. Catalogue abondamment illustré. Boucher, de 5000 à 8000 fr. ; les deux dessins attribués à Chardin 15.000 fr. ; Delafosse, Portrait d'enfant 12.500 fr. ; Fragonard, L'Enfant au chat 16.000 fr., Troupeau de moutons 23.700 fr., Restes d'un théâtre 11.500 fr., et (en réalité H. Robert) Vue d'un temple 15.000 fr. ; Freudeberg, Le Matin 10.000 fr. ; Gravelot, Illustration pour « La Prude » 5050 fr. ; J. B. Huet, Hercule et Omphale 11.000 fr. ; Michelle, Deux vues de la Nerwa, chacune 5900 fr. ; Moreau le jeune, Portrait d'homme 3000 fr. ; Oudry, Retour de la meute 14.550 fr. ; J. Pillement, Deux pendants 8000 fr. ; H. Robert, Repos des soldats 6000 fr. et Déballage de tableaux 7500 fr. ; G. de Saint-Aubin, Portrait de de Machy 8200 fr., Quatre scènes mythologiques 22.800 fr., La Naïade de Houdon 14.600 fr., Portrait de femme 3400 fr. ; St. Quentin, Les petits jardiniers 4020 fr. ; L. Trinquesse, La lettre 4300 fr., et La liseuse 4900 fr. ; C. van Loo, Portrait de femme 3400 fr. ; N. Vleughels, Deux feuilles d'étude 13.800 fr. - Produit 631.600 fr.
 
II. 1923, 6 décembre, Paris (mêmes experts). Aquarelles et dessins école française XVIIIe siècle, 163 nos. Surtout des petits maîtres. Surprise avec une feuille de l'un d'eux, Norblain de la Gourdaine « Le Charlatan de la Place des Victoires » adjugé 7000 fr. pour David-Weill qui avait donné commission illimitée, en lutte avec Fauchier-Magnan qui la voulait pour le Petit Palais. Le même amateur acheta 3400 fr. un Swebach-Desfontaines « Arrivée au Louvre des trésors d'art de la Grande Armée », pour le donner au Louvre. Ce musée acheta directement, seulement 380 fr., un F. A. Vincent, Portrait du père Ruffin, théatin, avec au verso deux croquis de parties de la chambre de Henri IV au Louvre. Bon prix, 6000 fr., pour une Feuille de 6 études de têtes, par J. B. Leprince, et même prix pour C. Suhr, La Visite pendant la toilette. Deux pendants, par Pillement : La Musique, la Pêche, 7500 fr. ; deux autres, du même : Les Petites bergères, Les Jeunes paysans, 5000 fr. Cinq feuilles de Dugourc, pour l'illustration des Amours de Psyché et de Cupidon, de La Fontaine, 6550 fr. Deux pendants, par J. B. M. Pierre, l'Eté, l'Hiver, 4600 fr. Puis : Boucher, Lazare et le mauvais riche, 3200 fr. ; attr. à Chardin, Portrait présumé de l'artiste, 2900 fr., Freudeberg, Le Cabaret suisse, 2700 fr. ; Greuze, l'Enfant au bourrelet, 3000 fr. ; Ollivier, Pierrot et Pierrette, 3100 fr. ; 5 nos d'Oudry, dont Combat de chiens et de loups, 2700 fr. (les autres 2000 à 280 fr.) ; H. Robert, Ruines du palais de Cavarollo, 3000 fr. Les 6 nos de Prud'hon furent retirés de la vente. - Produit 156.210 fr.
 
III. 1924, 20 mars, Paris (mêmes experts). Aquarelles et dessins école française XVIIIe siècle, 144 nos. Comme la vente précédente, surtout des petits maîtres. Dans les feuilles de noms plus grands, l'une, donnée à Pater, Feuilles d'études, trois soldats et un paysan, obtint 7450 fr. à L. Godefroy qui s'aperçut bientôt qu'elle était une copie d'après le Watteau conservé à l'Ecole des Beaux-Arts, à Paris, et la rendit. De J. B. Huet, Portrait présumé de Madame Saint-Huberty, 8500 fr., et du même, Tête de jeune paysanne, 1000 fr. ; Boucher, Nymphes et amours, 2000 fr., et Deux amours au miroir, 1800 fr. ; C. N. Cochin fils, Sujet allégorique pour l'Histoire de Louis XV par médailles, 1800 fr. ; Fragonard, Etude de feuillage 2300 fr., une sanguine (étude d'Italie) 900 fr. ; Gillot, Les Musiciens, gravé par Caylus, seulement 600 fr. Prix modestes aussi pour deux beaux Natoire, paysages, 500 et 450 fr., et pour deux Natures mortes d'Oudry, ensemble 1250 fr. De Lancret et Robert seulement des contre-épreuves de sanguines, et de Trinquesse, Jeune femme sur une terrasse, 1350 fr., Le Souvenir, 1450 fr. Dans les noms plus modestes, enchères relativement élevées pour deux sanguines du Brugeois J. A. Garemijn, Joueur de luth et Joueur de vielle, 3900 et 4800 fr. ; une aquarelle de Rowlandson, 3300 fr. ; un Ch. Eschard, Ruines, 1000 fr. ; un A. W. Töpffer, Paysage boisé avec figures, 1950 fr., et Dugourc, Henri IV et Gabrielle d'Estrées 1005 fr. Une vue de parc avec laveuses, anonyme, 3100 fr. - Produit 97.480 fr.
 
IV. 1924, 8 novembre, Paris (expert Max Bine). « Collection de Monsieur X ». Dessins anciens et modernes, 114 nos. En général feuilles peu importantes, les plus fortes enchères pour N. Muys, Scène illustrant « l'Amitié », 2300 fr. ; F. Boucher, Académie d'homme, sanguine, 2000 fr. ; Fragonard, Palais en Italie, contre-épreuve d'une sanguine, 1800 fr. ; et Goya, Maure combattant un taureau, 1620 fr. Puis : Corot, album de croquis, 600 fr., Delacroix, 10 nos dont un album de croquis, 1300 fr. ; Ecole Allemande XVIe siècle, Evêque assis 1150 fr. ; J. Gamelin, Offrande à Junon 1350 fr. ; Nicolle, Pont dans les environs de Rome, 1480 fr. ; Oudry, 4 nos dont Bataille de hérons, 1400 fr. ; Saint-Quentin, Berger et bergère, 1600 fr. - Produit environ 38.700 fr.
 
V. 1926, 29 avril, Paris (experts A. Besombes et L. Huteau). Dessins pour l'illustration d'ouvrages du XVIIIe siècle « provenant de la collection d'un amateur ». 149 nos. Très bel ensemble qui montre que J. Masson, bien que ne collectionnant lui-même que les livres plus anciens, n'ignorait pas ceux du XVIIIe siècle. Beaucoup des meilleurs vignettistes de cette époque étaient représentés, avec quelques-uns seulement du début du XIXe siècle moins estimés. D'après Boucher, 2 sujets des Cris de Paris, 1520 et 1550 fr., et 2 des œuvres de Molière (1734), 1460 et 1820 fr. ; Casanova, frontispice des Géorgiques de Virgile (1770), 1580 fr. Série de 9 nos de C. N. Cochin fils, dont La Fontaine écrivant, et « Le Juge de Mesle », 2 vignettes, ens. 8500 fr. ; Denon, 4 portraits médaillons d'hommes, 335 à 95 fr. ; B. A. Dunker, 4 nos, 450 à 100 fr. ; Ch. Eisen, 11 nos dont l'un, les 3 vignettes des œuvres d'Ovide (1762), 6100 fr. De Fragonard « Eruption de Monte Nuovo » cul-de-lampe du Saint-Non II, p. 222, 1500 fr. Neuf nos de Gravelot, dont la figure pour « King Richard III » de Shakespeare 2850 fr. et Le Maréchal, 2900 fr. ; Janinet, feuille de sujets pour boutons, 1000 fr. ; N. Lejeune ; J. B. Leprince ; Marillier ; J. B. Massé ; Ch. Percier, Portrait de Senefelder, 1250 fr. ; S. F. Ravenet, 27 illustrations 5900 fr. ; A. de Saint-Aubin, 4 culs-de-lampe, G. de Saint-Aubin, 5 nos, dont « Etude pour l'Apothéose de Romulus » dans l'Abrégé de l'histoire romaine, de 1789, 5500 fr. ; C. Vernet. Et de Watteau, le dessin à la sanguine de la pl. 320 des Figures de différents caractères, 5125 fr. - Produit 97.285 fr.
 
VI. 1926, 16-17 novembre, Lucerne (direction H. Gilhofer et H. Ranschburg, assistés de L. Godefroy et L. Huteau, de Paris). « Le Cabinet d'estampes d'un amateur », 629 nos. Vente importante d'estampes des XVe - XVIIIe siècles. Prix en francs suisses : Baldini, La Sibylle Samia, 1875 fr. ; Dürer, Le Christ en croix, 3312,50 fr., La Grande fortune 4000 fr., Le Chevalier de la mort 4250 fr., Les Armoiries à la tête de mort 6750 fr. ; Lucas de Leyde, Abraham et les trois anges 2500 fr., Maximilien 7750 fr. ; Filippo Lippi, Le Christ en croix, 3500 fr. ; Mantegna, La Bacchanale avec Silène 6250 fr., et Hercule et Antée 3250 fr. ; Israël van Meckenen, La Présentation de la Vierge, 3125 fr., et L'Adoration des mages 3500 fr. ; Rembrandt, Le Triomphe de Mardochée 2750 fr., La Descente de croix 2500 fr., St. Jérôme 5875 fr. ; C. Robetta, L'Adoration des mages 2437,50 fr. ; M. Schongauer, L'Ange Gabriel 2000 fr., et Le Christ à la croix 5250 fr. ; du Monogrammiste IE, Le Sauveur bénissant 5375 fr., et Les Douze apôtres 1250 fr.
 
VII. 1926, 18 novembre, Paris (expert A. Besombes). Dessins de maîtres anciens. Monuments, sites, portraits, événements d'intérêt historique provenant de la « collection d'un amateur ». 132 nos. Enchères en général très modestes ; citons seulement A. P. Mongin, Vue du Château de Versailles, 1520 fr. et Norblin de la Gourdaine, 5 nos de vues de Varsovie, 800 à 520 fr.
 
VIII. 1927, 23 novembre, Paris (experts L. Godefroy et L. Huteau). Aquarelles et dessins du XVIIIe siècle, 125 nos. Bon ensemble avec prix principal de 5850 fr. pour la Vue du port et de Parsenal de Brest, par L. F. Cassas, dont le portrait, par Denon, fut acheté pour 2500 fr. par le Louvre. Garemijn, deux contre-épreuves de sanguines, musiciens, ens. 4300 fr. Un beau Deshays, Faune endormi sur le sol, 2400 fr. Deux paysages, pendants, par Houel, ens. 2800 fr. ; P. Lacour, Vue de Rome, 2000 fr. De Hubert Robert, 2 contre-épreuves de sanguines, Ruines romaines et Palais à arcades, ens. 2100 fr. ; C. J. Vernet, deux dessins, 1850 fr., et le Voyageur au fer à cheval, 2200 fr. Citons encore : L. L. Boilly, Portrait d'homme âgé, 1520 fr. ; Bouchardon, le Veau d'Or, 1400 fr. ; Durameau, Jeune homme à l'épée, 1800 fr. ; trois nos de Fragonard, sanguines, études d'Italie, 1620, 1250 et 650 fr. ; cinq nos d'Oudry, dont l'un, 4 dessins d'animaux, 1700 fr., et de P. Parrocel, Etudes de mains et tête d'enfant, 1550 fr. - Produit 91.470 fr.
 
IX. 1953, 9 juin, Paris (experts M. Rousseau et J. Mathey). « Après décès de Mme Vve, M... ». Pas de catalogue, seulement une carte postale-notice. Estampes anciennes du XVIe au XVIIIe siècle des diverses écoles, affiches, ornements, portraits, scènes historiques, sujets religieux, estampes sur le tabac (J. Masson était grand fumeur de pipe), thèses, vues, documents. Puis dessins, en général peu importants, par F. Boucher, Dauzats, F. Gaillard, Grandville, J. P. Lebas, Lélu, Leoni, H. Monnier, Oudry, Pierre, Hubert Robert, Riedinger, Trinquesse, A. Watteau, Watteau de Lille, et des dessins d'ornement et d'architecture. - Produit 596.180 fr.
 

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