numéro
L.1855
intitulé de la collection
Bibliothèque nationale de France, Estampes et Photographie, collection M. de Marolles
technique marque estampée, encre
couleur noir
localisation recto
dimension 3 x 7 mm (h x l)
  • 1921
  • 1956
  • depuis 2010
Michel de MAROLLES (1600-1681), Abbé de Villeloin, Paris. Estampes et dessins.
 
L'abbé Michel de Marolles est un des plus remarquables amateurs d'estampes de l'histoire. La richesse de son cabinet était fabuleuse.
Natif de la Touraine, fils de l'officier intrépide Claude de Marolles († 1633) et d'Agathe de Castillon († 1630), Michel de Marolles fut pourvu dès 1609 de l'abbaye de Baugerais et nommé en 1626 abbé commendataire de celle de Villeloin, bénéfices dont les revenus ont été évalués de 7000 à 8000 livres de rente. La fortune patrimoniale vint s'y ajouter après. Il eut la satisfaction de pouvoir continuer à vivre à Paris, où son père, attaché à la maison de Nevers, lui avait fait donner une excellente éducation classique. La princesse Marie, fille de Charles de Gonzague, duc de Nevers, plus tard reine de Pologne, y fut sa protectrice. Ainsi on le trouve tantôt à l'hôtel de Nevers, tantôt rue Saint-Honoré, tantôt rue Colombier, tantôt faubourg Saint-Germain et, à sa mort, de nouveau dans une maison à côté de l'hôtel de Nevers, alors démoli.
En 1635 il fit installer sa bibliothèque à l'abbaye de Villeloin, dans une grande salle ornée de portraits de personnes illustres par un peintre lyonnais nommé Vende. Ses premiers ouvrages furent des travaux généalogiques et d'archiviste, dans lesquels il fit preuve d'une persévérance et d'un sentiment d'ordre remarquables. Ces particularités s'accentuent davantage quand, dans la suite, le collectionneur se développe de plus en plus en lui. C'est à ce titre qu'il est devenu immortel. Ce qu'il a produit comme écrivain, quantité de mauvaises traductions des auteurs anciens et un texte pour le Temple des Muses (1655), est profondément oublié, malgré l'essai que Sainte-Beuve lui a consacré, exception faite pour ses mémoires (1656-1657, nouvelle édition par Goujet en 1755) et sa Description de Paris. Il semble qu'il ait commencé à rechercher les estampes dès 1626, mais ce n'est qu'à partir de 1644 que cette passion devint dominante. Les conditions lui étaient favorables : il avait peu de rivaux en France, ses relations avec les premiers graveurs et les plus fameux amateurs contemporains lui offrirent l'occasion excellentes acquisitions ; en outre il recevait maints présents en échange de ses propres livres. Personne avant lui n'a recueilli les estampes avec autant de zèle et avec un intérêt ainsi universel pour les différentes écoles et époques. Il ne reculait pas devant les grands coups. D'un amateur Delorme († vers 1655), commis du financier Monerot, qu'on a voulu identifier avec la médecin Charles de l'Orme († 1678), il acquit en bloc la meilleure partie du cabinet réputé, au prix de mille louis d'or. De Claude Maugis, abbé de Saint-Ambroise (1600-1658), le conseiller artistique de Marie de Médicis, il tenait un œuvre extraordinaire de Dürer ; du receveur-général J. Kerver, probablement petit-fils du libraire du XVIe siècle, lui provenaient quantité d'autres belles feuilles, et tout porte à croire qu'il profita encore des collections de Denis Pétau (1583-1652), de G. N. de La Reynie (1625-1709, ancienne collection Terouanne), et de l'abbé Desneux de la Noue († avant 1657). Son cabinet s'augmenta rapidement, dès 1655 il comptait plus de 70.000 feuilles. (Voir l'aperçu qu'il en donne dans ses Mémoires, éd. de 1755 pp. 289-295). Dix ans plus tard il était monté au nombre immense de 123.400 estampes. Alors le moment critique était venu ; la chose lui devint onéreuse, et il n'avait pas d'héritier pouvant se charger d'un tel cabinet. Il fallait trouver le moyen de s'en défaire. L'abbé publia une description de sa collection, livret de 182 pages devenu rare, le premier catalogue de ce genre que nous possédions. (Catalogue de livres, d'estampes et de figures en taille-douce. Avec un dénombrement des pièces qui y sont contenues. Fait à Paris en l'année 1666). Dans une préface, et dans un avertissement à la fin, il s'étend longuement sur la valeur, l'origine, l'utilité et l'idéal d'une telle collection. Le comte Ad. Thibaudeau en a donné plusieurs extraits caractéristiques dans sa préface du Trésor de la Curiosité de Ch. Blanc pp. XXXIV-XLIV. Les termes qu'emploie de Marolles prouvent qu'il se rendait parfaitement compte de la valeur de la belle épreuve, et qu'il savait reconnaître en même temps l'intérêt des planches historiques, des portraits (il en avait 17.300), des cartes, des pièces d'ornements, etc. Son dénombrement suivant les sujets (p. 16-17) est naïf. Quelques allusions dans ce catalogue dévoilent le but du propriétaire ; il vante sa collection comme « peut-estre pas indigne d'une bibliothèque royale où rien ne se doit négliger », et les estampes « si utiles pour l'instruction d'un Jeune prince ». « Si je ne me trompe, un grand Prince ferait mal-aisément de semblables [œuvre] à celle qui sont tombées entre mes mains, s'il ne les prenoit dans le grand choix que j'en ay fait ». Colbert, nouvellement au poste de surintendant des bâtiments, trouvant la bibliothèque du roi, placée sous sa direction, dépourvue d'estampes, saisit l'occasion. Il proposa la collection au roi, après s'être fait rendre compte par Félibien et Mignard du mérite du cabinet. L'achat s'effectua en 1667 moyennant le prix de 28 mille livres. Le premier fondement du Cabinet des Estampes était ainsi royalement posé. L'inventaire manuscrit de l'achat, en 4 vol., est conservé à la Bibl. Nat. La méthode de classement de l'abbé fut respectée, mais les 520 volumes furent dépecés et reliés en 234 volumes in-folio en plein maroquin rouge aux armes et au chiffre de Louis XIV ; un grand nombre en subsistent à la Bibliothèque Nationale. L'abbé reçut encore deux gratifications, chacune de 1200 livres, en 1668 et 1669, pour avoir contribué à l'installation et à l'arrangement de la collection dans laquelle plus de 6000 maîtres étaient représentés. Quelques séries prises au hasard dans cette profusion démontrent suffisamment sa richesse ; Marc-Antoine, 570 pièces, Mantegna 74, le Parmesan 601, Lucas de Leyde complet, 364 cuivres et 38 bois, y compris l'Uilenspiegel, « l'unique qui soit en France, son pareil ayant esté vendu ... seize Louijs d'Or », et 25 morceaux à la plume et au crayon, 500 clairs-obscurs italiens, Dürer « incomparable et 15 pièces uniques à la plume et au crayon », Hollar 764, Rembrandt 224, van Dijck 210, Rubens 697, de Passe 861, les Wierix 1060, A. Bosse 790, Gaultier 800, Sylvestre 704, Nanteuil 181, et quantité des « Vieux Maîtres », parmi lesquels les anonymes et les monogrammistes « beaucoup de celles-là très rares, et qui valent tout ce qu'on veut, parce qu'elles ne se trouvent point ». Son cabinet contenait aussi un certain nombre de dessins français, e. a. 192 de Lagneau (dont seulement 71 entrèrent à la Bibliothèque du roi), un volume de 50 crayons, presque tous de Dumonstier (acquis à l'artiste, son contemporain ? Pas cédé au roi).
Travailleur infatigable, classificateur enragé, il est clair que l'abbé s'était proposé de tirer parti de cette riche source de documents, Il s'était donc mis à composer une vaste Histoire des Peintres, dont il développe le plan étendu à la fin de son catalogue. En même temps il annonce d'autres ouvrages de longue haleine, comme s'il ne craignait ni l'âge, ni la mort. Naturellement, il ne parvint pas à mener toutes ces entreprises à bonne fin. De son Histoire de l'Art, si bien préparée en mémoires, il ne donna malheureusement qu'un résumé en quatrains, sous le titre de Livre des peintres et des graveurs (vers 1677, rarissime, nouvelles éditions par Duplessis en 1855 et 1872). Il y nomme aussi les curieux d'estampes de son époque. Dans sa passion d'amateur, il fit preuve de la même énergie qu'il montrait comme écrivain. Aussitôt sa première collection vendue au roi, il se mit à en former une seconde pour s'aider dans la continuation de son livre. Il s'assura du reliquat des belles pièces de la collection de l'Orme, cette fois au prix de 600 louis, profita de la succession du Père Henry de Harlay († 1667), de l'Oratoire, et parvint à réunir en six années un nouvel ensemble de 111.424 feuilles en 237 volumes. En 1672 il en publia le catalogue, petit in-12, plus rare encore que le premier. Il contient la plus ancienne liste de monogrammes. Une notice dans l'exemplaire de la Bibliothèque de l'Arsenal nous apprend que ces pièces furent vendues « à différentes personnes » après la mort de l'abbé, et qu'on a perdu de vue le manuscrit de son Histoire des Peintres, à laquelle cette collection avait fourni les matériaux. Il semble que les feuilles de cette seconde collection n'ont jamais porté de marque, il est donc impossible de les identifier. Le fait est regrettable, car l'ensemble paraît avoir été des plus intéressants, surtout à raison de la grande quantité de dessins qui y figuraient : 10.576 feuilles. On y note par exemple des portraits dessinés, « beaucoup en crayon de la vieille Cour et particulièrement des règnes de Henry II et de ses enfants, de la main de François Janet [Clouet], ce peintre si fameux qu'a tant célébré dans ses Vers le poète Ronsard » (provenant probablement de Harlay). Puis un riche choix de dessins d'ornements, d'architecture, « des Animaux, des Vases et des Fleurs, des Histoires, des Paysages au naturel », etc. Les trente volumes consacrés aux dessins offraient une série remarquablement suivie et représentative des artistes français, parmi lesquels plusieurs dont les œuvres sont devenues rarissimes. Malheureusement il ne cite que les noms, point les titres. Dans les estampes il relève spécialement l'œuvre superbe de Dürer et les riches œuvres de Mantegna (40), Lucas de Leyde (224), les Hopfer (225), Marc-Antoine et Aug. Vénitien (461), les Wierix (741), Ducerceau (613), Callot (1218, dont plusieurs dessins), van Dijck (253 y compris les portraits), Bosse (598), Hollar (959) et une belle série de clairs-obscurs (494). De Marolles fit encore des efforts pour vendre au roi ou à quelqu'un de son entourage cette nouvelle collection ; par l'intermédiaire de Guillaume de Brisacier ( « l'homme aux cheveux gris », de Masson), secrétaire des commandement de la reine, il fit faire des propositions qui n'aboutirent à rien.
Le rôle de Marolles a été celui d'un surveillant, d'un enregistreur ; c'est peut-être aller un peu loin que de lui nier le sentiment de l'art, mais en tout cas il n'appartenait pas au type des Mécènes. Grâce à son labeur acharné, la France possède le plus riche dépôt d'estampes du monde. Souvent on a cru le reconnaître dans le « Démocède », type borné du collectionneur, des Caractères de la Bruyère (Chap. de la Mode) ; s'il offre des points de ressemblance, l'identification n'est point prouvée. Sa franchise et son ingénuité sont souvent amusantes, par exemple quand il s'accuse à la fin de son catalogue, d'avoir consacré tant d'activité à sa collection : « J'ay regret pourtant de n'avoir point employé mon temps à des choses meilleures ; parce que j'en ay bien d'autres à faire qui sont plus de mon goust et de ma profession ». Mais, une fois captivé par la passion de la « curiosité », la manie l'avait entraîné. Quand, en 1673, il parle du nombre considérable de livres qu'il a publiés, il dit naïvement : « Cela fait bien voir jusqu'où peut aller un esprit laborieux, quand il se veut servir de tout son loisir, et surtout quand il y trouve ses délices. Il ne serait pourtant pas nécessaire qu'il y en eût beaucoup de la sorte » ( !).
Son portrait a été gravé par Claude Mellan 1648, Nic. de Poilly 1656, et R. Nanteuil 1657.
En dehors des ouvrages déjà cités, il faut relever J. Dumesnil, Histoire des plus célèbres amateurs II, Chap. XXIV, l'article de Duplessis dans la Gaz. des Beaux-Arts 1869 I p. 523, Clément de Ris, Les Amateurs d'autrefois p. 103, Bonnaffé, Dict. des Amateurs français du XVIIe siècle, l'ouvrage de l'abbé L. Bosseboeuf, Michel de Marolles, sa vie et son œuvre (1912), Metcalfe dans le Print-Collector's Quarterly 1912 p. 316, Guiffrey et Marcel, Inventaire des dessins du Louvre II p. XI ; on y trouvera citées les sources antérieures.
L'estampille ci-contre a été apposée par la Bibliothèque Nationale, sous Louis-Philippe, sur les pièces provenant du fonds de Marolles au moment où elles allaient être disséminées dans les différentes séries de l'ordre méthodique général. On la rencontre sur des doubles échangés ou vendus par la Bibliothèque Nationale.
 
M. de MAROLLES , Paris.
 
Citons quelques études parues depuis la publication de notre volume principal : J. Guibert, Le Cabinet des Estampes de la Bibliothèque Nationale, Paris 1926 ; W. Weisbach, Die Memoiren des Abbé de Marolles, dans Deutsche Rundschau, LVI (1929), pp. 135-146. Sur de Marolles amateur d'estampes, voir Léo Larguier, Les Trésors de Palmyre, Paris 1938, pp. 27-53.
 
Michel de MAROLLES (1600-1681), abbé de Villeloin, Paris. Estampes et dessins.
 
La marque a été apposée uniquement sur des pièces sorties des albums du collectionneur, mais pas de façon systématique.
 
SOURCES
Inventaire du Cabinet de Marolles, ms. (Paris, BNF, Estampes, Archives, Ye 18 à 18c rés., pet.-fol.).
 
BIBLIOGRAPHIE
L. Beaumont-Maillet, 'Les Collectionneurs au Cabinet des Estampes', Nouvelles de l'Estampe, décembre 1993, n° 132, pp. 5-27, n° 1.
M. Préaud, 'Les volontés dernières, avant-dernières et antépénultièmes de Michel de Marolles', dans O. Bonfait, V. Powell, Ph. Sénéchal (éds), Curiosité. Études d'histoire de l'art en l'honneur d'Antoine Schnapper, Paris 1998, pp. 329-340.
S. Brakensiek, Vom « Theatrum mundi » zum « Cabinet des Estampes ». Das Sammeln von Druckgraphik in Deutschland 1565-1821, Hildesheim, Zurich et New York 2003, pp. 82-121.
I. Vermeulen, 'Michel de Marolles's album of Rembrandt prints and the reception of Dutch art in France', Simiolus. Netherlandish quarterly for the history of art, 34, 2009/2010, 3-4, pp. 155-184.
 
 
Date de mise en ligne : mars 2010.
 

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