• 1921
  • 1956
PETER LELY (1618-1680), peintre de portraits, Londres. Dessins et estampes.
 
Pieter van der Faes était fils d'un officier au service de la Hollande qui avait pris le surnom de Lely (= lis) du nom de la maison où il naquit à La Haye. Le fils reçut son éducation en Hollande et étudia sous Frans Pz. de Grebber à Haarlem (1637). Venu en Angleterre en 1641, avec la suite de Guillaume d'Orange, à l'occasion du mariage de ce Prince avec Marie, fille de Charles Ir, le jeune peintre y subit l'influence de van Dijck. Après la mort de ce dernier il devint le portraitiste favori du roi, peignit toutefois le portrait de Cromwell et parvint aux plus grands honneurs sous Charles II. Celui-ci l'anoblit ( « Knight » en 1679). Sa trop grande habileté et son maniérisme lui ont fait auprès de la postérité la réputation d'un artiste bien inférieur à ce que ses contemporains enthousiastes voyaient en lui. Le succès de son pinceau lui assurait d'amples revenus et à une époque où les collectionneurs étaient clairsemés en Angleterre, il s'en servit pour se rendre possesseur d'un grand nombre des œuvres d'art que les troubles jetaient sur le marché. Ses biographes ont raconté qu'il s'entourait de toutes ces œuvres d'art d'écoles étrangères parce que ses occupations l'empêchaient de voyager et de visiter les galeries célèbres des autres pays. Ainsi il profita de la dispersion des deux plus belles collections que l'Angleterre ait connues, celles du Earl of Arundel et de Charles Ir. Il acquit de la veuve de van Dijck les tableaux et les dessins du grand maître et d'autres peintres célèbres, et il obtint du duc de Buckingham plusieurs des belles pièces qui lui restaient de l'admirable collection de son père. Un passage du journal de Const. Huygens jr. (éd. de 1876, I p. 326) fait supposer que Lely n'agissait pas toujours honorablement. On lui reprochait le vol de plusieurs feuilles des volumes de dessins italiens du roi ; des originaux y avaient été remplacés par des copies. Son extraordinaire activité de collectionneur nous fait penser au zèle déployé cent cinquante ans plus tard par son confrère Thomas Lawrence. Tous deux parvinrent à réunir les plus grandes richesses de leur époque en dessins, et tous deux moururent chargés de dettes, causées par leurs nombreux achats. A la mort de Sir Peter Lely on tâcha de vendre ses trésors d'art, en loterie, pour couvrir ses dettes (£ 3000) et ses legs (£ 5500). Mais cette tentative ayant échoué, l'exécuteur testamentaire, Roger North, procéda à la vente publique dans la maison du défunt, à Covent Garden. Les tableaux furent vendus d'abord, dans une vente de quatre jours qui commença le 18 avril 1682. North, dans son autobiographie publiée par Aug. Jessop en 1887, raconte, chap. XV. « I made the lists of the pictures, with the author's names, and dimensions. I caused them to be sent into Holland, France and Italy, and at Easter opened the sale, and all along made this declaration, that nothing was exposed but what Sir P. Lely left without alteration, and nothing subtracted, but the whole laid before them, and without any false bidding. We had parted out a place with chairs for quality, the rest of the ordinance was a table and forms. The managers were Sonnius [un ami intime de Lely, dont North s'était assuré les services], Lankrink [l'ancien aide de Lely], Walton, and Thompson, the crier, and in four days we finished our work, and sold far above £ 6000, which was a succes to our content ». On trouve cités dans les Anecdotes de Walpole, édition de 1876, II p. 99, quelques-uns des prix des plus beaux tableaux. Le produit énorme de £ 26.000 que quelques auteurs ont à tort donné pour cette vente, représente plutôt le total de la succession entière. Les notices répandues étaient des listes très sommaires. Mariette (Abecedario III, p. 129) dit : « J'en ai un exemplaire consistant en une seule feuille volante. » Bathoe, dans le 3e volume de son édition d'anciens inventaires et catalogues (1758), donne la liste détaillée des tableaux, 135 nos et 37 grisailles. On y note huit Véronèse, deux Titien, quatre Giorgione, trois Claude Lorrain, cinq Rubens, quatre van Eyck et vingt-six van Dijck, non compris ses grisailles. Les sculptures y sont décrites moins en détail, et la masse des dessins et estampes est seulement indiquée dans son ensemble par quelques mots élogieux, en relevant les noms de Raphaël, Michel-Ange et Polydore. Une copie complète, par G. Vertue, du catalogue de cette première vente se trouve au British Museum, Add. MS. 23081 ff. 74-78, et tous les prix et acheteurs dans le « Executor'sAccount Book of Sir Peter Lely, 1679-1691 » conservé au même dépôt, Add. 16174. - Roger North, après avoir réalisé les tableaux, profita d'une période de solitude dans sa vie pour s'occuper de la partie graphique. « I got a stamp, P. L., and with a little printing ink, I stamped every individual paper, and not only that, but having digested them into books and parcels, such as we called portfolios, and marked the portfolios alphabetically AA, AB, &c, then Aa, Ab, &c, then Ca, Cb, Cc, &c., so consuming four alphabets, I marked on every cartoon and drawing the letter of the book, and number of the paper in that book, so that if they had been all shuffled together, I could have seperated them again into perfect order as at first : and then I made lists of each book, and described every print and drawing, with its mark and number, the particulars of all which were near ten thousand ». On voit que North était un exécuteur exemplaire qui ne craignait pas le travail. Pour d'autres détails sur la vente de cette partie, voir ci-dessous. Le profit de la liquidation finale revenait aux deux enfants de Lely, encore jeunes à la mort de leur père. La fille mourut bientôt et le garçon, caractère faible, devenait l'unique héritier.
La dispersion de cette admirable collection de dessins, la plus vaste de l'Angleterre jusqu'alors, a éveillé le goût général des amateurs pour cette branche de la « curiosité ». A partir de cette époque l'amour des dessins se répand de plus en plus parmi les virtuosi anglais ; les peintres collectionneurs, entre autres l'aide de Lely, P. H. Lankrink (L.2090), s'inspirent de leur confrère, la noblesse et les riches particuliers suivent l'exemple, et comme leurs préférences allèrent aux écoles d'Italie, ce pays fut systématiquement dégarni de dessins par les voyageurs anglais.
Autres marques aux nos L.1734 et L.1753.
 
VENTES
I. 1688, 11 avril et 7 jours suivants, Londres (direction Sonnius, Lankrink et Thompson). Dessins et estampes. North raconte au sujet de cette première vente de dessins : « And having completed this work [c'est-à-dire l'inventaire des dessins et estampes] I instituted another public auction, and dispatched it in the house, when also I caused the drawings to be exposed for a fortnight. And at this sale in eight days I raised above £ 2400. But then the buyers began to be clogged with the quantity, and could not well digest any more, so I interrupted the sale, intending to continue it next year for the rest, which were half, though not the better, but this wonderful Revolution came and hindered me. It was wonderful to see with what earnestness people attended this sale. One would have thought bread was exposed in a famine. Those that bought laid down their guineas which a receiver immediately fingered, ten, twenty, thirty, &c. and got their papers up, well covered with a sort of soft paper we had in plenty for them, and put them either in their bosoms or very close and near them. I remember an Italian with whom sangue and dinari are equally sacred, seeing this, burst forth, « Par dio, io non so che fanno ». - I made the same profession here as at the former sale, that it should be perfectly candid, without addition, subtraction, or false bidding. I remember a lord, now a duke, said, « Damn me, what care I whether the owner bids or not as long as I can tell whether I will buy, and for what ». But I answered that since we had made that declaration I thought myself bound to hold to it. Another lord, finding one of our managers, Mr. Sonnius, old and touchy, took a fancy to fret him, which I did not like, because he had foreign commissions, and much depended on him. This made me stand up and beg his Lordship to reprehend me if anything was amiss ; for it was my doing, and not his, that was but an agent, and followed orders. I thought our heat would have gone on, but some more prudent interposed and turned the matter into jest. I shall give one only instance to shew the prodigious value set upon some of those papers. There was half a sheet that Raphael had drawn upon with umber and white, that we called washed and heightened, a tumult of a Roman soldiery, and Caesar upon a suggestum with officers appeasing them. This was rallied at first, and some said 6 d., knowing what it would come to ; but then £ 10, £ 30, £ 50, and my quarrelsome lord bid £ 70, and Sonnius £ 100 for it, and had it. The lord held up his eyes and hands to heaven, and prayed to God he might never eat bread cheaper. There is no play, spectacle, shew, or entertainment that ever I saw where people's souls were so engaged in expectation and surprise at at the sale of that drawing. Some painters said they would go a hundred miles to see such another. Whereby one may perceive how much opinion is predominant in the estimate of things ». Le dessin de Raphaël, Constantin haranguant ses troupes, dont North parle ici, fut acquis par Sonnius pour un amateur hollandais, le sieur Bergestein, à la mort duquel, en 1704, il a passé dans la collection de N. A. Flinck (L.959), puis avec celle-ci dans le cabinet du duc de Devonshire (L.718). Actuellement il est regardé comme un Perino del Vaga et notre génération reste insensible à l'emballement d'il y a 250 ans. Bergestein (J. van der Does de son nom de famille) acheta beaucoup dans cette vente. Le peintre miniaturiste Gibson acheta, parmi d'autres feuilles, tout un volume de dessins du Parmesan, alors si appréciés (voir Const. Huygens jr., Journal II p. 73). North ajoute à son compte rendu de la vente, de curieuses remarques sur l'intérêt et la valeur des dessins et estampes, passage qui nous mènerait trop loin en le citant ici. Il relate aussi que les amateurs et artistes préféraient de beaucoup les gravures de l'école italienne du XVIe siècle : Bonasone et Marc-Antoine, aux maîtres français du XVIIe. « It is certain some of those antiques sold for £ 10 and £ 12 apiece, and all the Le Brun's great stamps came, not to half the money, and the finest French prints could not reach to a crown a ». Comme North n'était pas connaisseur lui-même, il s'étonnait du jugement des autres. « The scratches and drawings shall be copied so wonderful exactly, that even masters shall be deceived. And this is so frequently done, that one runs a risk that buys a drawing, if he be not very careful. This aptness to be copied deprecates drawings much ; but the masters will seem to be very much assured of copies and originals, and will turn up the nose at some, and say that others as originals stars you in the face. It is certain they know much in their own trade. The variety of masters, to whom drawings are ascribed, is much greater than those of pictures, as the number of drawings passing about is infinitely greater than of pictures. And considering the multitude of painters and really great masters that have been in Italy, whose names are scarce known, but probably were the authors of very many of these drawings, it is pleasant to see the confidence of the masters in christening drawings, They have a list, as Giulio, Paulo, Raphael, Titian, &c., and because the drawings of these men have been seen, all that have any resemblance with them are fathered accordingly, and a value set, as their work ». Quant aux estampes, les différences d'état et d'épreuve ainsi que leur rareté, avaient attiré son attention et il s'étonnait de la rapidité avec laquelle les « printmongers » se rendaient compte de ces détails. Il y avait là de quoi s'exercer l'œil ; la London Gazette des 13-16 févr. 1687 avait annoncé : « The Prints are all the Works of Mark Antoine after Rafael, and other the best Italian Masters, and of the best Impressions, and Proof Prints, in good Condition, and Curiously preserved ; some are double and treble ». C'est à cette vente que se rapporte le produit mentionné par Dally dans les Anecdotes de Walpole II p. 99 : « Twenty-one Portefolios of Drawings £ 1848 9sh. 6d. Twenty-four Books of Prints £ 597 18sh. 6d. » (total £ 2446 8sh.), ce qui concorde avec la mention de North, citée ci-dessus « I raised above £ 2400 ». Richardson, Traité de la Peinture, Introd. p. 8, estime le produit total des dessins, y compris donc ceux de la vente suivante, à £ 2300 et celui des estampes £ 700.
 
II. 1694, 15 novembre et jours suivants (dir. Walton, Lincoln's Inn Fields). Le reste des dessins et estampes. Const. Huygens, le fils, parle de cette vente dans son Journal II p. 433 ; elle fut apparemment continuée jusqu'au 1r décembre. Il y assistait et fit des acquisitions. Ce qu'il dit n'est pas assez précis pour qu'on sache si c'est cette même vente qu'il suivait encore le 6 décembre. Dans ce même journal on trouve déjà à la date du 24 janvier 1692, la mention que le jeune Lely se proposait de vendre le reste des dessins et estampes parce qu'il n'y prenait point de plaisir. Le 2 février 1694 Walton avait déjà offert dans une vente de tableaux « a Port Folio of Drawings all of Sir Peter Lely's Collection », mais ces feuilles n'appartenaient probablement plus à la succession.
 
Sir Peter LELY , Londres.
 
Un portrait du maître, dessiné par lui-même, existe dans la collection Hugh M. Lely. En 1951 parut une monographie sur l'artiste, de la main de R. B. Beckett. Sur la riche collection de tableaux du maître, œuvres de Giorgione, Titien, Véronèse, Tintoret, Bassano, Reni, Caroselli, Feti, Rubens, Elsheimer et beaucoup d'autres noms illustres, voir l'étude par T. Borenius, parue dans The Burlington Magazine, LXXXIII (1943), pp. 185-191 (Supplément LXXXIV 1944, p. 154), à l'occasion de la trouvaille au Victoria and Albert Museum à Londres d'un exemplaire du catalogue rarissime. Cette vente du 18 avril 1682, mentionnée dans notre article [en 1921], comprenait les tableaux ainsi qu'un nombre de dessins de Raphaël, Jules Romain, Polidore de Caravage, Michel-Ange, « de bonne qualité, conservation et provenance » , comme dit le catalogue. Parmi les estampes, beaucoup par Marc-Antoine. Un autre exemplaire de ce catalogue de vente a été retrouvé récemment à Chatsworth et un troisième exemplaire, appartenant au Marquis d'Ailesbury, fut publié par la Historical Manuscript Commission: The MSS of the Marquis of Ailesbury, 15th Report, Part VII (1898), pp. 179-183. On n'a toujours pas trouvé un catalogue de la grande vente des dessins et estampes de 1688 et on ne sait pas s'il a été imprimé.
 
numéro
L.2092
intitulé de la collection
Lely, Peter
technique marque estampée, encre
couleur noir
localisation recto
dimension 3 x 4 mm (h x l)
4 renvois  
Frits Lugt, Les Marques de Collections de Dessins & d’Estampes | Fondation Custodia|robe de mariée