numéro
L.2228b
intitulé de la collection
Witt, Robert
technique marque estampée, encre
couleur noir
localisation verso
dimension 9 x 12 mm (h x l)
  • 1956
Sir Robert WITT (1872-1952), avocat, Londres. Dessins.
 
Robert Clermont Witt, né dans la ville où il passa toute sa vie, reçut son éducation au collège de Clifton et au New College, Oxford. Après quelques expériences peu en rapport avec ses études de droit (service militaire dans la guerre des Matabélés dans l'Afrique du Sud en 1896, et peu après correspondant de guerre sous Cecil Rhodes) il s'établit comme « solicitor » à Londres, où il fit une longue carrière jusqu'à devenir le doyen de l'étude Stephenson, Harwood et Tatham. Mais toute cette carrière s'est doublée d'une autre, non moins active et plus passionnée, celle de propagandiste de la peinture ancienne. Les collections publiques d'Angleterre, en premier lieu la National Gallery de Londres, et tous ceux qui aiment à se documenter, lui doivent une profonde reconnaissance. Dès 1902 il publia un livret How to look at pictures, excellent guide pratique pour le profane, continuellement réédité. En 1903, il fut l'un des principaux créateurs du « National Art Collections Fund », organisation ayant pour but l'enrichissement des musées anglais au moyen de contributions privées. Ne comptant à ses débuts que 500 membres, cette société en groupe maintenant plus de 9000, stimulés par le constant enthousiasme de Witt, d'abord secrétaire, puis directeur (chairman) et enfin président jusqu'en 1945. Sous sa direction le Fonds a fait quantité d'acquisitions, dont plusieurs retentissantes, non seulement en tableaux mais aussi en dessins, en estampes, en sculptures et en objets d'art. Rien d'étonnant à ce que sa collaboration ait été sollicitée aussi pour les conseils des musées ; entre 1916 et 1940 il fut « trustee » de la « National Gallery », de la « Tate Gallery » et du « National Loan Collections Trust ». Ses éminents services furent reconnus par sa nomination comme C.B.E. (Commander of the Order of the British Empire) en 1918 et « Knight » en 1922, ce qui lui valut le titre de Sir.
Une troisième activité, par laquelle il s'est gagné la gratitude de tous les chercheurs et dans laquelle il fut grandement secondé par sa femme Mary Helene Marten (décédée en 1952), fut celle de la formation d'un centre de documentation pour les tableaux et les dessins. Il l'appelait sa bibliothèque, « the Witt Library », mais le nom d'archives aurait été plus exact ; il n'y avait en effet aucun livre, mais des milliers de reproductions rangées systématiquement dans des classeurs, qui peu à peu envahissaient toutes les pièces et les corridors de sa maison, Portman Square 32. Leur nombre dépassait finalement 500.000. Surtout dans la période 1918-1940 la maison fut un bureau de consultation fréquenté par un public international. Bien inspirées par leur patron, dont l'hospitalité et l'obligeance étaient proverbiales, ses aides y faisaient tout pour donner satisfaction aux visiteurs. Ces vastes archives passèrent à sa mort au « Courtauld Institute », section de l'Université de Londres consacrée à l'histoire de l'art.
Sir Robert a publié en 1920 un catalogue de tous les peintres et dessinateurs dont il posséda des reproductions (supplément en 1925).
Ce ne fut pas son seul legs utilitaire. Toute sa vie lui et sa femme collectionnèrent les dessins anciens et modernes, des différentes écoles, avec une préférence marquée pour le dessin possédant une valeur documentaire, par exemple par une signature, par un rapport avec un tableau ou un fait historique. Ce fait prête à cette collection de plus de 4000 feuilles une valeur particulière pour les studieux ; léguée aussi au « Courtauld Institute », elle y rendra certainement de grands services. On n'y trouve que peu de pièces capitales mais par contre quantité de dessins instructifs et curieux. Vers la fin de sa vie, afin de rendre sa collection aussi représentative que possible, l'amateur a fait plusieurs échanges ; ils expliquent que nombre de dessins circulent portant la marque composée des initiales du couple Witt. Plusieurs études sur sa collection de dessins sont publiées dans The Studio, XCVIII (1929), pp. 541-548, 606, CXXXI (1946) pp. 33-46, The Burlington Magazine, LXI (1932) pp. 231-233, LXXI (1937) pp. 289-290, LXXXII (1943) p. 103, Apollo, XXXVII (1943) p. 71, The Connoisseur Vol. CIII (1939) p. 37, CXI (1943) p. 73, The Antique Collector, VI (1936), pp. 379-382, VII (1936) pp. 114-117. Voir aussi le catalogue de l'exposition Drawings from the Robert Witt Collection at the Courtauld Institute of Arts, Londres mai - juin 1953 ; 107 dessins y sont décrits. Introduction du professeur Sir Anthony Blunt et encore la Handlist of the Drawings in the Witt collection, publiée par le Courtauld Institute, en 1956.
Les vingt dernières années de sa vie furent rendues plus difficiles par des rhumatismes allant toujours en s'accentuant, mais subis héroïquement sans plainte. Bien que forcé de se déplacer en s'aidant de béquilles, et finalement en fauteuil roulant, il entreprit souvent des voyages par toute l'Europe. Son cerveau gardait toujours la même vivacité et aimait à s'exprimer dans d'élégantes allocutions. Heureusement, l'une de ses dernières, particulièrement réussie et intitulée The Art of Collecting fut imprimée en 1950. Autres publications : One hundred Masterpieces (1910) et The Nation and its Art Treasures (1911). Avec lui s'est éteinte une activité stimulatrice dont l'Angleterre a grandement profité.
 

Frits Lugt, Les Marques de Collections de Dessins & d’Estampes | Fondation Custodia