numéro
L.2259bis
intitulé de la collection
Bibliothèque de l'Abbaye de Saint-Victor
technique marque estampée, encre
couleur noir
localisation recto
dimension 21 x 20.5 mm (h x l)
  • 1956
BIBLIOTHÈQUE de L'ABBAYE de SAINT-VICTOR , XIIe - XVIIIe siècles, Paris. Dessins et estampes.
 
L'Abbaye de Saint-Victor, et par conséquence son école et sa bibliothèque, doivent leur naissance à la rivalité des deux philosophes et théologiens scolastiques Guillaume de Champeaux (né vers milieu XIe siècle, mort 1121), archidiacre de l'Église de Paris, qui professait à l'école du cloître de Notre-Dame, et Pierre Abailard, ou Abélard (1079-1142) peut-être plus connu par sa funeste passion pour Héloïse. Plusieurs fois vaincu dans la discussion, à Notre-Dame, par son ancien élève Abélard, de Champeaux décida un moment de cesser d'enseigner et se retira, avec quelques autres chanoines de la cathédrale, en 1108, dans une petite chapelle dédiée à St. Victor, venant d'être érigée en prieuré et qui s'élevait dans les vastes terrains occupés maintenant par la Halle aux vins. Thiéry, Guide des amateurs et des étrangers voyageurs à Paris, II, 1787, pp. 158-162, nous dit « auprès étoit aussi un Hermitage appellé Cella Vetus, et habité par un Moine Noir » ; nous renvoyons à cet ouvrage pour l'historique et la description des bâtiments. Quelques semaines seulement après, de Champeaux, sur les instances de ses amis, reprenait ses leçons, mais à St. Victor ; y enseigna encore pendant cinq années, créant ainsi cette grande école qui devait plus tard briller d'un si vif éclat. En 1113 de Champeaux obtenait de Louis VI le Gros la charte d'abbaye, mais comme il était la même année nommé évêque de Châlons-sur-Marne, où il se consacra exclusivement à ses devoirs pastoraux, ce n'est pas lui, le fondateur, qui fut le premier abbé de St. Victor, mais son disciple Gilduin.
La bibliothèque de l'abbaye devait être importante déjà dès la fin du XIIe et le début du XIIIe siècle. De nombreux manuscrits en provenant, passés à la Bibliothèque Nationale par les saisies révolutionnaires, remontent à cette époque, plusieurs portant les noms des religieux qui les ont transcrits ou achetés, ou des donateurs. Le premier don est celui de Thibaud, archidiacre de Notre-Dame, mort en 1133. Depuis, dons, legs, achats se succédèrent tout au long de l'active vie intellectuelle de l'abbaye, comme en témoigne son « obituaire » (conservé au Cabinet des manuscrits, Bibliothèque Nationale). Ce précieux document et les manuscrits mêmes, ont permis à L. Delisle d'établir, dans son important ouvrage en 4 volumes, de la série : Histoire Générale de Paris, Le Cabinet des manuscrits de la Bibliothèque Nationale, Paris, T. II, 1874, pp. 209-235 et III, 1881, p. 379, une liste alphabétique « des personnes qui, du XIIe au XVe siècle, ont contribué par leur travail, leur activité ou leur munificence, à former la bibliothèque de l'une des principales églises de Paris ». L'auteur cite aussi les principaux donateurs ultérieurs : legs Henri de Bouchet seigneur de Bournonville, 1652 ; N. de Tralage, etc. Voir encore de la même série : A. Franklin, Les Anciennes Bibliothèques de Paris, Paris, T. I. 1867, pp. 135-185 (de 3 vol. 1867-1873). Des prescriptions, comprises dans la Règle générale de l'Abbaye, attestent du soin apporté à la conservation des volumes : bibliothécaire, récolement obligatoire au moins 2 ou 3 fois l'an, précautions contre la vermine et la pourriture, recouvrage en bois des murs pour éviter l'humidité, dépôt d'un gage par l'emprunteur, inscriptions sur les livres de menaces d'anathème pour empêcher aliénations de toute espèce, règles pour la copie des manuscrits, etc. Les volumes étaient classés et cotés. Aux débuts de l'imprimerie, vers 1471, Pierre Schoeffer et Conrad Henlif cédèrent à prix réduit à l'abbaye (12 écus d'or) un exemplaire sur vélin de leur édition des lettres de St. Jérôme. Dès les premières années du XVIe siècle, l'abbé Nicaise de Lorme confiait à Guillaume Tupin la direction de la construction d'une salle spéciale pour la bibliothèque, qui servit jusqu'en 1651. Alors une salle plus vaste fut disposée, remplacée elle-même par un nouveau bâtiment commencé vers 1772, par l'architecte Danjan. En 1787 Thiéry, op. cit. écrivait « L'intérieur n'étant point fini, le Public se trouve privé depuis quelques années de la jouissance de cette belle Bibliothèque ; il désire avec ardeur voir terminer un bâtiment dont l'objet est aussi utile ». La bibliothèque était en temps normal ouverte certains jours et heures jusqu'à la Révolution ; la nouvelle construction fut achevée au moment des événements de 1789.
Le même abbé Nicaise de Lorme confia à Claude de Grandrue, prieur de Puteaux, le soin du classement et du catalogue des manuscrits. Celui-ci en trouva 990, qu'il plaça sur trois rangs de pupitres où ils étaient enchaînés ; son catalogue est remarquable. En 1684, la bibliothèque possédait déjà 18.000 volumes et 3000 manuscrits, au milieu du XVIIIe siècle, environ 35.000 imprimés et 3000 manuscrits, et en 1787, selon Thiéry, op. cit. « La Bibliothèque ... est célèbre tant par le nombre et le choix des livres, que par 18 à 20.000 manuscrits [exagération certaine, dit Franklin, op. cit.] la plupart très précieux, on y voit une Bible manuscrite du neuvième siècle, un Tite-Live du douzième siècle, un Alcoran ... Plus un Recueil très-complet de Géographie ancienne et une superbe collection d'Estampes ». Le recueil de géographie cité est certainement l'énorme legs N. de Tralage en 1698 (voir L.2454) aujourd'hui au Cabinet des Estampes de la Bibliothèque Nationale, et la « collection d'Estampes » comprenait sans doute le fonds Peiresc dont les feuilles, maintenant au même cabinet, portent la marque de St. Victor. Selon la déclaration officielle faite par le prieur (exagération contraire à celle de Thiéry, dit Franklin) à l'Assemblée Nationale le 11 mars 1790, la bibliothèque aurait alors renfermé 3400 imprimés, 1800 manuscrits, 170 volumes de géographie et d'atlas et 170 cartons remplis de plans et de gravures.
Malgré les précautions prises de longue date contre les disparitions, les richesses de la Bibliothèque St. Victor ne sont pas toutes, à beaucoup près, parvenues jusqu'à nous. Lorsque la révolution de 1789 la ferma en 1791, et en fit passer les collections, en 1796, principalement à la Bibliothèque Nationale, cet institut eut pour sa part environ 1265 manuscrits ; quelques-uns allèrent à l'Arsenal et à la Mazarine, 1 à Lille.
Le timbre reproduit fut le seul employé à la Bibliothèque St. Victor ; il était toujours apposé sur le titre des volumes ; on le trouve aussi sur des estampes et dessins séparés, notamment sur des pièces du fonds Peiresc. Le motif central, inscrit dans un écusson et peint en jaune sur fond bleu, figure souvent sur une des premières pages des manuscrits. Franklin, op. cit. T. I. pp. 170-173 reproduit, avec ces deux marques, les autres, écrites, peintes ou frappées, mises par la bibliothèque St. Victor sur les manuscrits et livres, ou sur les reliures (souvent en vélin blanc ou vert), dos ou plats.
 

Frits Lugt, Les Marques de Collections de Dessins & d’Estampes | Fondation Custodia