numéro
L.2445
intitulé de la collection
Lawrence, Thomas
technique marque estampée, cachet sec
couleur
localisation recto
dimension 3 x 4 mm (h x l)
1 renvoi  
  • 1921
  • 1956
Sir Thomas LAWRENCE (1769-1830), peintre, Londres. Dessins et estampes.
 
Sir Thomas Lawrence, né à Bristol, fils d'un hôtelier qui fit de mauvaises affaires, vint à Londres à 18 ans et y vit bientôt s'ouvrir pour lui une carrière des plus brillantes. Son premier patron dans la métropole fut le riche J. J. Angerstein, connu par sa belle collection de tableaux anciens (le grand portrait de ce seigneur avec son épouse, au Louvre). Introduit à la cour, il fut, à 23 ans, nommé Peintre du roi, comme successeur de Sir Joshua Reynolds qui venait de mourir. Un an avant il avait été agréé associé de la « Royal Academy » ; il en fut élu membre dès 1794. A la faveur royale se joignit celle du public et le peintre jouit dorénavant d'une situation artistique sans rivale en Europe. Le célèbre portrait de Miss Farren (1790), si connu par la gravure, ouvrit son innombrable série de portraits de femmes, toutes rivalisant de beauté et d'élégance. Elles sont toutes gracieuses, circonstance qui ne prouve pas en faveur de la sincérité et de la conscience de l'artiste. L'œuvre de Lawrence est séduisant mais manque des fortes qualités des productions de ses contemporains Hoppner et Raeburn. Créé Chevalier (« Knight ») en 1815, Président de la « Royal Academy » en 1820. C'est vers cette époque qu'il s'installa au n° 65 Russell Square, où il put mettre en valeur ses belles collections. Fit un voyage à Paris, après la chute de l'Empire, en 1815. Des portraits historiques qui lui furent commandés par le roi le firent aller en Italie vers 1818 et encore en France (1825). Une mort subite le surprit à l'apogée de sa gloire et de sa fortune.
Lawrence, qui demandait pour ses portraits, selon leur importance, de 200 à 1500 livres st., avait gagné beaucoup d'argent, mais comme il savait aussi en dépenser, il se fit quelquefois avancer le prix de ses peintures. Ses fortes dépenses étaient presque uniquement consacrées à sa collection de dessins et d'estampes dans laquelle il engagea, dit-on, plus de £ 40.000. Encore mourut-il chargé d'obligations pécuniaires envers le marchand Woodburn (L.2584) qui l'avait aidé à réunir cet étonnant ensemble, le plus riche qu'on eût vu depuis Crozat. L'amour des œuvres dessinés et gravés des maîtres anciens, devint, chez Lawrence, une telle passion, que pas une vente ou une occasion d'achat à l'amiable de quelque collection célèbre ne se présenta, sans qu'il en profitât. Dès l'âge de 14 ans il s'adonna à l'étude des estampes de Marc-Antoine, et depuis lors sa prédilection pour les « reliques des grands maîtres » ne fit qu'augmenter, comme il l'écrit lui-même dans une lettre à la fille du sculpteur Th. Banks (L.2423). C'est ainsi qu'il s'assura successivement les meilleures pièces des collections Joshua Reynolds (L.2364), John Barnard (L.1419), Benj. West (e. a. à l'amiable sa riche série de Fra Bartolommeo, voir au L.419), comte von Fries (pour son achat à l'amiable d'un choix de 150 importants dessins de cette collection voir au L.2903) et du baron Vivant-Denon (L.779). Il acquit en bloc, par Woodburn, pour près de £ 10.000, la superbe collection de dessins italiens de W. Y. Ottley (L.2662), puis ceux que Woodburn avait achetés en 1823 au peintre Wicar (L.2568), alors fixé à Rome, pour 11.000 scudi, ensemble riche en beaux Raphaël, Les meilleurs dessins de ce dernier lot furent bien d'abord achetés par le collectionneur Thomas Dimsdale (voir L.2426), le plus redoutable rival de Lawrence, mais Dimsdale mourut quelque temps après, et Woodburn acquit sa collection entière pour en revendre à Lawrence tous les beaux italiens au prix de £ 5500. La collection d'Ottley contenait aussi quantité de feuilles ayant antérieurement appartenu à Wicar, mais qui lui furent volées en 1799. C'est à Lawrence encore que Woodburn réserva une bonne part des dessins de la collection Paignon-Dijonval (1708-1792) qu'il acheta en bloc, estampes et dessins, au petit-fils de ce célèbre collectionneur, le comte Morel de Vindé, au prix de 125.000 fr. en 1816 (excellent catalogue par Bénard, 1810) ; le duc de Buckingham eut une grande partie des estampes et Dimsdale e. a. la Sainte Cécile, dessin de Raphaël gravé par Marc-Antoine, et quelques autres de ce maître. Par la collection Dimsdale, Lawrence obtint encore les belles pièces de la collection du marquis de Lagoy (voir L.1710) achetée par Woodburn en 1820, ainsi que les beaux dessins italiens du marquis Antaldo Antaldi d'Urbin, à Pesaro, c'est-à-dire ceux qui n'avaient pas fait partie du lot cédé par les héritiers des Viti à Crozat en 1714 (voir L.2245 et L.2463) ; il y avait là de nombreux dessins de Raphaël, provenant de son élève Timoteo Viti. Cette collection, acquise par Woodburn en 1823, était accompagnée d'un curieux catalogue ancien manuscrit, publié dans J. C. Robinson, A Critical account of the drawings by Michel Angelo and Rafaello, Oxford, 1870. Mentionnons, pour terminer, la collection de l'architecte Brunet, les achats faits par Lawrence lui-même lors de son dernier voyage à Paris, et la quantité de dessins que Woodburn sut obtenir de la Hollande. Enfin le Duke of Devonshire lui fit présent en 1828 de trois dessins de Raphaël, dont un provenant de la collection de Flinck. Le résultat de cette activité incessante de collectionneur fut énorme, Lawrence parvint à posséder, des plus grands artistes, des quantités de belles feuilles dont aucune collection publique ou privée ne peut se vanter, et c'est à bon droit que, dans son testament (12 juillet 1828), il déclare sa collection de dessins sans rivale en Europe comme quantité et valeur (« drawings which in number and value I know to be unequalled in Europe »).
Lawrence avait stipulé qu'après sa mort sa collection devait être proposée au prix de £ 18.000, somme très raisonnable pour cette époque, d'abord au roi George IV, puis aux « trustees » du British Museum, ensuite à Sir Robert Peel et enfin à Lord Dudley. Chose incompréhensible à nos yeux : tous ces personnages déclinèrent l'offre. Le prix devait ensuite être porté à £ 20.000, somme ne représentant que la moitié du prix coûtant. On organisa alors une souscription nationale pour pouvoir offrir la collection à la National Gallery, mais sans résultat, malgré une première contribution de £ 1000 de la « Royal Academy ». On rapporte que Talleyrand, remarquant l'apathie du gouvernement, dit à un Anglais : « Si vous n'achetez pas ces choses-là, vous êtes des barbares. » Vers cette époque, Passavant, venu en Angleterre pour ses recherches sur Raphaël, s'efforça de voir la collection chez les Woodburn, mais on ne lui montra que les Raphaël et on était fort difficile pour le reste, de peur que des critiques ne vinssent gêner les négociations en cours. L'exécuteur testamentaire résolut enfin, en 1835, de céder la collection aux marchands Woodburn, les principaux créditeurs du peintre, pour £ 16.000. C'est alors seulement que les feuilles furent marquées par les soins des exécuteurs et de Woodburn. Ceux-ci essayèrent en vain d'entamer de nouvelles négociations avec quelques institutions publiques. Ils organisèrent, de différentes parties de la collection, d'abord deux expositions au Cosmorama, 209 Regent Street, puis huit autres dans leurs galeries du 112 St. Martin's. Lane, Charing Cross. Il en résulta quelques ventes de séries en bloc. Lorsque Waagen visita Samuel Woodburn dans sa propriété de Hendon, le 5 juillet 1835, il n'y admira qu'une partie des dessins, les autres étaient alors exposés à Londres.
Voici l'état des 10 expositions : I, mai 1835, cent dessins de Rubens choisis parmi les 150 que la collection contenait ; prix de la série entière £ 3000. - II, juillet 1835, cinquante dessins de van Dijck et cinquante de Rembrandt. On rencontre dans le catalogue de cette exposition, plus que dans les autres, nombre de feuilles importantes provenant des collections Jacob de Vos et Goll van Franckenstein vendues à Amsterdam en 1833, soit trois années après la mort de Lawrence. Les Woodburn en expliquèrent l'incorporation à la collection Lawrence en disant que cet amateur avait déjà donné des commissions de son vivant, pour le cas où ces dessins viendraient sur le marché. Le catalogue reproduit aussi une lettre autographe de Rembrandt à Huygens. Les 100 Rembrandt de la collection furent vendus le premier jour de l'exposition, au prix de £ 1500, à l'amateur W. Esdaile, mort peu après ; ces feuilles reparurent dans sa vente, en 1840 (voir L.2617). Les van Dijck étaient cotés £ 1000. - III, août 1835, cinquante dessins de Claude et cinquante de Poussin ; le catalogue reproduit une lettre autographe de ce dernier à del Pozzo. Des 100 Claude de la collection on demanda £ 1800 et c'est encore Esdaile qui les acheta, et des 74 Poussin £ 800. - IV, janvier 1836, cinquante dessins du Parmesan et cinquante du Corrège ; l'ensemble des 175 dessins du premier, dont une grande partie provenait d'Arundel, via Zanetti et Denon, était coté £ 1500, et les 60 Corrège £ 1000 - V, février 1836, cent dessins de Jules Romain, le Primatice, Léonard de Vinci et P. del Vaga. Les 80 du premier coûtaient £ 800, les 50 du second £ 600, les 75 du Vinci £ 1500 et les 85 de del Vaga £ 300. On retrouvait dans cette exposition les cartons du Vinci, têtes d'apôtres, rachetés par Woodburn dans la vente de juin 1830 (voir ci-dessous). Le catalogue contient la reproduction d'une lettre de Sebastiano del Piombo à Michel-Ange. - VI, mars 1836, cent dessins par les trois Carrache, dont les 160 pièces étaient cotées £ 1500. Acquis par Lord Ellesmere. - VII, avril 1836, cent dessins par les Zucchero, del Sarto, le Caravage et Fra Bartolommeo. Les dessins de Fred. Zucchero illustraient la vie de Taddeo Zucchero et provenaient des collections Paignon-Dijonval et Dimsdale. Les 80 dessins de ces maîtres £ 400, les 30 del Sarto £ 300, les 30 Caravage £ 250 et les 430 Fra Bartolommeo, série extraordinaire (voir à B. West) £ 1200 ; la série de Bartolommeo passa au Prince d'Orange (le roi de Hollande, Guillaume II), puis à la grande-duchesse de Saxe-Weimar. - VIII, mai 1836, cinquante dessins de Dürer et cinquante du Titien. Les 100 dessins de Dürer avaient déjà trouvé acheteur, avant le commencement de l'année, au prix de £ 800, ils provenaient en majeure partie du général comte A. F. Andreossy († 1828), qui se les était assurés lorsqu'il était gouverneur de Vienne, après la prise de cette ville en 1809. Les 60 Titien étaient cotés £ 600. - IX, juin 1836, cent dessins de Raphaël. £ 15.000 était le prix demandé pour les 180 dessins du maître, somme que le catalogue dit être bien inférieure à celle que Lawrence avait dépensée pour ces feuilles. A la fin de ce catalogue se trouve un intéressant aperçu de la formation de la collection. - X, juillet 1836, cent dessins par Michel-Ange. La collection contenait probablement 150 dessins du maître. Le prix n'en fut pas encore fixé.
Comme la vente n'avançait pas, les Woodburn recommencèrent les expositions en 1838, mais après une première d'œuvres de Rubens et de van Dijck, et une seconde de feuilles de Raphaël, elles furent arrêtées. Les Woodburn gardèrent toujours les dessins de Raphaël et de Michel-Ange ; ils publièrent en 1841 une série de 31 reproductions de Raphaël et en 1853 le même nombre des Michel-Ange. Après que le Prince d'Orange, plus tard roi de Hollande sous le nom de Guillaume II, y eut fait un choix pas trop judicieux, ils passèrent enfin au Musée de l'Université d'Oxford au prix de £ 7000, après de longues transactions qui traînèrent de 1840 à 1845 (L.2003). A la vente du roi de Hollande en 1850 Woodburn racheta 33 Michel-Ange et 34 Raphaël ; d'autres acheteurs à cette vente furent les musées du Louvre et de Francfort, et le grand-duc de Saxe-Weimar. Le Revd Wellesley en acheta quelques pièces à Woodburn. Une grande partie des dessins non vendus resta toujours entre les mains de S. Woodburn, et c'est en 1860 seulement qu'on les vit paraître dans une vente après son décès (L.2584). Outre les dessins de maîtres anciens, Lawrence avait collectionné des dessins de maîtres contemporains et quelques beaux tableaux anciens et modernes. C'est lui qui posséda à un certain moment le célèbre petit Raphaël « Les trois Grâces », qu'il avait payé 1000 guinées, et actuellement à Chantilly. Ces parties de ses collections furent réalisées en différentes ventes publiques faites quelques mois après sa mort, dont celle du 15 mai 1830 ne contenait que les tableaux (produit £ 5283 2s. 6d.), celle de juillet 1830 ses plâtres et médailles (produit £ 732 10s.), et celle du 18 juin 1831 les tableaux et études, par Lawrence lui-même (produit £ 3191 5s. 6d.). Total des ventes faites par Christie plus de £ 15.000. Enfin on trouve les traces d'une très belle réunion de gravures en manière noire d'après Reynolds, formée par Lawrence et achetée par Lord Northwick († 1859) ; ces estampes, peu estimées alors, figurèrent dans la vente Northwick des 22-25 juin 1914, chez Christie, où elles réalisèrent £ 17.583 5s. 6d. (356 nos). Elles portaient la seconde marque de Lawrence [L.2446].
 
VENTES :
I. 1830, 10-14 mai, Londres (chez Christie). Estampes et recueils de gravures. 700 nos. Marc-Antoine (Adam et Eve £ 1 10s., La Madone avec le Christ mort, « au bras nu », £ 1, Jugement de Pâris £ 1 10s.) et autres maîtres italiens. Série d'après Rubens. Eaux-fortes de Rembrandt, beaucoup provenant de la vente récente de Josi (Mort de la Vierge, 2 épr. £ 6 6s., La Pièce de cent florins, belle épr. £ 34 13s., et la même en dernier état, avec la petite Crucifixion £ 10, le jeune Haaring, 1r ét. £ 6, L'Abreuvoir, 1r ét. £ 12 1s. 6d.), 589 estampes d'après J. Reynolds, beaucoup en premières épreuves, 3 estampes d'après Rubens « touched up by Sir J. Reynolds during his stay at Antwerp », riche série d'estampes d'après les œuvres de Lawrence, toutes en premières épreuves (Mr. Abernethy, par Bromley £ 2 18s. et le pape Pie VII par Cousins, av. l. l. £ 3.13s. 6d.), puis Morghen, Longhi, Desnoyers, etc. - Produit £ 1761 15s.
 
II. 1830, 20-21 mai, Londres (même direction). Dessins par Lawrence lui-même (notamment d'intéressantes études faites dans sa jeunesse d'après des tableaux de maîtres anciens) et par d'autres maîtres contemporains. - Produit £ 589 6s. 6d.
 
III. 1830, 17-19 juin, Londres (même direction). Dessins contemporains, quelques peintures, une suite de 12 cartons par Léonard de Vinci (les dessins originaux pour les têtes de la Cène ; la tête d'un des apôtres manquait), des modèles italiens du XVIe siècle en cire et en terre cuite, quelques bronzes et marbres et un cuivre gravé, non publié, du portrait du duc de Reichstadt (£ 262 10s. à Colnaghi). - Produit £ 3856 13s. - Les têtes de Léonard de Vinci furent toutes acquises par Woodburn à des prix variant entre £ 33 et £ 96, à l'exception des têtes du Christ et d'un apôtre qui passèrent à Lady Guilford £ 189 et £ 52 10s. Woodburn vendit ensuite les cartons au roi de Hollande, à la vente duquel en 1850 ils restèrent invendus à 17.200 fr. Ils sont actuellement au palais du grand-duc à Weimar.
 
Sir Thomas LAWRENCE, Londres.

L'inventaire manuscrit des dessins de la collection Lawrence fit partie de la bibliothèque du « Burlington Fine Arts Club » et fut vendu avec tous les livres de cet Institut en vente publique à Londres en 1947. Il semble qu'il se trouve maintenant en Amérique ; trois copies sont conservées au « British Museum », au « Victoria and Albert Museum » à Londres, et au « Rijksbureau voor Kunsthistorische Documentatie » à La Haye. Mahonri Young, directeur du musée de Columbus (Ohio) s'est donné beaucoup de mal pour localiser, dans les collections de nos jours, les dessins des plus grands maîtres, mais le résultat de ses recherches n'a pas encore été publié. A. N. L. Munby publia des lettres de Lawrence dans The Connoisseur, mars 1947, pp. 29-33. Mentionnons encore deux monographies récentes : Douglas Goldring, Regency Portrait Painter. The life of Sir Thomas Lawrence, Londres 1951 et Kenneth Garlick, Sir Thomas Lawrence, Londres 1954.
La marque T.L. dans un ovale, notre L.2446, se rencontre aussi à sec.
 

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